« Directrice d'école, les atteintes à la laïcité sont mon quotidien »

Propos recueillis par Géraldine Woessner
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« Je ressens une forte pression sociétale de familles de plus en plus pratiquantes. »
« Je ressens une forte pression sociétale de familles de plus en plus pratiquantes. »

« Les hussards noirs de la République ? J'en connais, bien sûr? Mais nous ne sommes plus très nombreux. » En apprenant le crime barbare dont a été victime, vendredi, l'enseignant Samuel Paty, sauvagement décapité pour avoir fait son métier, Leïla* s'est sentie submergée, d'horreur, évidemment, mais aussi de colère. Depuis vingt ans, elle dirige une école primaire dans un quartier prioritaire d'une ville du Sud-Ouest, l'un des plus pauvres de France. Et, depuis vingt ans, elle contemple la laïcité se déliter, les communautarismes gagner du terrain? Dans l'indifférence de sa hiérarchie, comme des syndicats d'enseignants censés la représenter. Depuis des années, elle alerte dans le vide. Elle a accepté de nous raconter son quotidien. Entretien.

Le Point : Comment avez-vous réagi, vendredi, en apprenant l'assassinat de Samuel Paty ?

Leïla : J'ai été effarée, effrayée. Par la barbarie elle-même, et par l'enchaînement des faits. Comment a-t-on pu ne pas mettre cet enseignant en sécurité ? Il a été accusé sur les réseaux sociaux, un père d'élève a appelé à des sanctions, des manifestations, l'a accusé de diffuser des images pédopornographiques. Une délégation de parents, dans laquelle figurait un islamiste représentant un « conseil des imams », a été reçue par la principale d'un collège public ! Mais comment est-ce possible ? S'il n'avait pas été assassiné, l'incident se serait clos sur cette incroyable conclusion que l'enseignant avait commis une « maladresse ». O [...] Lire la suite