Disparition de Jean-Claude Carrière, légende du cinéma et du théâtre

·4 min de lecture

C’était un touche-à-tout, honoré par un Oscar d’honneur à Hollywood. Ses créations sont entrées dans l’histoire du cinéma et du théâtre, mais aussi de la littérature. Jean-Claude Carrière est décédé lundi 8 février, à l’âge de 89 ans, a annoncé sa fille.

Jacques Tati, Alain Delon, Romi Schneider, Jean-Paul Belmondo, Milos Forman, Jean-Louis Barrault, Peter Brook, Volker Schlöndorff... La liste des noms de ses rencontres est vertigineuse. Il a travaillé avec les plus grands cinéastes et acteurs de son époque et sa carrière épouse l’histoire cinématographique et théâtrale du XXe siècle en France.

Quand Bunuel découvre un scénariste de génie

Né le 17 septembre 1931 dans un petit village de l’Hérault, à Colombières-sur-Orb, ce fils de viticulteur développe à l’école et au lycée rapidement son goût pour le dessin et l’écriture. À l’âge de 26 ans, il publie son premier roman, « Lézard », et gagne l’attention de Jacques Tati et Pierre Étaix, qui lui proposent de travailler sur plusieurs courts et longs métrages. Mais c’est sa collaboration avec Luis Bunuel, le cinéaste mythique de l’œuvre surréaliste « L’Âge d’or », qui fera la réputation de Jean-Claude Carrière comme un scénariste de génie dans le 7e art.

Au micro de RFI, il avait raconté en 2014, à l'occasion de son Oscar d'honneur, sa première rencontre avec Bunuel au Festival de Cannes en 1963 : « Il cherchait un scénariste français connaissant bien la province française. C’était mon cas. C’était pour "Le Journal d’une femme de chambre". Nous avons déjeuné ensemble. Il m’a demandé si je buvais du vin. Je lui ai dit que non seulement j’en buvais, mais que j’en produisais. »

De Jeanne Moreau à Catherine Deneuve

Leur complicité dure presque vingt ans et fait naître des chefs-d’œuvre comme « Le Journal d’une femme de chambre » avec Jeanne Moreau (dans lequel Carrière joue aussi le rôle du prêtre), « Belle de jour » (Lion d’or à la Mostra de Venise) avec Catherine Deneuve dans son rôle culte de Séverine, et « Le Charme discret de la bourgeoisie » avec l’acteur fétiche de Bunuel, l’inoubliable Fernando Rey.

En 1969, Jean-Claude Carrière remporte même le Prix spécial du jury au Festival de Cannes pour son propre court métrage « La Pince à ongles », avant de décider de ne pas poursuivre le chemin de réalisateur, mais de mettre ses talents au service des autres. Pour Louis Malle, il adapte le roman de Georges Arien, « Le Voleur », pour mettre en scène Belmondo. Il écrit le scénario du « Tambour » (Palme d’or à Cannes et Oscar du meilleur film étranger) de Günter Grass pour Volker Schlödorff, se confronte avec Jean-Luc Godard pour « Sauve qui peut (la vie) », signe le « Danton » d’Andrzej Wajda et « L’Insoutenable légèreté de l’être » de Philip Kaufman pour lequel il reçoit en 1989 le British Academy Film Award pour le meilleur scénario adapté, sans oublier « Cyrano de Bergerac » de Jean-Paul Rappeneau...

Jean-Claude Carrière et « Le Mahabharata »

Pour le théâtre, Jean-Claude Carrière écrit une douzaine de pièces, mais devient surtout célèbre pour ses nombreuses adaptations au service du metteur en scène Peter Brook, avec notamment « La Tempête de Shakespeare », pièce pour laquelle il reçoit un Molière du meilleur adaptateur. En 1989, il entre au panthéon du théâtre avec son « Mahabharata » qui provoque un véritable séisme dans le milieu théâtral, auquel s'ensuit une tournée mondiale triomphale. La spiritualité de l’Inde l’accompagne toute sa vie, avec des « Carnets de voyage en Inde » avec Peter Brook, un « Dictionnaire amoureux de l’Inde » ou aussi une œuvre sur Calcutta. Il puise également dans « La Force du Bouddhisme », livre co-réalisé avec le 14e Dalaï Lama, Tenzin Gyatso.

« Un réalisateur dans la ville »

Pour Abbas Kiarostami, Jean-Claude Carrière écrit des scénarios, assure des traductions et interprète même un rôle dans « Copie conforme » en 2010. Son travail pour le cinéaste iranien, Carrière le partage souvent avec son épouse Nahal Tajadod, femme de lettres iranienne, avec qui il a eu une fille née en 2003, Kiara. De son premier mariage, avec la peintre et actrice Augusta Bouy, épousée à l’âge de 20 ans, Jean-Claude Carrière a eu une autre fille, Iris.

Jusqu’à la fin, Jean-Claude Carrière a soutenu à Nîmes, près de sa maison familiale de l’Hérault, un petit festival de cinéma qu’il a lui-même créé en 2005 avec Gérard Depardieu, Carole Bouquet et Sophie Rigon : « Un réalisateur dans la ville ». Jean-Claude Carrière sera désormais ailleurs mais, déjà aujourd’hui, des théâtres, des cinémathèques et des salles de cinéma portent son nom et vont continuer à faire vivre son œuvre.