Dickinson, battements d’une indocile

Libération.fr

Le très beau film de Terence Davies rend justice au génie et aux souffrances de la poétesse américaine.

Qu’elle était pesante, cette Amérique du renouveau religieux ! Cette moralité aux aguets, ce flicage perpétuel de tout… Ils se sont abattus sur la Nouvelle-Angleterre du XIXe siècle avec la force vengeresse d’un dieu en colère. Par quel miracle la poésie d’Emily Dickinson a-t-elle jailli au cœur de cette aridité ? Le film de Terence Davies, A Quiet Passion, fait mesurer ce qu’elle a d’extraordinaire, cette source vive, affolante d’intelligence, de concision et de liberté. Il lui ressemble, maniant l’ironie et l’exigence, l’exaltation et le désespoir. Il est aussi le film qu’elle mérite, féministe et combatif, tentant de réparer cent cinquante ans plus tard l’injustice de son insuccès.

Que sait-on de la vie d’Emily Dickinson, morte en 1886 à l’âge de 55 ans, et incarnée ici par Emma Bell puis Cynthia Nixon ? Suffisamment peu pour que les batailles entre ses exégètes aient fait rage. Dickinson écrivit plus de 1 700 poèmes, dont seuls quelques-uns furent publiés de son vivant. Elle termina sa vie recluse et, si l’on en croit Davies, dévorée par l’amertume de n’avoir pas été reconnue. Les coupables seront facilement démasqués : est proclamé un édito de l’époque, aussi bête que suffisant, plein de mépris pour les femmes écrivains. Comment écrire lorsqu’on est une femme à Amherst dans les années 1870 ? En tout cas, pas en étant mariée. «Ma famille est bien mieux que tout ce que je pourrais connaître et désirer», affirme ici Dickinson. Emplie de contradictions, elle sera tiraillée sa vie durant par les mérites relatifs de ce choix.

Miracle. Si Davies ne s’aventure pas sur le terrain, discuté, de ses amours et de sa sexualité, l’essentiel est là : le passage dans un pensionnat rétrograde, le retour dans une famille aimante et relativement éclairée, la jeunesse enflammée et vibrante d’attentes glissant peu à peu vers la rigueur et l’éthique intransigeante, d’abord vis-à-vis (...)

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