Dissolution de l’Assemblée nationale : la gauche va-t-elle partir en ordre dispersé ?

On croyait la Nupes enterrée, elle pourrait bien renaître de ses cendres, contrainte et forcée, dans les prochaines semaines. L’annonce inattendue de la dissolution de l’Assemblée nationale par le chef de l’Etat a éclipsé le score des Européennes où la tête de liste PS- Place Publique, menée par Raphaël Glucksmann, a assuré son leadership sur la gauche (14 %), devant la liste LFI de Manon Aubry (10,1 %), l’écologiste Marie Toussaint (5,5 %) et le communiste, Léon Deffontaines (2,3 %). Alors qu’il avait laissé entendre qu’il ne comptait pas tirer des enseignements nationaux d’un scrutin européen, Emmanuel Macron joue le tout pour le tout pour sauver la deuxième partie de son quinquennat. Cette dissolution inattendue pourrait bien propulser à Matignon le président du RN, Jordan Bardella, tout juste auréolé d’un score historique aux élections européennes avec 32 %.

Face à cette option plus que probable, les différents représentants des partis de gauche se sont succédé sur les plateaux pour appeler au rassemblement. Mais 2024 n’est pas 2022. L’accord de la Nupes il y a deux ans avait déjà été conclu après d’âpres négociations, celui de 2024 ne s’annonce pas plus simple. Après l’attaque du Hamas le 7 octobre, le PS et le PCF avaient décidé de suspendre le travail commun avec LFI. Et la campagne de Raphaël Glucksmann, chahuté lors d’une manifestation du 1er mai, avait réactivité le concept des gauches irréconciliables.

Interrogé sur la perspective d’un programme commun pour les législatives anticipées du 30 juin et 7 juillet, l’intéressé a semblé fermer la porte à une alliance avec LFI sans la citer. « C’est le fond qui décide. C’est aussi la méthode, le rapport à la brutalité en politique et à l’apaisement qui décide […] et les politiques aussi qui se reconnaissent dans le cap qu’on a tracé […] construire une alternative, sociale, écologique, démocratique et pro-européenne à l’extrême droite », a-t-il tracé.

« On doit commencer par arrêter les règlements de compte sur les plateaux TV »

« Ce soir, Glucksmann est à 14 %. Cette gauche d’action et de responsabilité a été critiquée, insultée et conspuée par une autre gauche. Pour moi, ce ne sont pas les mêmes gauches », déclare à Public Sénat, le président du groupe PS, Patrick Kanner.

Il n’empêche, « des discussions très certainement dans les heures qui viennent » entre les partis de gauche vont se tenir a annoncé Marie Toussaint. « Face au péril d’extrême droite qu’il a lui-même suscité, Emmanuel Macron a choisi de dissoudre l’Assemblée nationale plutôt que de démissionner. Dont acte. Face au péril fasciste, aucune tergiversation n’est autorisée. Gauche et écologistes doivent s’unir pour incarner la seule alternative possible », a tweeté le patron des écologistes du Sénat, Guillaume Gontard.

« La présidente du groupe communiste du Sénat, Cécile Cukierman estime également « qu’il y a urgence à ce que l’ensemble des partis de gauche se retrouvent. Nous devons prendre nos responsabilités pour proposer une offre politique crédible. Cette unité, les Français la veulent mais pour la faire, on doit commencer par arrêter les règlements de compte sur les plateaux TV », a-t-elle ajouté à Public Sénat.

En effet, la soirée électorale a donné un avant-goût de ce qui attend les dignitaires de la gauche appelés à négocier un programme commun et des accords électoraux. Sur France 2, Olivier Faure a appelé au « rassemblement utile ». « Il y a un rapport de force ce soir qui a évolué et qui devrait permettre à chacun de réfléchir aux meilleures conditions pour un rassemblement qui permette d’avoir un projet, qui permette d’être entendu par les Français ».

« Il va falloir attendre que la poussière retombe et voir les premières projections »

L’union de la gauche autour du PS comme centre de gravité a été immédiatement contestée par Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI. « La question de l’union se fait sur le programme. Je rappelle que les 151 députés de la Nupes ont été élus sur un programme qui comptait la retraite à 60 ans, le refus du marché européen de l’électricité… ».

Le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon a de son côté appelé, lors d’un meeting improvisé à Paris à « l’unité du peuple ». « Chacun est capable de faire le choix du programme qui permet l’unité populaire ».

« Entre 2022 et 2024, la situation a quand même évolué. On a un pays qui connaît de lourds déficits. On ne pourra pas dire n’importe quoi », a tempéré le Premier secrétaire du PS.

« Est-ce qu’on veut gagner ensemble ou est-ce qu’on veut perdre séparés ? », a lancé le député LFI, François Ruffin avant d’ajouter « On l’a vu dans les années 1930 en France, on a fait le Front populaire, on n’a pas fait le nazisme, on n’a pas fait le fascisme. Il n’y a pas de fatalité ».

Reste à savoir si cette convocation de l’histoire va accélérer la constitution d’une alliance crédible à gauche mais surtout sera-t-elle au moins aussi efficace qu’il y a deux ans ? « Ce soir nous sommes encore sous le choc. Il va falloir attendre que la poussière retombe et de voir les premières projections », conclut un cadre socialiste.