Dans la discrète course de fond de la primaire écolo, Jadot accélère

Baptiste BECQUART
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La primaire des écologistes en septembre exige une "course de fond" des potentiels candidats, à l'image d'un Eric Piolle se préparant méticuleusement et discrètement. Mais Yannick Jadot a décidé d'accélérer pour ne pas laisser le champ libre aux autres personnalités de gauche.

L'eurodéputé a en effet annoncé au journal de 13h de TF1, samedi, la création de "2022, l'écologie", une "plateforme d'idées" en ligne tournée vers la présidentielle.

Son entourage a précisé qu'il tiendrait une conférence de presse mercredi prochain pour esquisser les grands thèmes de sa campagne potentielle en s'adressant directement aux Français. Le cycle de déplacements thématiques entamé il y a plusieurs semaines va quant à lui se poursuivre.

"Nous sommes sur deux campagnes qui forment un tout", résume un de ses proches. "Yannick fait le boulot en interne en multipliant les réunions avec les militants, mais il fait aussi campagne auprès des Français. On ne peut pas dire que c'est le temps de l'écologie mais rendez-vous seulement dans neuf mois".

Cette accélération de Yannick Jadot intervient alors que la déclaration de candidature de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, les interventions médiatiques de la maire PS de Paris Anne Hidalgo ou encore le retour en politique d'Arnaud Montebourg mettent une certaine pression sur les Verts.

Pourtant leur chef Julien Bayou affiche sa sérénité. La primaire se prépare bel et bien, assure-t-il à l'AFP, comme en témoigne l'installation cette semaine du comité de pilotage.

Mais les régionales de juin sont la vraie priorité du moment, selon le secrétaire national, par ailleurs tête de liste en Île-de-France: "La primaire va notamment se jouer sur lequel des candidats aura le mieux soutenu les candidats aux régionales".

Les partisans de M. Jadot mais aussi de la seule candidate officiellement déclarée, Sandrine Rousseau, confient en privé leurs doutes sur le calendrier que se sont imposé les Verts.

"La stratégie était intéressante quand les régionales étaient en mars mais avec un vote en septembre, le risque est de laisser Mélenchon et Hidalgo dérouler", souligne-t-on dans l'entourage de Mme Rousseau. "L'écueil à éviter c'est de passer trop de temps dans la tambouille interne, alors que nous sommes les seuls à pouvoir faire l'union".

- "Agitation" -

Sandrine Rousseau, ancienne numéro 2 du parti, a en tout cas estimé comme Yannick Jadot qu'il fallait sortir du bois, en donnant une conférence de presse jeudi. Convaincue de pouvoir "perturber" les plans des favoris, elle a insisté sur son profil féministe et la nécessité de porter une "radicalité environnementale".

Le maire de Grenoble Eric Piolle, lui, a lancé sa plateforme "Une certaine idée de demain" sans convoquer aucun média, la semaine dernière. Sa stratégie est plutôt en phase avec le calendrier retenu par EELV. "L'étape à réussir ce sont les régionales, on a besoin que l'écologie soit toujours plus enracinée" après des municipales réussies, indique son entourage.

Rencontre avec des intellectuels, chercheurs, acteurs culturels et scientifiques, personnalités de gauche: "il organise ses réseaux" avec méthode, tel l'ingénieur qu'il est resté, poursuit cette source. "La présidentielle est une course de fond, pas un sprint, Eric Piolle n'est pas dans l'agitation et l'effervescence".

"Jadot se trompe s'il pense qu'il faut partir sur les chapeaux de roue, l'opinion n'est pas encore du tout focalisée sur la présidentielle", abonde Alain Coulombel, représentant de l'aile gauche au bureau exécutif d'EELV.

Il analyse: "Jadot et Piolle ont des stratégies liées à leurs positions respectives, l'un a gagné une notoriété en étant tête de liste aux européennes de 2019 et joue sur l'aspect grand public; l'autre est assis sur deux victoires à Grenoble et estime que sa candidature émergera naturellement au national s'il remporte la primaire".

Symbole de cette stratégie, le premier nourrit des relations régulières avec la presse nationale tandis que le second privilégie la presse locale avec un entretien quasi hebdomadaire dans un journal de la région où il se rend.

bap/cs/nm