Dans les Deux-Sèvres, les manifestants anti-bassines ont quitté Sainte-Soline

À Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, les opposants à un projet de retenue d’eau sous forme de bassines ont progressivement déserté les lieux ce lundi, deux jours après de violents affrontements avec les forces de l’ordre.
PASCAL LACHENAUD / AFP À Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, les opposants à un projet de retenue d’eau sous forme de bassines ont progressivement déserté les lieux ce lundi, deux jours après de violents affrontements avec les forces de l’ordre.

ENVIRONNEMENT - Le calme revient progressivement, mais la mobilisation des opposants est loin d’être terminée. Après la manifestation et les affrontements du weekend, une large partie des anti-bassines de Sainte-Soline avaient quitté les lieux ce lundi 31 octobre. Et cela alors que la préfecture des Deux-Sèvres a prolongé jusqu’au mercredi 2 novembre l’interdiction de manifester autour de la commune et que le chantier de la retenue agricole contestée doit reprendre… tout comme l’opposition au projet.

Après un rassemblement de plusieurs milliers de personnes ce week-end, quelque 300 opposants occupaient encore, lundi matin, un champ prêté dans les environs jusqu’à mai par un agriculteur opposé à ce projet dédié à l’irrigation. Mais des chapiteaux installés pour la manifestation ont été démontés dans la journée sur ce terrain, où il ne restait plus lundi soir qu’une cinquantaine de personnes selon la préfecture, et deux tours de guet en bois édifiées dimanche par des manifestants.

1 000 gendarmes et des opposants déterminés à revenir

« L’objectif n’est pas d’organiser une ZAD (zone à défendre, ndlr) » mais d’utiliser ce terrain « pour surveiller le chantier », a déclaré à l’AFP Jean-Jacques Guillet, un des porte-parole du collectif « Bassines, non merci », organisateur du rassemblement.

Les opposants à la réserve de Sainte-Soline, l’une des 16 prévues dans le département, considèrent ce projet comme un « accaparement de l’eau » par « l’agro-industrie », doublé d’une aberration écologique à l’heure du changement climatique. Ses promoteurs y voient au contraire une solution de survie pour l’agriculture face aux sécheresses à répétition.

Selon le mouvement des Soulèvements de la Terre, membre du collectif, des opposants comptent retourner sur le chantier mercredi matin, où les travaux doivent reprendre. Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé le maintien de « plus de 1 000 gendarmes » dans la zone, « autant qu’il faudra », pour empêcher « qu’aucune ZAD ne s’installe ».

Le terme « écoterrorisme » fait jaser

Samedi 29 octobre, plusieurs milliers de personnes (4 000 selon les autorités, 7 000 selon les organisateurs) s’étaient réunies pour protester. Des heurts violents ont éclaté avec les 1 500 gendarmes mobilisés quand des militants ont voulu pénétrer sur le chantier, avant d’être repoussés, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo ci-dessous :

Des actes que Gérald Darmanin a qualifiés d’« écoterrorisme ». Un terme dénoncé lundi par Clémentine Autain (LFI), Olivier Faure (PS) et l’association Attac, cette dernière dénonçant « une provocation calculée » et une « insulte » aux « victimes des actes terroristes qui ont durement frappé le pays ».

De son côté, la Coop de l’eau 79, qui porte le projet des réserves, a dénoncé « les violences d’une intensité inacceptable » de samedi.

Au tribunal de Niort, la comparution immédiate de quatre hommes interpellés pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences », a été différée au 28 novembre, le temps qu’ils préparent leur défense. « C’est un procès politique. Notre combat est légitime. Il y a urgence climatique », a déclaré l’un des prévenus, enseignant retraité de 66 ans. Il a été placé sous contrôle judiciaire, comme les trois autres âgés de 29 à 44 ans ; une cinquantaine de personnes étaient venues les soutenir, sous grosse surveillance policière.

« On nous bassine dans les médias que les quatre personnes ici présentes sont des écoterroristes : je ne vois pas ce que cela veut dire (...) On nous parle d’écoterrorisme, je parle d’écocide », a plaidé l’un de leurs avocats, maître Hanna Rajbenbach.

Le projet de ces réservoirs de plusieurs centaines de milliers de mètres cubes, élaboré par un groupement de 400 agriculteurs, vise à réduire leurs prélèvements pour l’irrigation durant l’été, grâce au pompage des nappes phréatiques superficielles en hiver. En contrepartie, les porteurs du projet, soutenus par l’État, se sont engagés à adopter des pratiques tournées vers l’agro-écologie. Leurs détracteurs y voient à l’inverse une « fuite en avant » du modèle « productiviste ».

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