L'opposition vénézuélienne tente, avec peine, de s'organiser

par Andrew Cawthorne et Girish Gupta
Devant la Cour suprême de Caracas. Des opposants vénézuélienssont descendus dans les rues vendredi, coup d'envoi selon eux d'une campagne de manifestations contre le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro accusé de pratiques dictatoriales. /Photo prise le 31 mars 2017/REUTERS/Carlos García Rawlins

par Andrew Cawthorne et Girish Gupta

CARACAS (Reuters) - La tension monte au Venezuela où des opposants sont descendus dans les rues vendredi après la suspension des pouvoirs de l'Assemblée nationale, une mesure qui inquiète la communauté internationale dont la pression s'accentue sur le gouvernement de Nicolas Maduro.

La procureur en chef Luisa Ortega, pourtant considérée comme une proche alliée du pouvoir, est sortie de son devoir de réserve pour accuser la Cour suprême d'avoir violé la Constitution en décidant de se substituer au Parlement.

"Cela constitue une rupture de l'ordre constitutionnel et j'ai l'obligation d'exprimer ma grave inquiétude pour notre pays", a-t-elle dit. Luisa Ortega est en poste depuis dix ans.

En décidant mercredi d'assumer les pouvoirs de l'Assemblée nationale, où l'opposition est majoritaire, la Cour suprême a provoqué des réactions indignées contre le chef de l'Etat, accusé de se comporter en "dictateur" et d'avoir commis un "coup d'Etat".

Plusieurs dizaines d'étudiants ont marché en direction du siège du Tribunal suprême de justice. "Nous n'accepterons pas cette usurpation", scandaient les manifestants qui ont été repoussés par des soldats en tenue anti-émeutes.

Des petits groupes d'opposants ont bloqué des axes routiers autour de Caracas en scandant des slogans anti-Maduro et en brandissant des pancartes marquées d'un "Non à la dictature". Ils ont été délogés par la police.

Sur le plan international, à la suite de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui avait réagi jeudi, l'Argentine a annoncé que les ministres des Affaires étrangères des pays du Mercosur se réuniraient samedi pour discuter de la situation au Venezuela.

Ce "marché commun du Sud" est composé de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay; la participation du Venezuela a été suspendue à la fin de l'année dernière.

L'Unasur (Union des nations d'Amérique du Sud), en quelque sorte le pendant politique du Mercosur, a de même demandé le rétablissement de l'ordre démocratique au Venezuela. La Bolivie et l'Equateur, deux pays gouvernés à gauche, n'ont pas signé le communiqué.

Au Mexique, le président Enrique Pena Nieto s'est dit inquiet "de la détérioration de la démocratie" au Venezuela.

L'OPPOSITION DIVISÉE

De Genève, le Haut Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, le Jordanien Zeid Ra'ad al Hussein, a demandé à la Cour suprême de reconsidérer sa décision.

"La séparation des pouvoirs est essentielle au fonctionnement de la démocratie et le maintien d'espaces démocratiques ouverts est essentiel à la protection garantie des droits de l'homme", dit-il dans un communiqué.

D'autres condamnations sont venues d'autres pays de la région, mais aussi des Etats-Unis et de l'Union européenne. Seule la Russie, allié de Caracas, a appelé les pays extérieurs à se tenir à l'écart de la situation. "Aucune force extérieure ne devrait jeter de l'huile sur le feu du conflit intérieur au Venezuela", a estimé le gouvernement de Moscou.

Le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a démenti pour sa part qu'il y ait eu un coup d'Etat. "Au contraire, les institutions ont adopté des correctifs légaux pour stopper les actes déviants et putschistes de parlementaires de l'opposition méprisant ouvertement les décisions du tribunal suprême de la république", explique le ministère.

La Cour suprême soutient ne pas avoir eu d'autre choix au motif que le Parlement ne s'est pas séparé de trois députés de l'opposition accusés d'avoir acheté des voix lors des élections législatives de 2015.

L'Unité démocratique, organisation qui fédère une vingtaine de groupes de l'opposition, s'est proclamée en "session permanente" et a promis des manifestations quotidiennes.

Mais l'opposition, qui cherche depuis des mois à obtenir la révocation du successeur de Hugo Chavez, qu'elle accuse d'incompétence et de tendances dictatoriales, est fragilisée par ses divisions internes.

Ses chefs de file avaient prévu pas moins de quatre conférences de presse distinctes et à peu près au même moment vendredi à Caracas.

(Avec la rédaction de Caracas, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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