Derrière "L'Hôtel du Temps” d’Ardisson, les créateurs de "Moi, Moche et Méchant"

L'actrice Julie Chevallier, qui incarne Dalida, avant et après l'usage du
L'actrice Julie Chevallier, qui incarne Dalida, avant et après l'usage du

L'actrice Julie Chevallier, qui incarne Dalida, avant et après l'usage du "face engine" pour reproduire le visage de la chanteuse. (Photo: STUDIO MAC GUFF - 3E OEIL PRODUCTION / FRANCE 3)

TÉLÉVISION - Retour dans le passé ce lundi 2 mai à 21h00 sur France 3. Thierry Ardisson présente L’Hôtel du Temps, un OVNI télévisuel dans lequel il va voyager dans le temps... pour interviewer des personnalités décédées, grâce à l’intelligence artificielle. Une prouesse rendue possible grâce à la société française Mac Guff.

Ce studio fondé en 1986 est à l’origine du tout premier Moi, moche et méchant, sorti en 2010. Pour L’Hôtel du Temps, il a eu recours au “Face Engine” (ou deepfake). Un procédé développé en interne qui vise à collecter des centaines de milliers d’archives photos et vidéos dans le but de recréer un modèle de visage à l’aide de l’intelligence artificielle.

C’est de cette manière que le visage de l’actrice Julie Chevallier (Cloclo, Les Mystères de l’Amour) a pu être remplacé par une copie bluffante du visage de Dalida, première personnalité “invitée” dans l’émission de Thierry Ardisson. Jean Gabin, Lady Diana ou François Mitterrand suivront.

“Au début, je me suis dit: ‘il est fou lui!’”

Ce procédé du deepfake a déjà été utilisé au cinéma ou à la télévision. Mac Guff s’était fait remarquer en 2020 en rajeunissant avec succès Mathieu Amalric dans l’ultime saison du Bureau des Légendes. Un procédé récompensé par le César de l’Innovation 2021, qui avait ainsi permis de rendre plus crédibles des scènes de flash-back dans la série, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Mais l’usage était limité à de très courtes séquences. Bien loin du travail demandé pour réaliser une émission entière, comme pour France 3.

“Quand nous avons rencontré Thierry Ardisson je me suis dit: ‘il est fou lui!‘, et nous avions plutôt dit non au projet”, confie au HuffPost Rodolphe Chabrier, président et co-fondateur de Mac Guff. “Cela demandait un travail considérable: nous étions habitués à travailler sur des scènes de quelques secondes et d’un coup il fallait produire plus de 60 minutes d’émission”.

Rodolphe Chabrier a finalement profité de la période du Covid et de l’arrêt d’autres projets pour améliorer l’outil “Face Engine”, sur lequel il travaillait déjà depuis deux ans. “Je me suis mis à bosser jour et nuit pendant des mois et finalement ça a marché”, ajoute-t-il, soulignant le travail réalisé avec son associé Martial Vallanchon et une dizaine de personnes sur ce projet.

Environ deux mois de travail par émission

En améliorant sans cesse son intelligence artificielle (IA), le studio Mac Guff a réussi à réduire considérablement les temps de production, passant d’un an pour concevoir une émission-test avec Jean Gabin, à environ deux mois pour celle avec Dalida.

“Sans L’Hôtel du Temps, nous n’aurions jamais pu développer aussi vite notre outil maison”, ajoute Rodolphe Chabrier, qui travaille déjà sur des nouveaux usages pour le cinéma, comme le vieillissement de personnage, le remplacement de la silhouette d’un acteur (body engine), ou encore la création d’un “maquillage virtuel”. Ce qu’on est capable de faire maintenant n’a rien à voir avec ce qu’on faisait il y a six mois.” Une progression telle, que le studio français très réputé peine à recruter des spécialistes pour son département intelligence artificielle!

L’usage d’une telle technologie pose évidemment des questions éthiques et juridiques. Il n’existe pas à l’heure actuelle de “droit d’image pour les morts”. Ainsi n’importe quelle personnalité pourrait être ressuscitée, dans la mesure où l’on dispose une base de photos et vidéos suffisante pour l’IA.

Dans le cas de L’Hôtel du Temps, la production précise que par respect, les héritiers ont été informés et ont validé la modélisation numérique du visage ainsi que le scénario. Par ailleurs, les propos tenus par la “fausse Dalida” sont authentiques et issus d’interviews qu’elle a accordées de son vivant.

Une production “Made In France”

Mac Guff n’est pas la seule fierté française qui a travaillé sur cette émission. L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM) s’est aussi illustré via sa société Ircamamplify. Celle-ci s’est chargée de transformer la voix de Dalida grâce à son outil “Voice Cloning”, qui a également recours à l’IA.

Pour couronner le tout, L’Hôtel du Temps a été co-produit par Troisième Œil production, une société de production française, à qui l’on doit notamment C à vous sur France 5. Une vraie réussite bleu blanc rouge.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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