Les « dividendes salariés » continuent de diviser le gouvernement et le Medef

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le porte-parole du gouvernement Olivier Véran quittant l’Élysée le 8 juin 2022.
LUDOVIC MARIN / AFP Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le porte-parole du gouvernement Olivier Véran quittant l’Élysée le 8 juin 2022.

ÉCONOMIE - Le gouvernement veut « booster les dividendes salariés » pour aider le pouvoir d’achat des travailleurs. Ce jeudi 17 novembre, le porte-parole du gouvernement a remis sur le tapis ce dispositif évoqué par Emmanuel Macron pendant sa campagne 2022. L’idée, soufflée par un ancien numéro 2 du Medef, est cependant loin de faire l’unanimité... y compris auprès de l’actuel patron des patrons.

« Si une entreprise a dégagé des bénéfices parce qu’elle fonctionne bien tant mieux. Si elle verse des dividendes aux actionnaires, il faut qu’elle en verse aux salariés. On fera par la loi passer certaines dispositions qui contraindront les entreprises qui versent des dividendes aux actionnaires à en verser aux salariés », affirme Olivier Véran sur France2 ce jeudi. La promesse électorale d’Emmanuel Macron reste donc dans les esprits de l’exécutif.

Le dispositif doit répondre à la question : comment augmenter le pouvoir d’achat des salariés sans toucher à leur salaire ? Aujourd’hui, quand une entreprise fait des bénéfices, elle peut décider d’en faire profiter ses salariés une fois par an grâce à trois dispositifs: la prime d’intéressement, la participation ou la prime de partage de la valeur (dite prime Macron).

Un « meilleur partage de la valeur » pour Le Maire

Thibault Lanxade évoquait récemment dans Le JDD « trois principes » au dividende salarié. Un, conditionner les versements de dividendes aux actionnaires à des versements aux salariés. Deux, le rendre obligatoire pour toutes les entreprises, « selon des critères simples et accessibles » qui restent à définir. Enfin, doubler le montant de ce dividende pour les grandes entreprises susceptibles de faire des superprofits.

Au sein du gouvernement, au-delà de l’engouement sur le papier, rien ne semble encore décidé à ce stade : le dividende salarié sera-t-il un nouveau dispositif, ou viendra-t-il renforcer ceux déjà en place, comme le préconise Thibault Landaxe ? Dans le Parisien le 5 novembre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, fervent patisan, a simplement déclaré qu’il « doit se traduire par des résultats tangibles pour nos compatriotes en termes de revenus ». Avant de mettre en garde : « Une PME et un très grand groupe de plusieurs milliers de salariés ne pourront pas être traités de la même manière. Les entreprises publiques doivent aussi participer », souligne-t-il.

Pour le gouvernement, il s’agit aussi d’apaiser la colère sociale, en faisant oublier la taxe sur les superprofits, votée par l’opposition de gauche et une partie de la majorité, mais finalement retiré du budget 2023 adopté par 49.3. « Avec le dividende salarié, qui dit superprofit dit superdividende, et donc superdividende salarié », souligne aussi Thibault Landaxe. Ce jeudi, Olivier Véran a assuré qu’une proposition de loi en ce sens verrait jour « au cours du quinquennat ». Sans doute pas sans crispations.

Medef et syndicats pas emballés

Car au-delà du gouvernement, l’idée ne séduit pas grand monde. À commencer par l’actuel président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. « Je ne suis pas sûr de savoir ce que ça veut dire, honnêtement ce n’est pas très clair quand vous discutez avec des membres du gouvernement », a tout d’abord taclé le chef de l’organisation patronale sur franceinfo ce jeudi. Avant de se montrer très dubitatif : « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d’obliger toutes les TPE de France à verser obligatoirement en plus une prime », ajoute-t-il.

Le président de la Confédération des PME François Asselin est sur la même ligne, à savoir, contre : « On mélange tout avec cette terminologie de dividende salarié : celui qui porte le risque, et qui est potentiellement rémunéré par le dividende pour cela, et les salariés qui ne portent pas le risque », déclarait-il à l’AFP le 8 novembre.

Côté syndicats, on défend plutôt des augmentations de salaires. « Le salaire c’est tous les mois, c’est des cotisations sociales » tandis que les primes sont ponctuelles, a affirmé mardi 8 novembre le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez sur BFM Business.

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