Deuxième vague de Covid-19: faut-il fermer les lycées?

Salomé Vincendon avec Jérémy Brossard
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Comme d'autres établissements parisiens, le lycée Hélène Boucher a été bloqué ce mardi matin. - BFM Paris
Comme d'autres établissements parisiens, le lycée Hélène Boucher a été bloqué ce mardi matin. - BFM Paris

Après l'annonce d'un renforcement du protocole sanitaire dans les lycées la semaine dernière, le gouvernement étudie la piste de mesures plus restrictives dans les jours à venir, dont, pourquoi pas, la fermeture des lycées, selon une information de RMC et du Figaro. "Le débat existe" sur ce sujet, dit-on dans l'entourage du Premier ministre Jean Castex.

D'après nos informations, l'exécutif a noté les critiques de la situation sanitaire par le corps enseignant et les tentatives de blocages cette semaine dans les établissements scolaires, mais le ministère de l'Éducation nationale est en attente de données sanitaires dans les prochains jours pour mieux comprendre la circulation du coronavirus, notamment dans les lycées.

"Vous avez un gradient de risques en fonction de l'âge, on le sait aujourd'hui. Donc la problématique n'est pas la même dans les écoles primaires, dans les collèges et les lycées", explique sur BFMTV Robert Sebbag, infectiologue à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, soulignant toutefois qu'à l'adolescence, les élèves "se comportent comme des adultes en terme de contaminés, de contaminations et de transport du virus".

"Sans doute nécessaire" de fermer les lycées

En ce sens, la fermeture des lycées est une solution envisageable pour le médecin, d'autant qu'au lycée, les élèves ont "une plus grande autonomie". "Il y a une quantité d'asymptomatiques extrêmement importante au moment de l'adolescence, et on sait que silencieusement ils peuvent apporter le virus au niveau intra-familial", rappelle le médecin.

"Sur les lycées c'est une mesure difficile à prendre parce que les jeunes aussi ont envie de se retrouver ensemble, mais elle sera sans doute nécessaire si on veut tenir l'objectif de 5000 cas par jour dans des délais avant Noël", déclare sur BFMTV Jean-Pierre Thierry, médecin spécialisé en santé publique.

Cette éventuelle fermeture fait cependant réagir les syndicats d'enseignants, inquiets du décrochage scolaire en cas de confinement total de leurs élèves.

Il faut avant tout, "permettre aux élèves de garder le lien avec l'école dans des conditions de santé et de sécurité", réagit ce mercredi sur notre antenne Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU.

"Toute fermeture serait une catastrophe éducative"

"Toute fermeture des lycées serait une catastrophe éducative, on a bien vu à quel point on pouvait perdre des élèves pendant le confinement", continue-t-elle

"Nous, nous souhaitons que les écoles, les collèges et les lycées restent ouverts si c'est possible, c'est-à-dire si ça ne pose pas un problème majeur au niveau de la gestion du système de santé", abonde Jean-Rémi Girard, président du SNALC (Syndicat national des lycées et collèges).

Si les lycées femaient, ce serait une "très mauvaise nouvelle", renchérit Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SPDEN (Syndicat National des Personnels de Direction de l'Éducation Nationale). "A chaque fois qu'on entre dans une logique de distanciel, on creuse les écarts entre les élèves à l'aise scolairement et les plus en difficulté, et les élèves à l'aise socialement et les plus en difficulté", explique-t-il.

"Laissons une chance à l'essai" des demi-groupes

La semaine dernière, Jean-Michel Blanquer a ouvert la possibilité de cours à distance dans les lycées pour renforcer le protocole sanitaire, à condition que les élèves soient présents au moins 50% du temps scolaire. Depuis lundi "ça se passe mieux, parce que dans un certain nombre d'établissements on a pu mettre en place ces fameux demi-groupes qui permettent de diminuer le nombre d'effectifs dans la classe, dans l'établissement, à la cantine. On voit vraiment la différence", assure Sophie Vénétitay.

"Peut-être que les effets d'une présence à mi-temps vont être positifs, on ne le sait pas encore, certains n'ont même pas encore démarré. Laissons un peu de chance à cet essai pour en tirer des conclusions", réclame de son côté Bruno Bobkiewicz.

"Un constat d'échec majeur du ministère de l'Education"

Jean-Rémi Girard rappelle que cela fait plusieurs mois que les syndicats réclament la mise en place de cette solution hybride par le gouvernement. "Si à un moment on nous annonce la fermeture des lycées et des collèges, ce sera un constat d'échec majeur de la gestion de la crise sanitaire par le ministère de l'Education nationale, qui n'a pas écouté ce que nous lui avons remonté depuis plusieurs mois", ajoute-t-il.

Selon lui, les diminutions d'effectifs appliquées dans les lycées devraient également être étendues dans les collèges, où "les problèmes dans les cantines sont absolument les mêmes, les problèmes dans les couloirs, sont absolument les mêmes", déclare le représentant du SNALC.

"On est en confinement national, et nous on a dans les collèges 800 élèves et 70 adultes qui sont en train de se brasser toute la semaine". Le mouvement de "grève sanitaire" qui s'est tenu ce mardi au niveau national a d'ailleurs été suivi particulièrement dans les collèges, où le SNES dénombrait 45% de grévistes.

Article original publié sur BFMTV.com