Afghanistan : Joe Biden met fin à "la plus longue guerre de l'Amérique"

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Le président Joe Biden a confirmé mercredi le retrait de toutes les troupes américaines d'Afghanistan d'ici le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, qui avaient provoqué l'intervention des États-Unis. Il a par ailleurs exhorté les Taliban à tenir "leur engagement" antiterroriste.

Le président des États-Unis a sonné le départ des troupes américaines d'Afghanistan. Joe Biden a déclaré, mercredi 14 avril, dans un discours très attendu, que "les États-Unis vont entamer leur retrait définitif le 1er mai", mais "ne partiront pas de manière précipitée".

"Les troupes américaines ainsi que les forces déployées par nos alliés de l'Otan" auront "quitté l'Afghanistan avant le 20e anniversaire de ces attentats odieux du 11-Septembre", a-t-il ajouté.

Soulignant être "le quatrième président américain à gérer la présence militaire américaine en Afghanistan", il a promis de ne pas transmettre "cette responsabilité à un cinquième", en jugeant vain d'attendre "de créer les conditions idéales pour un retrait".

"Je pense que notre présence en Afghanistan doit être centrée sur la raison pour laquelle nous y sommes allés en premier lieu : s'assurer que l'Afghanistan ne serve pas de base pour attaquer à nouveau notre pays. C'est ce que nous avons fait. Nous avons rempli cet objectif", a affirmé le président démocrate.

Sans attendre, les alliés de l'Otan ont annoncé mercredi leur décision de commencer le retrait de leurs forces d'ici le 1er mai pour le terminer "dans quelques mois", selon un communiqué publié par l'Alliance quelques minutes après le discours de Joe Biden.

"Nous continuerons à soutenir le gouvernement afghan" mais "nous n'allons pas rester engagés militairement en Afghanistan", a-t-il déclaré. Toutefois, "notre travail diplomatique et humanitaire va continuer" dans le pays, a-t-il souligné.

La crainte d'une "escalade" qui "pourrait saper les efforts" de paix

Malgré les craintes croissantes d'une victoire des Taliban et du retour d'un avatar du régime fondamentaliste qu'ils avaient imposé de 1996 à 2001 à Kaboul, Washington a décidé de quitter le pays "sans conditions".

Joe Biden repousse ainsi de moins de cinq mois la date butoir du 1er mai 2021, prévue pour ce retrait total dans l'accord historique conclu en février 2020 par son prédécesseur Donald Trump avec les Taliban.

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"Si l'accord est violé et les forces étrangères ne quittent pas notre pays à la date prévue", "il y aura sûrement des problèmes et ceux qui ne respectent pas l'accord seront tenus pour responsables", a mis en garde mercredi le porte-parole des Taliban, Zabihullah Mujahid.

La veille, les insurgés avaient prévenu qu'ils refuseraient, "tant que toutes les forces étrangères n'auront pas achevé leur retrait", de participer à la conférence sur la paix en Afghanistan, prévue du 24 avril au 4 mai à Istanbul.

Cette réunion devait permettre de relancer les négociations de paix directes inédites ouvertes en septembre entre les Taliban et le gouvernement de Kaboul, mais l'absence annoncée des rebelles risque de prolonger l'impasse.

La Russie a d'ailleurs dit redouter une "escalade" qui "pourrait saper les efforts" de paix. Certains alliés des États-Unis ont aussi exprimé leurs réserves sur l'annonce américaine qui, selon la Belgique, risque de "diminuer la pression sur les Taliban".

Kaboul "respecte" la décision américaine

Malgré l'accord américano-taliban de 2020, la violence fait toujours rage entre les insurgés et les forces afghanes. Et le renseignement américain a estimé, dans un rapport paru mardi, que les autorités de Kaboul allaient "peiner à résister" en cas de départ de la coalition internationale.

Mais Joe Biden a mis en garde les Taliban contre toute attaque au moment du retrait, les exhortant à tenir "leur engagement" antiterroriste.

"Nous tiendrons les Taliban responsables de leur engagement à ne permettre à aucun terroriste de menacer les États-Unis ou leurs alliés depuis le sol afghan", a déclaré le président américain, en demandant notamment au Pakistan de faire "davantage" pour aider l'Afghanistan.

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En Afghanistan, les réactions ne se sont pas fait attendre avant même le discours, dont des extraits avaient été distribués à la presse. Le président Ashraf Ghani a dit avoir parlé mercredi avec son homologue américain du retrait total des soldats américains d'ici début septembre. Il a assuré "respecter" cette décision.

Les forces de sécurité afghanes "sont pleinement capables de défendre leur peuple et leur pays, ce qu'elles font depuis le début", a-t-il déclaré dans un tweet après cette conversation téléphonique. "Nous allons travailler avec nos partenaires américains pour assurer une transition en douceur", a-t-il ajouté.

Les États-Unis étaient intervenus en Afghanistan il y a près de 20 ans, dans la foulée des attentats contre les tours jumelles de New York et le Pentagone. Ils ont chassé du pouvoir à Kaboul les Taliban, accusés d'avoir accueilli Oussama ben Laden et sa nébuleuse jihadiste Al-Qaïda responsable des attentats, mais se sont ensuite enlisés.

Plus de 2 000 Américains et des dizaines de milliers d'Afghans tués

Au plus fort de leur présence, en 2010-2011, quelque 100 000 militaires américains étaient déployés en Afghanistan. Depuis, le désengagement a été continu, et s'est accéléré à la fin du mandat de Donald Trump : il ne reste plus que 2 500 soldats américains dans le pays.

Pour tourner la page de ce conflit dans lequel plus de 2 000 Américains et des dizaines de milliers d'Afghans ont été tués, le gouvernement de Donald Trump avait conclu à Doha, au Qatar, un accord historique avec les Taliban.

Il prévoyait le retrait de toutes les forces américaines et étrangères au 1er mai prochain, à condition que les insurgés empêchent la reconstitution d'un sanctuaire pour des groupes terroristes dans les zones qu'ils contrôlent.

La classe politique américaine était divisée face à l'annonce du retrait, qui ne prévoit même plus le petit contingent contre-terroriste dont le président avait initialement envisagé le maintien.

La plupart des démocrates, mais aussi plusieurs ténors trumpistes, ont salué le rapatriement tant attendu des soldats.

"C'est la bonne décision", a dit l'ex-président Barack Obama, qui avait envoyé d'importants renforts dans le pays en 2009 contre l'avis de son bras droit Joe Biden.

"Retirer nos forces d'Afghanistan d'ici le 11 septembre ne fera qu'enhardir les jihadistes qui ont attaqué notre pays 20 ans plus tôt", a protesté au contraire la la députée républicaine Liz Cheney.

Avec AFP