Diandra Tchatchouang, une basketteuse qui monte au créneau

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Animatrice d’un podcast, membre de la Commission des athlètes pour les Jeux olympiques de Paris 2024, figure de proue de projets associatifs dans son département de naissance la Seine-Saint-Denis… Diandra Tchatchouang, joueuse de Montpellier et de l’équipe de France, est bien plus qu’une basketteuse de haut-niveau. Pour cette jeune femme de 29 ans, très engagée, le sport ne représente pas tout.

« Il y a pas mal d’événements en ce moment qui nous font réaliser que des choses passent avant notre sport et avant notre passion. Des choses très importantes puisqu’elles coûtent la vie à des personnes. » Diandra Tchatchouang, joueuse-vedette du Basket Lattes Montpellier et de l’équipe de France, est certes heureuse d’avoir retrouvé les parquets, après plusieurs mois d’arrêts liés au coronavirus. Mais la mort de George Floyd et le mouvement Black Lives Matter, ainsi que la pandémie de Covid-19, ont renforcé son désir de voir au-delà des terrains de basket-ball.

Au sujet de l’interruption du Championnat de France 2019-2020, la jeune femme de 29 ans lâche ainsi : « Ça a été frustrant au départ de devoir arrêter la saison au meilleur moment puisqu'on arrivait aux phases finales, le moment qu’on attend toute l’année. Après, vu l’ampleur prise par cette pandémie, on relativise pas mal de choses. » Diandra Tchatchouang assure par exemple avoir évacué assez vite la frustration liée au report à 2021 de Jeux olympiques de Tokyo. Une compétition qu’elle devait disputer avec les « Bleues » : « Ça aurait été égoïste de se dire "bah mince, il n’y aura pas de JO cette année pour nous les sportifs et pour les spectateurs". Parce que ce virus a été fatal à beaucoup de personnes. Ces Jeux olympiques n’étaient clairement pas la priorité durant cette période. »

Super humaine

Durant la crise du coronavirus, la triple médaillée d’argent en Championnats d’Europe des nations n’est pas restée les bras ballants. Elle en a profité pour lancer un podcast, « Super Humains », un projet né un an plus tôt. « On met en avant le parcours de vie de certains sportifs, en activité ou retraités, explique celle qui envisage de se tourner vers le journalisme après le basket. Ce sont des sportifs qui ont un parcours atypique, dans le sens où ils ont vécu des épreuves plus ou moins difficiles mais dont ils ont su se relever. Pour moi, c’est un peu une façon de promouvoir des sources d’inspiration. Parce que ces parcours de vie, après les avoir écoutés, se révèlent être des leçons de vie ».

Durant le confinement, Diandra Tchatchouang a également contribué à l’opération « À vos masques citoyens », dans son département de naissance, la Seine-Saint-Denis et notamment à La Courneuve où elle a grandi. « On a réussi grâce à l’aide de bénévoles, de couturiers bénévoles, de mamans bénévoles, à confectionner des milliers de masques pour les distribuer à la population de La Courneuve, expose-t-elle. Le but était que cette opération s’étende dans d’autres villes de Seine-Saint-Denis et ça a été le cas ».

Très engagée

Diandra Tchatchouang a certes passé plusieurs année à l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP), véritable fabrique de champions, puis aux États-Unis pour ses études, avant d’évoluer dans différents clubs français (Montpellier, Perpignan, Bourges). Pourtant, la native de Villepinte reste très présente en Seine-Saint-Denis, dont elle porte le numéro (93) sur son maillot.

Tellement qu’elle travaille, au sein de la Commission des athlètes de Paris 2024, à ce que les habitants du « Neuf-Trois » bénéficient le plus possible de Jeux olympiques et paralympiques qui se dérouleront sur leur territoire. « Avec mon association (Study Hall), depuis un peu plus d’un an, on met en place des stages linguistiques pendant les vacances scolaires pour que les jeunes de La Courneuve apprennent l’anglais et l’espagnol à travers le sport, détaille-t-elle. Le but de cette démarche, qui a débuté cinq ans avant les Jeux, est que ces jeunes aient acquis un bagage suffisant pour pouvoir être par exemple volontaires lors de ces Jeux et les vivre ainsi de l’intérieur ».

Mais toujours très motivée

Ces JO, Diandra Tchatchouang ne sait pas si elle y participera également, en tant qu'athlète. L’ex-pensionnaire de l’Insep n’en fait en tout cas pas une obsession. « Je suis en train de prendre les saisons les unes après les autres, assure-t-elle. Lorsqu’on voit ce qu’il vient de se passer, c’est de toutes les façons très difficile de se projeter aussi loin ».

En attendant, elle espère bien remporter un maximum de trophées avec Montpellier et une médaille olympique à Tokyo. Car, oui, même si Diandra Tchatchouang accorde beaucoup d’importance à des initiatives comme Take Your Shot, durant laquelle elle conseille et encourage des jeunes basketteuses du 93, elle n’en oublie pas pour autant son statut de joueuse professionnelle. « La période du confinement m’a permis d’être un peu plus sur le terrain, de consacrer plus de temps à toutes ces causes qui me tiennent à cœur, lance-t-elle. Mais une fois que la saison recommence, ma passion et mon métier sont de retour. J’ai un employeur. Donc, lorsque la saison est en cours, la priorité est très claire. »

Le Cameroun, deuxième patrie de Diandra Tchatchouang

Diandra Tchatchouang était en première ligne lors de manifestations en hommage à Adama Traoré et pour dénoncer la mort de George Floyd, des sujets auxquels elle a consacré un numéro de son podcast.

La basketteuse est très attachée à la lutte contre les discriminations et au vivre-ensemble. Pour cette fille de Camerounais – son père est de Bafoussam et sa mère de Douala – la diversité est une richesse. Fière de ses racines camerounaises, elle n’exclut d’ailleurs pas totalement de jouer avec les « Lionnes Indomptables », un jour, après son parcours tricolore.

« Si l’opportunité se présente, c’est un projet auquel je réfléchirais, répond-elle lorsqu’on lui fait remarquer que le basketteur Nicolas Batum a déjà émis cette idée. Je suis française et camerounaise. J’ai la chance d’avoir cette double culture. Je me sens autant camerounaise que française. Je suis née en France et que j’ai appris à jouer au basket ici. Pour moi, c’est vraiment une fierté de porter le maillot bleu. Il n’y a pas de souci de ce côté-là. Mais je suis également fière d’être camerounaise ».