Derrière un été d’incendies, le tronçonnage continu de l’ONF

Derrière un été d’incendies, le lent dépeçage de l’ONF (photo prise en Gironde le 21 juillet 2021)
BENOIT TESSIER / REUTERS Derrière un été d’incendies, le lent dépeçage de l’ONF (photo prise en Gironde le 21 juillet 2021)

BENOIT TESSIER / REUTERS

Derrière un été d’incendies, le lent dépeçage de l’ONF (photo prise en Gironde le 21 juillet 2021)

POLITIQUE - Au feu et au moulin. Avec les pompiers, ils ont été les visages malgré eux de ces dernières semaines. Les techniciens de l’Office national des forêts, ingénieurs et autres spécialistes en tous genres, ont passé leur été au chevet des hectares de bois ravagés par les flammes partout sur le territoire.

Les incendies, impressionnants par leur ampleur et leur durée, ont mis en lumière les missions primordiales de ces salariés ou fonctionnaires, entre gestion, prévention et anticipation. Pourtant, l’établissement public subit une lente érosion de ses moyens et effectifs depuis plusieurs décennies. Une tendance qui devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2025… Au grand dam des principaux intéressés, à l’heure où le réchauffement climatique fait peser toujours plus de risques sur nos forêts.

« Moins de personnes sur le terrain pour anticiper, pour détecter les incendies »

C’est un fait : l’Office national des forêts compte de moins en moins de professionnels. Selon les rapports de l’ONF, compilés par LCI, l’agence a perdu 22 % de son personnel entre 2002 et 2015. Entérinée par différents gouvernements, l’érosion, continue, ne date pas d’hier. Elle s’est en revanche accentuée depuis 2019, sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. En 2018, l’office national recensait un peu plus de 9 000 agents, contre 8 200 trois ans plus tard, en 2021. Une baisse brutale, après des années de coupe, qui n’est pas sans conséquences sur le terrain.

« En termes de moyens, la situation empire au fil du temps, c’est criant », nous raconte Valérie Boyé, la patronne du syndicat EFA-CGC (les métiers de la nature et de l’environnement) « les effectifs sont clairement insuffisants par rapport à une charge de travail qui ne cesse d’augmenter avec les problématiques de sécheresse, d’incendie ».

Plus concrètement, nous dit cette ingénieure spécialiste de l’agriculture et de l’environnement, la baisse des effectifs induit « moins de personnes sur le terrain pour anticiper, pour détecter les incendies ou pour informer les gens sur les bonnes pratiques afin d’éviter les départs de feux. » Et donc, des risques en plus ? Cette présence moindre fait partie des « facteurs aggravants », selon ses mots, quand toutes les planètes sont alignées (sécheresse, vent, canicule) pour favoriser les incendies monstres que la France a connus et connaît encore cet été.

Une inquiétude qui n’est, semble-t-il, pas entendue du côté du gouvernement. Le dernier contrat ratifié entre plusieurs ministres et l’ONF à la date du 22 avril 2022, prévoit de sabrer encore 100 postes par an jusqu’en 2025. « 95 équivalents temps plein », en langage administratif.

Des sénateurs appellent le gouvernement à bouger

Une situation dénoncée par plusieurs acteurs de la société, au-delà des professionnels concernés, régulièrement mobilisés dans la rue pour faire entendre leur voix, ou des élus écolos, prompts à réagir sur ces sujets. Le dernier appel en date vient du Sénat et des Parlementaires du centre et de la droite. Après des mois de travaux et d’audition, six d’entre eux ont rendu un rapport, début août, intitulé « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement », dans lequel ils préconisent, entre autres, de revenir sur cette trajectoire de suppression de postes à l’ONF.

Selon eux, « l’Office national des forêts doit retrouver dès à présent des marges de manœuvre et étendre son périmètre d’intervention ». Avant cela, en 2019, d’autres sénateurs avaient déjà appelé à « stabiliser les effectifs », jugeant que « les sévères compressions » infligées à l’ONF n’ont pas permis d’atteindre les objectifs de réduction des coûts. Même conclusion pour les 150 Français de la Convention citoyenne qui, après s’être penchés sur le sujet, ont réclamé la « pérennisation » de l’agence et « l’augmentation des effectifs. »

« Nous avons besoin de gens pour plancher sur la forêt de demain, sur les espèces qui résisteront aux nouvelles conditions climatiques ».
Valérie Boyé, la patronne du syndicat EFA-CGC

Valérie Boyé ne dit pas autre chose. C’est même une obligation, selon elle, pour répondre aux enjeux des temps à venir. « Nous sommes en train de changer d’ère, les choses évoluent très vite », explique l’ingénieure pour qui le besoin de moyens humains va se décupler dans les forêts. « La problématique des incendies va s’étendre et toucher une grande partie de la France, il faudra donc développer les moyens de défense que l’on connaît dans le sud sur d’autres territoires », fait-elle valoir, « nous avons également besoin de gens pour plancher sur la forêt de demain, sur les espèces qui résisteront aux nouvelles conditions climatiques, sur le repeuplement etc. »

De quoi convaincre le gouvernement ? Pour le moment, rien n’indique que la stratégie imposée à l’établissement public va changer. Interrogé le 10 août dernier sur le dernier rapport sénatorial et les coupes subies par l’ONF, Christophe Béchu a expliqué, en substance, que ce n’était pas vraiment le problème.

L’agence « gère en gros 25 % des massifs boisés et ces 25 % ne sont pas les endroits où le feu progresse le plus vite, parce qu’on a du débroussaillage, des couloirs d’incendie, des corridors de secours », a ainsi avancé le ministre de la Transition écologique dans les colonnes de Libération en parlant de « mauvais diagnostic ». Emmanuel Macron livrera le sien à la rentrée, après avoir réuni les acteurs concernés par les incendies, une fois la poussière retombée.

À voir également sur Le HuffPost : La mise en garde d’Emmanuel Macron face aux feux de forêts

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