Ils envoient des dick pics, voici comment ils ont vécu l'affaire Griveaux

Pour certaines personnes interrogées, l'addiction au smartphone pourrait pousser à l'envoie de dick pics.  (Photo: Halfpoint Images via Getty Images)

AFFAIRE GRIVEAUX - Comme Benjamin Griveaux, ils ont déjà envoyé des images de leur sexe à leurs conquêtes. Selon un sondage de l’Ifop publié ce 18 février, cette pratique n’est pas généralisée mais elle concerne malgré tout 13% des hommes français.

Nous avons interrogé certains de ces hommes, âgés de 23 à 49 ans. Comment ont-ils vécu le séisme politique du 14 février qui a vu le candidat à la mairie de Paris démissionner après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo intime? Et les critiques qui entourent la “dick pic”? Ont-ils changé leurs pratiques?

Vivre avec son temps 

Pour les hommes les plus jeunes que nous avons interrogés, la dick pic fait partie intégrante de leur vie sexuelle et amoureuse, d’une relation libre et consentie. 

“Les anciennes générations se sont assez battues pour obtenir plus de liberté sexuelle, si cette pratique se passe entre deux adultes consentants, je ne vois pas le problème” assure Francis, étudiant de 23 ans. “Je pense que ce qui choque les gens, c’est que Benjamin Griveaux ait été infidèle. Mais pour le reste, il faut arrêter de s’offusquer et de faire semblant, tout le monde a déjà fait ça!”

“C’est la sexualité 2.0, abonde Diego, 24 ans, lui aussi étudiant, c’est comme du porno gratuit, les personnes qui critiquent les nudes sont hypocrites, car cela se fait très souvent”. Pour ce jeune homme, envoyer ce type de photos à une personne de confiance n’est en aucun cas un problème. 

Mais l’heure est désormais à la prudence. Francis explique que l’affaire Griveaux l’a fait réfléchir: “je ne changerai rien à mes pratiques, car je ne suis pas une personnalité publique. Je ne vois pas pourquoi mes photos seraient dévoilées, cependant je pense qu’il faut être prudent.” Thomas, 22 ans qui passe son temps à communiquer via des applications comme Snapchat, où les utilisateurs échangent via des photos, explique aussi que “cela peut vite déraper.”

“Je comprends qu’à l’époque et même aujourd’hui, ceux qui ne connaissent pas ces applications n’aient pas forcément l’idée d’envoyer cela. Mais si la conversation dérive sur le sexe avec ta copine, forcément ça arrive plus naturellement via ces applications qu’avant par simple message.”

Un cadre plus réfléchi depuis Griveaux

La dick pic, en effet, ça ne s’improvise pas. Avant l’affaire Griveaux, Alex, 32 ans, cadre dans le marketing digital avait deux règles en la matière: que ce soit consenti par la personne en face et qu’on ne voit pas son visage sur ladite photo.

La diffusion de cette vidéo intime l’a d’abord clairement mis en colère. “J’ai trouvé ça scandaleux de dévoiler ainsi sa vie privée, d’autant que c’était a priori dans le cadre d’une relation consentie. Je m’inquiète des conséquences sur notre société, s’agace-t-il, précisant qu’il n’y a pourtant rien de moralement condamnable dans le fait d’érotiser ainsi une partie de son corps”. 

S’il n’était pas un habitué des dick pics, il va néanmoins redoubler de vigilance. “Maintenant, je me dis qu’on peut faire dire n’importe quoi à une photo, que le contexte, l’intention derrière, tout cela peut totalement être éclipsé. Cela me force à être plus prudent, car je ne sais pas quelle sera la suite de ma carrière, de ma vie personnelle.” Cette prise de conscience lui laisse un goût amer, “j’ai l’impression, alors que ce n’est pas quelque chose de légalement condamnable de me soumettre à la meute, aux réseaux sociaux”.

La prochaine fois qu’une personne lui demandera une dick pic, il l’assure, “si je le fais, je m’inquiéterai d’abord de savoir si je me sens vraiment dans une relation de confiance avec la personne en face.”

“Je n’ai pas pensé aux risques”

Pour Patrick, 49 ans, moniteur de plongée et en couple depuis un an avec une jeune femme de 22 ans, il n’y aura pas d’avant et d’après affaire Griveaux. “Tout le monde sait que j’ai un pénis entre les jambes et il en est de même pour Benjamin Griveaux!”. Sa première dick pic remonte à quelques mois et il ne s’en cache pas. “J’ai envoyé ça par texto, je n’ai pas pensé aux risques, car honnêtement ça m’est égal”.

Cependant, Patrick avoue qu’il n’était pas au courant qu’il aurait pu être condamné pour cette photo non sollicitée: comme l’explique Le Monde, dans le Code pénal, l’envoie de dick pic est incluse dans la notion d’exhibitionnisme. Puni d’un an d’emprisonnement, 15.000 euros d’amende (ou plus s’il s’agit de harcèlement ou que la personne est mineure) selon l’article 232-22.

“Il est vrai qu’avec mes anciennes compagnes je n’avais jamais fait ça, raconte-t-il, car elles n’étaient pas très branchées textos. Mais pendant la période de séduction avec celle qui est aujourd’hui ma copine, je lui ai un jour envoyé une photo de mon sexe alors qu’elle ne s’y attendait pas.” Cet homme de 49 ans raconte avoir voulu jouer “l’effet de surprise” pour plaire à sa petite amie. Avec du recul, il raconte que cela a plus fait rire la jeune femme qu’autre chose.

D’autres encore, comme Enzo, 22 ans, étudiant en journalisme, ne manquent pas d’imagination: “certes, les dick pics peuvent ajouter du piment dans une relation, mais c’est assez risqué. Pour éviter les ennuis, vous pouvez toujours faire une sex-tape et l’enregistrer sur une VHS. Au moins, elle ne se retrouvera pas sur internet, ça c’est sûr !” conclut le jeune homme. 

*Les prénoms ont été modifiés 

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