Devant les diplomates, Macron défend sa réforme controversée et le dialogue avec la Russie

© Mohammed Badra, AFP

Emmanuel Macron a reçu les ambassadeurs et ambassadrices de France à Paris, jeudi, lors de la "conférence des ambassadeurs", réunion annuelle qui n'a pu avoir lieu pendant deux ans en raison de la pandémie de Covid-19. Il y a notamment défendu sa réforme controversée de la diplomatie française et a aussi "assumé" de poursuivre le dialogue avec la Russie.

Emmanuel Macron a présenté jeudi 1er septembre le cap de la diplomatie française aux ambassadeurs réunis à Paris, dans un contexte international de crises aiguës, au premier rang desquelles la guerre en Ukraine et le recul des démocraties.

Le président français a défendu sa réforme controversée de la haute fonction publique, à l'origine d'un mouvement de contestation inédit chez les diplomates, en assurant qu'elle permettrait d'avoir une diplomatie "plus agile, plus experte, plus forte". "Cette réforme est bonne pour le Quai d'Orsay", a lancé le président français, tout en reconnaissant "le trouble" qu'elle a suscité chez les diplomates.

Rappelant qu'en 2023 le nombre d'emplois augmenterait "pour la première fois depuis trois décennies" au ministère des Affaires étrangères – 1 000 emplois à temps plein vont être créés, selon une source diplomatique – et que la hausse des moyens financiers allait se poursuivre, Emmanuel Macron a défendu sa réforme.

Celle-ci prévoit la "mise en extinction" des deux corps historiques de la diplomatie d'ici à la fin 2023 et la création d'un nouveau corps de l'État. Les hauts fonctionnaires ne seront plus rattachés à une administration spécifique et pourront en changer en cours de carrière.

Elle a suscité l'inquiétude et la colère de nombreux diplomates, y compris parmi les hauts cadres, estimant ne pas être "interchangeables", et s'inquiétant d'une perte de professionnalisation et de prestige de la diplomatie française, troisième réseau mondial derrière les États-Unis et la Chine.

La réforme avait entraîné une grève, rarissime, au Quai d'Orsay, en juin 2022. Et une association "Diplomates de métier", comprenant notamment d'anciens ministres opposés à la réforme, a été créée mercredi.

"Parler aux gens avec qui nous ne sommes pas d'accord"

Par ailleurs, Emmanuel Macron a prôné jeudi la poursuite du dialogue avec la Russie, estimant qu'"il fa[llai]t assumer de pouvoir toujours continuer à parler à tout le monde", "surtout ceux avec qui nous ne sommes pas d'accord".

"Qui a envie que la Turquie soit la seule puissance du monde qui continue à parler à la Russie ?", a lancé le Président devant les ambassadeurs français réunis à l'Élysée.

"Il ne faut céder à aucune forme de fausse morale qui nous 'impuissanterait'", a poursuivi le président français, répétant "le métier de diplomate c'est bien de parler à tout le monde et surtout aux gens avec qui nous ne sommes pas d'accord". "Et donc nous continuerons de le faire", "en cohérence avec nos alliés", a-t-il ajouté, rappelant que "la division de l'Europe" était "un des buts de guerre de la Russie".

Emmanuel Macron est l'un des rares dirigeants européens à s'être entretenu avec le président russe, Vladimir Poutine, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février, une stratégie qui a été critiquée. L'Élysée a toujours affirmé avoir agi avec l'accord du président Volodymyr Zelensky et les contacts se sont raréfiés après la révélation des crimes de guerre imputés à la Russie, notamment à Boutcha, en banlieue de Kiev.

Le dernier contact téléphonique entre le président français et son homologue russe remonte au 19 août, et concernait la situation à la centrale nucléaire de Zaporijjia et l'organisation d'une mission de l'Agence internationale de l'Énergie atomique.

Avec AFP