Diplomates tchèques, Ukraine, Navalny : multiplication des tensions entre Moscou et Bruxelles

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Les sujets de tension entre la Russie et l’Union européenne s’accumulent, le dernier motif de crispation étant l’expulsion par Moscou de 20 diplomates tchèques. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept se sont réunis lundi pour discuter des relations de l’UE avec la Russie.

"L'UE est profondément inquiète de la répétition systématique de comportements nocifs et dangereux de la Russie en Europe", a indiqué un communiqué de Bruxelles, lundi 19 avril, au terme d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 pays membres de l’Union consacrée aux rapports avec la Russie.

Entre l’expulsion de diplomates tchèques, la situation en Ukraine et le sort réservé à l’opposant russe Alexeï Navalny, les sujets de tension ne manquent pas et les Vingt-Sept tentent de se mettre d'accord sur des leviers à actionner, mais aucune sanction n'est pour le moment en discussion. Tour d’horizon des points de friction.

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  • Expulsion de diplomates tchèques

L'Union européenne déplore la décision de la Russie d'expulser 20 diplomates tchèques et soutient complètement la République tchèque, a déclaré la Commission européenne dans un communiqué publié lundi soir.

"L'Union européenne est profondément préoccupée par les habitudes néfastes de comportement malveillant de la Russie en Europe", a-t-elle dit. "La Russie doit stopper ces activités, qui violent des principes internationaux et des normes parfaitement établis et menacent la stabilité en Europe", a ajouté la Commission.

Plus tôt dans la journée, Prague avait dit juger "excessive" la réaction de Moscou à la crise diplomatique entre les deux pays. Mais mardi, c’est le chef de la diplomatie tchèque qui s'est dit prêt à expulser tous les diplomates russes de Prague.

La Russie a expulsé des employés de l'ambassade tchèque à Moscou après que la République tchèque a accusé les services secrets russes d'être impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions en 2014 et a expulsé 18 diplomates russes.

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  • Troupes russes aux frontières de l’Ukraine

La Russie aura regroupé d'ici une semaine plus de 120 000 soldats aux frontières de l'Ukraine, a affirmé mardi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmitro Kouleba, appelant de ses vœux de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou.

De son côté, la Russie a accusé les États-Unis et l'Otan de se livrer à des "activités provocatrices" dans l'espace maritime et aérien de la mer Noire.

Selon des observateurs occidentaux, la concentration actuelle des forces russes dans la région est supérieure à ce qu'elle était lors de l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou en mars 2014.

Le chef de la diplomatie ukrainienne a mis en garde contre le caractère imprévisible de Moscou, tout en soulignant que l'Ukraine ne cherchait pas un conflit avec la Russie.

Dmitro Kouleba a ajouté qu'il avait, lors d'une réunion par visioconférence des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne lundi, appelé ses collègues à "commencer à envisager un nouveau train de sanctions sectorielles contre la Russie". Il a ajouté qu'il n'avait pas senti les ministres de l’UE prêts à prendre une telle initiative mais leur a dit que les sanctions individuelles prises par Bruxelles étaient à ses yeux insuffisantes.

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Dans un communiqué, le Quai d'Orsay a rappelé mardi qu'Emmanuel Macron avait souligné, dans un entretien accordé ce week-end à la chaîne américaine CBS, la nécessité de faire preuve "de clarté comme de fermeté" à l'égard de Moscou. "Dans le contexte de tensions actuelles aux frontières de l'Ukraine et en Crimée, une nouvelle atteinte à la souveraineté ou à l'intégrité de l'Ukraine de la part de la Russie serait inacceptable et ne pourrait pas, sur cette base, rester sans conséquences", a ajouté le ministère des Affaires étrangères.

"Nos efforts sont aujourd'hui focalisés sur l’engagement d'une désescalade des tensions. La France, aux côtés de l'Allemagne, poursuit à cette fin ses discussions au sein du format Normandie pour faciliter la mise en œuvre de ces accords en vue de permettre l’établissement d'une paix juste et durable dans l'est de l'Ukraine", a également souligné le Quai.

Le chef de la diplomatie ukrainienne a déclaré qu’il souhaitait une solution diplomatique à la crise actuelle mais précisé que son homologue russe, Sergueï Lavrov, avait décliné une invitation à des discussions.

  • État de santé d’Alexeï Navalny

L'opposant russe Alexeï Navalny, en grève de la faim, est extrêmement affaibli et mal soigné dans un hôpital pour prisonniers tuberculeux, se sont alarmés, mardi 20 avril, ses avocats, qui ont réclamé son transfert à Moscou après lui avoir rendu visite.

L'adversaire du Kremlin se trouve depuis dimanche soir dans une unité carcérale hospitalière de Vladimir, au nord-est de la capitale russe. Ses proches affirment qu'il risque de mourir à tout moment d'un arrêt cardiaque.

Dans une publication sur Instagram, mise en ligne après la visite de ses conseils, le détracteur le plus en vue de Vladimir Poutine s'est décrit comme "un squelette déambulant dans une cellule".

"Il est très faible, il a du mal à s'asseoir et à parler", a déclaré aux journalistes son avocate, Olga Mikhaïlova, assurant qu'il "ne reçoit pas d'aide médicale" appropriée. Elle a réclamé son transfert immédiat "dans un hôpital civil" à Moscou "pour l'empêcher de mourir".

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La pression occidentale sur Moscou reste importante mais sans effet, alors que la chancelière allemande Angela Merkel s'est dit mardi "extrêmement préoccupée" et a affirmé travailler pour s'assurer qu'il reçoive des soins appropriés.

L'intéressé a remercié sur Instagram "l'énorme soutien" qu'il reçoit "de Russie et du monde entier".

Alexeï Navalny a arrêté de s'alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, accusant notamment l'administration pénitentiaire de lui refuser la visite d'un médecin alors qu'il souffre du dos et de perte de sensibilité aux jambes et aux bras.

Avec AFP et Reuters