"Deux" aborde enfin une histoire d'amour entre deux femmes âgées

Martine Chevallier et Barbara Sukowa, devant la caméra de Filippo Meneghetti. (Photo: Sophie Dulac Distribution)

CINÉMA - L’une s’appelle Madeleine. L’autre, Nina. De simples voisines aux yeux de tous, elles s’aiment en secret. Mais, ça ne peut plus durer. La seconde presse la première d’en parler à ses enfants. Celle-ci essaye, mais n’y arrive pas. C’est sans compter sur un accident dont elle va être victime et qui va temporairement enterrer la démarche. 

Cette histoire, c’est celle du film “Deux”. Premier long-métrage du réalisateur italien Filippo Meneghetti, il sort ce mercredi 12 février au cinéma après avoir fait la tournée des festivals en France, dont celui du film LGBTQ+ Chéries-Chéris à Paris au mois de novembre dernier.

Inspiré d’histoires similaires dont son auteur a été témoin et qui l’ont profondément marqué, il veut, d’une part, leur rendre hommage, mais aussi délivrer un message fort d’acceptation de soi. “Le regard que nous portons sur nous est nourri par la société, explique le cinéaste au HuffPost. Cela entraîne une forme d’autocensure.”

Combler un manque

Même si elles ne sont pas nombreuses, des intrigues autour d’une romance lesbienne, il en existe au cinéma: "La Favorite", "Free Love", "Portrait de la jeune fille en feu", "Rafiki", “La vie d’Adèle”... Les films francophones mettant en scène des femmes, du troisième âge, beaucoup moins. “Deux” compte bien combler ce manque. 

Son réalisateur y met un point d’honneur. “Je fais des films sur des choses qui m’interpellent et m’enragent, confie ce dernier. Je pense qu’on vit dans un monde obsédé par une seule définition de la beauté et les corps jeunes. Je sens qu’il est de ma responsabilité de faire des images honnêtes qui représentent la réalité.”

Plus qu’un engagement, il décrit sa démarche comme étant politique. Ce qu’il souhaite, c’est “représenter le monde pour ce qu’il est”, explique Filippo Meneghetti. Donner de la visibilité à celles qui n’en ont pas ou peu et participer au débat sur les questions de représentation, tel est son credo. 

“C’est de la science-fiction”

″À la sortie d’une projection du film, une femme est venue me voir, se souvient le trentenaire. Elle me dit: ’C’est de la science-fiction. Des femmes comme ça, ça n’existe pas.’” La remarque de la spectatrice résonne en lui. “Elle donne un sens à ma démarche”, confie-t-il. 

Preuve qu’il existe encore un tabou sur le sujet, le film a pris du temps, beaucoup de temps, avant de trouver les précieuses sources de financement. “Six ans”, concède son réalisateur. Une difficulté qu’il incombe à deux des éléments de son projet, l’homosexualité de ses personnages et leur âge.

Sa ténacité mise à rude épreuve, Filippo Meneghetti obtient finalement une aide du CNC, de la région Occitanie et une coproduction avec le Luxembourg et la Belgique. Le tournage, lui, n’aura duré que 31 jours. À l’heure qu’il est, “Deux” devrait être projeté dans 80 cinémas. Le cinéaste s’en félicite: “Je fais des films pour qu’ils soient vus”. L’urgence de montrer nos aînées a sonné.

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