Des sénateurs US jugent qu'un nettoyage ethnique est en cours en Birmanie

RANGOUN (Reuters) - Une délégation de sénateurs américains en visite en Birmanie a estimé mardi que les opérations menées contre les musulmans Rohingyas portaient "toutes les marques" d'un nettoyage ethnique.

"De nombreux réfugiés ont été victimes d'attaques, des êtres aimés, des enfants et des maris ont été tués devant eux, des épouses et des filles violées, brûlées ou victimes d'autres blessures horribles. Ceci porte toutes les marques d'un nettoyage ethnique", a déclaré à la presse le sénateur démocrate Jeff Merkley.

La délégation qu'il conduit s'est rendue dans l'Etat d'Arakan (Rakhine), dans le nord-ouest de la Birmanie, que plus de 600.000 Rohingyas ont fui depuis la fin du mois d'août dernier, et dans des camps de réfugiés installés au Bangladesh, autour de Cox's Bazar. Les sénateurs n'ont en revanche pas été autorisés à aller dans le nord de l'Etat d'Arakan, théâtre des violences.

"Nous sommes profondément troublés par la réponse violente et disproportionnée apportée par l'armée et des groupes locaux contre les Rohingyas", a poursuivi le sénateur Merkley. L'opération des forces de sécurité a été lancée en riposte à une série d'attaques revendiquées par l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA).

L'expression de "nettoyage ethnique" a été employée par Zeid Ra'ad al Hussein, Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme.

Les Etats-Unis se sont abstenus de l'utiliser. En visite la semaine dernière en Birmanie, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson, qui s'est prononcé pour une enquête crédible et impartiale sur les violences à l'origine de l'exode des Rohingyas, a indiqué que l'administration américaine évaluait toujours la situation afin de savoir s'il convient ou non de parler de "nettoyage ethnique".

S'exprimant devant la presse à Naypyitaw, la capitale administrative du pays, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a déclaré qu'elle ne recevait pas "en ce moment" d'informations relatives à des violations.

"Nous ne pouvons pas dire si cela s'est produit ou non. En tant que gouvernement, notre responsabilité est de faire en sorte que cela ne se produise pas", a-t-elle ajouté en réponse à une question sur des atteintes aux droits de l'homme commis contre les Rohingyas.

(Antoni Slodkowski avec Yimou Lee à Naypyitaw; Henri-Pierre André pour le service français)