"Notre devoir est de les protéger": deux élus appellent au rapatriement des enfants prisonniers en Syrie

Justine Chevalier
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La femme d'un jihadiste français assise avec quatre de ses enfants en Syrie. - DELIL SOULEIMAN / AFP
La femme d'un jihadiste français assise avec quatre de ses enfants en Syrie. - DELIL SOULEIMAN / AFP

"Ces enfants sont des victimes et notre devoir est de les protéger." Sur trois pages, le député UDI de Lozère Pierre Morel-À-L'Huissier et le sénateur PC de Paris Pierre Laurent interpellent leurs collègues parlementaires sur la situation des enfants français encore présents dans les camps de prisonniers en Syrie détenus par les Kurdes. L'idée est de créer un "déclic" chez leurs collègues pour que les élus actuels ne soient pas "les parlementaires qui ont laissé mourir des enfants innocents par manque de courage politique".

"Bousculer la machine"

Les mots sont durs, la volonté est ferme à l'image de la situation décrite par les deux élus dans leur missive envoyée mardi aux membres de l'Assemblée nationale et du Sénat. Il est évoqué, dans ce courrier que BFMTV a pu consulter, ces 200 enfants français enfermés dans des camps "insalubres" en Syrie, "où règnent la violence et la terreur". "Ces enfants ne bénéficient d'aucun soin approprié, n'ont pas accès à l'éducation et à une hygiène minimale", décrivent Pierre Morel-À-L'Huissier et Pierre Laurent, qui évoquent la mort de 300 enfants l'an dernier dans le camps de Al Hol, dans le Nord de la Syrie.

"Nous sommes dans le pays des Droits de l'Homme et nous laissons mourir des enfants", s'insurge auprès de BFMTV le député Pierre Morel-À-L'Huissier.

"Il faut bousculer la machine", poursuit l'élu de Lozère, qui explique avoir vu toutes les autorités compétentes sur ce sujet, des directeurs de cabinet, à Matignon, en passant par les services de renseignement ou le ministère des Affaires étrangères. Dernièrement, les deux élus, accompagnés de l'avocate Marie Dosé, très engagée sur ce sujet, ont été reçus par la conseillère juridique de l'Élysée. Cette dernière leur a expliqué que deux conceptions s'opposaient sur cette question.

"Certains sont favorables à un rapatriement global, d'autres souhaitent que l'on maintienne le rapatriement au cas par cas, comme ces deux conceptions sont antinomiques, personne ne prend de décision", déplore le député de Lozère.

Un appel à l'Élysée

Le parlementaire, qui a déjà interrogé le ministre des Affaires étrangères il y a deux ans lors d'une séance de questions au gouvernement, estime que le rapatriement de ces enfants - "200 sur 14 millions d'enfants en France" - comporte deux aspects: un aspect humanitaire d'urgence, en prenant en compte l'intérêt supérieur de l'enfant, mais aussi un aspect sécuritaire alors que Daesh continue son recrutement dans ces camps.

"Si on laisse faire, ce sont des proies faciles, rappelle Pierre Morel-À-L'Huissier. Ils peuvent devenir des enfants soldats, si un jour l'un d'entre eux revient en France avec une ceinture d'explosifs, il ne faudra pas dire 'si on avait su', parce qu'en réalité on sait."

Depuis deux ans, 35 enfants ont été rapatriés sur le territoire français et confiés à l'aide sociale à l'enfance (ASE). Le dernier rapatriement en date est celui de sept mineurs âgés de 2 à 11 ans, pour des raisons médicales ou de vulnérabilité. Un retour au cas par cas qui ne convient pas aux élus. "On ne connaît pas les critères, on casse les fratries, il faut que l'on arrête de tergiverser", insiste le député de Lozère, qui espère que "50-100 députés écriront à l'Élysée pour réclamer un réflexe d'humanité".

Article original publié sur BFMTV.com