Disparus de l'Isère : non-lieu dans deux affaires

La justice a rendu son verdict. Deux juges d'instruction ont prononcé un non-lieu dans deux affaires de disparition d'enfants datant des années 1980 en Isère. Charazed Bendouiou, 10 ans, avait disparu le 8 juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu et Ludovic Janvier, 6 ans, le 17 mars 1983 à Saint-Martin d'Hères.

Ces non-lieux avaient été requis en février dernier par le parquet de Grenoble, qui estimait alors que tous les éléments d'investigation avaient été exploités dans ces deux dossiers. « Pour ces deux affaires, les motifs évoqués par les juges d'instruction sont les mêmes : la prescription pour l'infraction d'enlèvement d'enfant et l'absence de charge contre quiconque pour l'infraction de séquestration. Le ou les auteurs n'ont pas été découverts », a indiqué Jean-Yves Coquillat, procureur de la République de Grenoble.

« Les juges d'instruction et les gendarmes ont effectué un travail tout à fait considérable et remarquable dans tous ces dossiers. Malheureusement, toutes les affaires criminelles ne sont pas élucidées », a ajouté le procureur, soulignant que les corps des victimes n'ont été retrouvés « ni dans l'un, ni dans l'autre » de ces deux dossiers.

L'incompréhension des familles

De leur côté, les avocats des familles des victimes ont signifié leur intention d'interjeter appel et dénoncent « une forme de mépris inadmissible des familles de la part de la justice grenobloise ». « Nous sommes effarés par ces décisions. Les juges ont refusé de les recevoir durant la procédure et de prendre en compte nos demandes d'enquête complémentaire. La justice ne s'est clairement pas donné les moyens d'enquêter. C'est ahurissant, je n'ai jamais vu un tel défaut d'humanité », a réagi Me Didier Seban, l'un des avocats des familles.

Une position de la justice difficilement compréhensible par les familles des disparus car d'autres affaires relevant de ce dossier ont été résolues dernièrement.

Les disparus de l'Isère

En effet, sept disparitions ou meurtres d'enfants entre 1983 et 1996 restent à ce jour non élucidés en Isère. Mais en 2008, le parquet général de Grenoble avait regroupé les dossiers des « disparus de l'Isère » et une cellule d'investigations, Mineurs 38, avait été mise en place par la procureure générale Martine Valdès-Boulouque, pour résoudre ces affaires.

Si les investigations alors menées avaient écarté l'hypothèse d'un tueur en série, cette cellule a permis certaines découvertes. Ainsi, en juillet 2013, les gendarmes sont parvenus à mettre en cause un suspect après les meurtres de Sarah Siad en 1991 et celui de Saïda Berch, en novembre 1996, deux enfants originaires de Voreppe. Leur meurtrier présumé, un voisin, George Pouille, 38 ans, a avoué. Et d'autres enquêtes sont sur le point de trouver une issue. Les enquêteurs ont ainsi effectué un rapprochement entre deux autres dossiers des « disparus » : celui de Fabrice Ladoux enlevé en janvier 1989 et celui de Grégory Dubrulle enlevé en juillet 1983, et seul rescapé.

« La justice est dans l'errance et la contradiction alors que l'acharnement des enquêteurs, et le nôtre aussi, a permis d'identifier un auteur présumé pour deux homicides, on referme les autres dossiers », dénoncent Me Didier Seban et Me Corinne Herrmann. « Cette attitude est un véritable acte de mépris à l'heure où toutes les autorités judiciaires reconnaissent l'intérêt de relancer l'enquête sur les crimes impunis », s'indigne Me Didier Seban.

De nouveaux éléments non pris en compte ?

De nouveaux éléments concernant la disparition de Charazed ont été apportés par les avocats de sa famille. « Des témoignages qui n'ont pas été pris en compte », se désole Me Herrmann. La fillette aurait notamment été aperçue avec sa robe jaune devant un magasin. Comme le rapporte L'Obs, les analystes de la gendarmerie qui reprennent l'enquête en 2008 reviennent vers cette déclaration qu'ils jugent fiable et invitent les enquêteurs à rechercher les enfants avec lesquels la petite jouait. Il y a également la piste d'un « couple de pervers sexuels », apparue dans l'enquête concernant la disparition de Nathalie Boyer, un an après celle de Charazed. Un homme et une femme entraînaient des jeunes filles mineures à leur domicile pour les violer. Ils avaient une Renault 5 bleue. Comme celle dans laquelle un témoin a cru reconnaître Charazed.

Témoignant sur Europe1, Virginie, la sœur de Ludovic s'indigne : « Ils n'ont pas retrouvé le corps, donc, on ne peut pas dire qu'il est mort ». « Faut chercher encore. Faut faire des appels à témoins, faire des portraits vieillis. Tout n'est pas fait dans le dossier Ludovic. Ils ont vite voulu bâcler l'histoire, c'est tout. Pour moi, des pistes n'ont pas été exploré. La personne qui disait détenir Ludovic parce que sa femme ne pouvait pas avoir d'enfant, cette piste-là, on ne l'a jamais exploré ». Il y a quelques années, une infirmière a contacté Virginie, après une émission qui revenait sur la disparition de Ludovic. « Elle a dit qu'elle était persuadée d'avoir vu mon frère, Ludovic, près de Reims, dans l'hôpital où elle travaillait », se souvient Virginie, qui témoigne dans L'Obs. « Selon elle, il ressemblait énormément à Jérôme (l'un des frères de Ludovic, ndlr) qu'elle avait vu dans le reportage ». Le signalement pourrait être fantaisiste, sauf que ce témoignage rappelle un fait noté dans le dossier sur la disparition du garçon. En avril 1983, soit un mois après la disparition, la greffière d'un des juges d'instruction reçoit un appel téléphonique. La voix d'un homme demandait au magistrat de rassurer la famille sur le sort de leur enfant. Le suspect indiquait que Ludovic était en bonne santé, qu'il faisait la joie d'un couple stérile. Il ajoutait qu'il appelait après avoir lu un article relatant l'affaire dans « L'Union de Reims ».

Mais pour le procureur de la République, « il reste une affaire, l'affaire Ladoux, pour laquelle des éléments scientifiques continuent d'être exploités. Pour les autres, toutes les investigations possibles et imaginables ont été faites ». Fabrice Ladoux, 12 ans, avait été retrouvé mort le 13 janvier 1989 dans le massif de la Chartreuse.