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Didier Varrod, Monsieur Supersonique de l'Hyper Weekend Festival

Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France, le 18 janvier 2024 à Paris (JOEL SAGET)
Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France, le 18 janvier 2024 à Paris (JOEL SAGET)

Directeur musical des antennes de Radio France, Didier Varrod est aussi l'architecte d'un premier rendez-vous majeur dans l'année, l'Hyper Weekend Festival, beau mélange des genres à son image.

"Comment aimer Aphex Twin et Sheila, c'est l'histoire de ma vie", déroule l'intéressé pour l'AFP. Le premier, sorcier d'une électro pointue, n'est pas au festival, de vendredi à dimanche à la Maison de la Musique et de la Radio, à Paris. Mais la programmation héberge des extra-terrestres comme Baby Volcano et son cocktail rap/trap/électro/vibrations latines.

Sheila est, elle, bien présente, programmée vendredi dans une soirée piano-voix. Une des nombreuses créations où on trouve aussi Yamê, nouvelle voix mêlant r'n'b et chanson.

L'Hyper Weekend Festival, qui en est à sa 3e édition, synthétise tout le "rapport à la musique" du directeur musical de Radio France et ce qu'il a "envie de transmettre", entre célébration du patrimoine et chronique de l'émergence.

"Les artistes, Didier Varrod sait les reconnaître et sait en parler", décrit la chanteuse Keren Ann pour l'AFP. "Sa curiosité lui permet de créer des espaces pour être le plus libre possible", complète Sage, artiste chargé de mettre en forme un show autour du répertoire de Françoise Hardy, avec Clara Luciani en tête d'un casting de luxe.

- "Blessure" -

Et, comme l'intéressé finit par en convenir, "probablement que ce festival permet aussi de transcender quelque chose de l'ordre de la blessure". Jean-Louis Foulquier, père des Francofolies de La Rochelle, promet sur scène en 2004, en clôture de cet évènement, de lui confier son bébé. Avant de choisir un autre successeur.

"Une violence absolue. Après ça, je n'ai plus voulu aller aux Francofolies et j'avais une relation particulière aux festivals", confesse l'homme de radio, bible d'une scène musicale qu'il explore aussi de livres en documentaires télés.

Le temps a fait son œuvre et la chevelure platine du sexagénaire se remarque à nouveau à La Rochelle, tandis que son sourire traverse les autres grand-messes sonores.

Tout le ramène à la musique. Son premier souvenir ? Mireille Mathieu remporte un concours et parade "façon reine d'Angleterre" dans les rues d'Avignon. La famille Varrod est d'ailleurs voisine des Mathieu. Avignon est une des villes où vivra Didier Varrod au fil des affectations de son père, qui travaille à la Banque de France.

Son premier émoi ? "J'ai 4 ou 5 ans. A la télé, Françoise Hardy chante +Tous les garçons et les filles+, ça me saisit. Intuitivement, je sens que je ne serai pas un garçon comme les autres, qui aimera comme les autres". Didier Varrod a connu une France où l'homosexualité était pénalisée (jusqu'en 1982).

- "Combats" -

Même si ce n'est jamais mis en avant, l'Hyper Weekend distille des messages bienveillants pour la communauté LGBT. Quand, lors de l'édition 2022, Kiddy Smile reprend des classiques de la house, Didier Varrod rappelle au micro que "quand certains y voyaient une musique légère, sans contenu, pour d'autres, la communauté gay, elle fut porteuse de résistance, résilience, libération".

Ses éléments biographiques renvoient souvent à ses premiers pas en 1985 à Radio France, avec laquelle - c'est moins spécifié - l'histoire ne fut pas linéaire, entre parenthèse pour travailler dans les labels musicaux dans les années 1990 et une reconnaissance longue à se dessiner.

Mais, avant, il y eut une radio libre à Grenoble, ville de ses études d'Histoire et, surtout, Fréquence Gaie à Paris en 1981. Il y a tout fait, entre standard, animation ou poste de secrétaire général. Et fut de "tous les combats contre la pénalisation de l'homosexualité, pour qu'elle ne soit plus reconnue comme maladie mentale (retrait par l'Organisation mondiale de la santé en 1990)".

L'épisode Fréquence Gaie "fut structurant et on y trouvait déjà l'opéra, Dalida, de la musique concrète, du metal, toutes les musiques". A l'Hyper Weekend, Barbara Pravi reprend d'ailleurs Dalida sur fond de musique tzigane.

pgr/pel/sp