Devenir médecin est mon plus grand rêve, n’en faites pas mon pire cauchemar

Medecin
Anaïs Werestchack Medecin

MÉDECINE - Devenir médecin c’est le rêve qui m’anime depuis ma plus tendre enfance, une évidence, une vocation comme certains disent. Et pourtant je n’ai jamais autant douté qu’à partir du moment où j’ai commencé ce long marathon que sont les études de médecine.

Fatiguée d’entendre toujours les mêmes aberrations, fatiguée du manque de considération et de la banalisation de notre situation, fatiguée par nos conditions de travail et de formation qui bien trop souvent nous empêchent de soigner correctement les patients, fatiguée d’espérer que l’année suivante sera mieux et cela depuis huit ans maintenant alors que l’avenir paraît chaque jour un peu plus sombre.

Un épisode dépressif et pas loin d’un burn-out à mon actif

Les internes tiennent à bout de bras le système de santé du pays qui chaque jour passé se fissure davantage. Mais la force nous manque croyez-moi. Un interne présente actuellement trois plus de risque de se suicider qu’un français du même âge. Pensez-vous vraiment que des médecins seuls, malheureux, épuisés et en burn-out pour la grande majorité seront capables d’exercer la médecine correctement, de prendre en charge des patients dans de bonnes conditions ? L’exploitation toujours plus abusive des internes n’est certainement pas la solution à l’effondrement du système de santé, soyez en convaincu.

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Comment en est-on arrivé là dites-moi ? Comment alors même que nous venons tous de traverser une pandémie sans précédent et révélant plus que jamais les failles de notre système de soins aucune mesure correcte ne soit prise ?

Comment tolérer de travailler dans ces conditions ?

Comment expliquer que les internes doivent pleurer pour être formés ? Pour que l’on nous apprenne notre métier ? Plutôt que d’être les larbins des services hospitaliers où la prise en charge de nos patients s’en retrouve parfois même bâclée devant une charge administrative toujours plus importante.

Comment expliquer la garde de nuit à 130 euros, les 60 heures par semaine payées en moyenne 5,42 euros de l’heure à bac +7 ou tout simplement l’absence d’horaires réglementaires puisque le principe même des « heures supplémentaires » n’existe pas ! ?

Comment expliquer cette réforme bâclée des DES (Diplôme d’Études Spécialisées), cette usine à gaz avec ce statut de Docteur Junior qui n’est qu’une nouvelle solution pour nous exploiter, pour sacrifier notre formation en faisant des économies ? Quand bien même chaque interne rapporte à l’État, 360 000 euros, après 3 ans d’internat.

Stop ou encore ?

Quand on nous pousse à l’excellence, à ne pas tolérer la moindre erreur de prise en charge, quand on nous explique à quel point nous serions de mauvais médecins si nous souhaitions travailler seulement de 8 heures à 18 heures et pas tous les dimanches, comment tolérer de travailler dans ces conditions ?

Comment expliquer la garde de nuit à 130 euros, les 60 heures par semaine payées en moyenne 5,42 euros de l’heure à bac +7 ou tout simplement l’absence d’horaires réglementaires puisque le principe même des « heures supplémentaires » n’existe pas ! ?

Je suis épuisée et je ne vais pas vous le cacher, après tant d’années de sacrifice pour ce que je considérais comme un rêve et une vocation, après être passée à côté des meilleures années de ma vie, je me pose la question d’arrêter, de changer de voie, plutôt que d’apprendre et d’exercer un métier qui me plaît tant avec des valeurs qui ne sont pas les miennes.

Ce témoignage, initialement publié sur le compte Instagram d’Anaïs Werestchack, a été reproduit sur Le HuffPost avec son accord. Vous pouvez également suivre Anaïs sur son autre compte Instagram Journal d’une interne, ainsi que sur TikTok.

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