13-Novembre: au deuxième jour de son réquisitoire, l'accusation accable Abdeslam, "terroriste tombé du ciel"

Au deuxième jour de ses réquisitions jeudi, l'accusation a entraîné la cour d'assises spéciale dans le "cauchemar" de la soirée du 13-Novembre et accablé Salah Abdeslam, qui a tenté "à tout prix" de se faire passer pour "un terroriste tombé du ciel".

A l'audience, Salah Abdeslam avait assuré n'avoir été recruté qu'au tout dernier moment pour faire partie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le soir du 13 novembre 2015.

"Ce serait uniquement par dépit, contraint et forcé qu'il aurait accepté", résume un des trois avocats généraux, Nicolas Le Bris. Mais "jamais si près du but, (le coordinateur des attentats) Abdelhamid Abaaoud n'aurait pris le risque d'ajouter un candidat de dernière minute".

"Ça ne tient pas la route", martèle-t-il avant d'énumérer ensuite "les mensonges qui "se télescopent" du seul membre encore en vie des commandos.

Il rappelle notamment que Salah Abdeslam, son frère Brahim (futur tueur des terrasses) et son coaccusé et ami d'enfance Mohamed Abrini s'étaient occupés "au grand jour", avec "une absence totale de précaution" de la location des voitures et des planques en région parisienne - sous leurs noms, alors qu'ils avaient de faux papiers.

"Nous sommes convaincus que cette prise de risque traduit bien leur intention de mourir lors de ces attaques".

- "Comme un voleur" -

Dans le box, le Français de 32 ans, veste de sport noire sur le dos, écoute attentivement, secouant parfois la tête en désapprobation.

Le magistrat met également en doute la "version" de Salah Abdeslam, qui a affirmé lors de ses interrogatoires avoir volontairement renoncé à actionner sa ceinture explosive dans un bar du XVIIIe arrondissement, où il devait selon lui agir "seul", contrairement aux trois autres commandos, chacun composé de trois hommes bien plus aguerris que lui.

"Pourquoi un bar précis" alors qu'il n'en était pas fait mention dans les fichiers déterminant les cibles retrouvés dans un ordinateur de la cellule jihadiste ? Et pourquoi, lui qui a si "bonne mémoire quand il veut", est-il incapable de donner le moindre détail sur ce bar ?

Là encore, estime plutôt Nicolas Le Bris, il s'agit d'"une stratégie pour se désolidariser", "couper tout lien" avec le reste du groupe.

Salah Abdeslam "cherche à tout prix à se faire passer pour un terroriste tombé du ciel", tacle-t-il. "Ni un titulaire, ni un remplaçant, mais un spectateur invité à la dernière minute sur le terrain".

Quant à Mohamed Abrini, qui avait fait "un petit pas vers la vérité" à l'audience en déclarant qu'il était "prévu pour le 13-Novembre", comme s'en doutait l'accusation, il avait  finalement effectué ensuite "deux pas en arrière" - après une "conversation houleuse dans le box" avec Salah Abdeslam, note le magistrat.

- "Nourri la bête" -

Revenant sur ses premières déclarations, Mohamed Abrini avait déclaré avoir "renoncé" bien avant le 13-Novembre, et assuré s'être rendu à Paris la veille des attentats avec le reste des commandos uniquement pour leur dire adieu. "Tout cela n'est pas crédible", affirme Nicolas Le Bris.

Mohamed Abrini est "parti comme un voleur", entraînant un changement de plan de dernière minute dans la soirée du 12 au 13, et une nouvelle répartition des équipes.

Pour l'accusation, celui qui deviendra "l'homme au chapeau" abandonnant son charriot d'explosifs lors des attentats de Bruxelles en mars 2016, était "bien prévu" pour les attentats de Paris, mais avait là aussi pris la fuite au dernier moment.

Quant aux responsabilités des autres, l'accusation ne fait "pas de confusion entre les niveaux de responsabilité de chacun", a promis un autre représentant du Pnat, Nicolas Braconnay. Pour autant, "nous récusons fortement l'expression de +seconds couteaux+".

"Par conviction, complaisance, lâcheté ou appât du gain, ils ont nourri la bête, ils ont logé la bête, ils ont transporté la bête, ils ont protégé la clandestinité de la bête, ils ont contribué à armer la bête ...", a-t-il égrené. Sans eux, "il n'y aurait pas eu d'attentats".

Les réquisitions se poursuivent vendredi, et s'achèveront avec les peines réclamées à l'encontre des 20 accusés, dont six jugés par défaut. Douze accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Le verdict est attendu le 29 juin.

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