Dix ans de la chute de Ben Ali : chronologie d'une journée historique en images amateur

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Le 14 janvier 2011, plusieurs marches, manifestations et émeutes dans différentes villes de Tunisie aboutissaient à la fuite précipitée du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, mettant fin à 23 années de dictature. Cette révolte a été organisée et documentée sur les réseaux sociaux, et les images amateur y ont joué un rôle crucial. Retour sur cette journée historique à travers des images fortes sélectionnées par la rédaction des Observateurs de France 24.

Les 12 et 13 janvier, des tensions croissantes dans tout le pays

Cela fait déjà un mois que les Tunisiens s’insurgent contre le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, en poste depuis 1987.

Des émeutes très violentes secouent Tunis depuis la mi-décembre, et les tensions entre manifestants et forces antiémeute sont de plus en plus vives. La police use de projectiles lacrymogènes et de balles réelles dans les rues du centre-ville face aux protestataires.

Plusieurs manifestants ont filmé les événements à l’aide de leurs téléphones avant de les diffuser sur Facebook, afin de rendre compte de l’ampleur du mouvement de protestation et de la répression à laquelle il faisait face. Dans cette compilation de vidéos prises les 13 et 14 janvier 2011, dans le centre-ville de Tunis, des manifestants antirégime se heurtent aux forces de l’ordre.

Ces scènes, que Le Monde qualifie d’"inimaginables il y a encore quelques jours", se reproduisent dans plusieurs régions du pays. Le 12 janvier, à Sfax (est), la grève générale est déclenchée. Les scènes de chaos signent la rupture définitive avec les forces de l’ordre, et par extension, avec le régime en place.

Des véhicules de police ainsi que des bâtiments du parti au pouvoir sont incendiés. Là encore, la police répond par des balles réelles, faisant au moins cinq blessés à Sfax, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme.

En plus des locaux du Rassemblement démocratique constitutionnel (RDC), le parti au pouvoir, les émeutiers brûlent des commissariats de police dans plusieurs villes, comme à Nabeul (nord), à Tunis ou à El Hamma (ouest). Des actes propulsés sur les réseaux sociaux au rang de gestes révolutionnaires.

En tout, au moins 75 manifestants ont été tués par balles depuis le début des protestations en décembre 2010. Le bilan est particulièrement lourd dans les villes du centre et de l’ouest, où au moins une vingtaine de civils sont morts – tués pour la plupart par balle – à Douz (sud), Thala et Kasserine (ouest).

Le 14 janvier, les émeutes retransmises en direct sur Internet

Le 14 janvier, des milliers de Tunisiens bravent l’état d’urgence et gagnent les rues de plusieurs villes, malgré un discours la veille dans lequel l’ancien président affirmait "avoir compris" son peuple et promettait de ne pas se représenter à la prochaine élection.

Ce soulèvement, violemment réprimé par les forces de l’ordre, est documenté par les manifestants. Les vidéos diffusées sont largement visionnées sur Facebook ou YouTube, plateforme qui était jusque-là censurée par le régime et devenue accessible depuis le 13 janvier. Les internautes peuvent ainsi suivre les émeutes à Tunis, où des milliers de manifestants se sont rassemblés sur l’avenue Habib Bourguiba, devant le ministère de l’Intérieur, symbole de l'oppression policière du régime de Ben Ali, malgré le déploiement de l’armée.

"Dégage !" : premières manifestations dès le matin à Tunis

Le matin du 14 janvier, une manifestation est organisée à Tunis. On y voit les protestataires exiger le départ de Ben Ali, puis les forces de l’ordre – en uniforme et en civil – poursuivant les manifestants dans les rues du centre-ville avant de les frapper ou les traîner par terre.

"La Tunisie est libre, Ben Ali dehors !", scandent les manifestants, portant des pancartes en hommage aux victimes des premières émeutes dans le centre du pays, notamment dans la région de Sidi Bouzid. Un autre slogan émerge, "Dégage !", pour ordonner au président et à sa belle-famille, accusés de fraude et de corruption, de quitter immédiatement le pouvoir. Ce slogan sera repris dans les manifestations la même année en Égypte et en Libye, ou plus tard en Algérie.

Des manifestants scandent "Dégage !" à l’unisson, devant le ministère de l’Intérieur à Tunis, le matin du 14 janvier 2011.

Dans l’après-midi du 14 janvier, l’état d'urgence est décrété, avec un couvre-feu prenant effet à partir de 17 h. Des Tunisiens filment des patrouilles de police, en civil ou en uniforme, surveillant les véhicules et incitant les passants à gagner leurs maisons, comme ici à Mnihla, en banlieue de Tunis.

À 18 h, "Ben Ali s’est enfui !"

Vers 18 h, les Tunisiens apprennent que Zine el-Abidine Ben Ali a quitté le territoire, avec des membres de sa famille. Quelques minutes après l’annonce officielle, Abdennaceur Aouini, un avocat militant des droits de l’Homme, sort dans les rues désertes du centre-ville de Tunis annoncer la nouvelle dans une vidéo devenue emblématique. Il hurle : "Ben Ali s’est enfui !"

L'euphorie gagne rapidement les foyers, une grande partie des Tunisiens célèbrent le départ de Ben Ali, avec des youyous et des chants.

Une femme de Masken (est) se réjouit de la fuite de Ben Ali, de son épouse Leïla Trabelsi et de tout leur clan, jugé corrompu et oppressif.

Une soirée sous tension

Plus tard dans la soirée, des coups de feu sont entendus, et des confrontations entre police et manifestants sont filmées. Sur les réseaux sociaux, des rumeurs de casseurs et de "milices pro-Ben Ali" semant la peur se propagent. Le calme ne sera revenu que l’espace de quelques heures.

"Des balles réelles, filme !", commente l’une des personnes témoins de cette scène, filmée le 14 janvier 2011 à Sfax (est) vers 1 h du matin.

Des comités de "vigiles de quartier" se forment très vite. Composés de citoyens armés de bâtons, ces groupes improvisent des barricades artisanales afin d'apaiser les peurs et protéger leurs habitations. Ils passeront des nuits entières à faire des rondes de surveillance.

Des jeunes hommes partagent l’actualité sur le sort du clan Ben Ali la nuit du 14 janvier lors d’une veille de comité de quartier à Tunis.

Un groupe de "vigiles de quartier" se réjouit du départ du clan Ben Ali et de l’arrestation de certains de ses proches, la nuit du 14 janvier 2011.

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