Dans "Le Dernier Duel", pourquoi cette scène clé du film apparaît deux fois

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CINÉMA - Ridley Scott - à qui l’on doit aussi Gladiator ou Alien - a décidément une passion pour les joutes. Après avoir débuté sa carrière de réalisateur avec Les Duellistes en 1977, le cinéaste revient dans les salles obscures ce mercredi 13 octobre avec Le Dernier Duel, dont la bande-annonce est à voir en tête d’article. Attention, cet article contient quelques spoilers sur l’intrigue du film.

Le film historique, inspiré de l’ouvrage Le Dernier Duel: Paris 29 décembre 1386 d’Éric Jager et en partie co-écrit par le duo Matt Damon-Ben Affleck, met en scène une histoire vraie datant de la fin du XIVe siècle: celle du dernier duel judiciaire français, autrement nommé “Jugement de Dieu”, opposant deux amis devenus rivaux: le valeureux chevalier et autrefois écuyer Jean de Carrouges (Matt Damon) et le charismatique écuyer Jacques Le Gris (Adam Driver).

Dans le Royaume de France, alors que le premier cité revient d’une expédition militaire, sa femme Marguerite de Thibouville (Jodie Comer) lui fait de graves révélations. En son absence, Jacques Le Gris l’a violée. Bien décidé à laver son honneur ainsi que celui de son épouse, Jean de Carrouges demande alors un “procès par le combat”, accepté par le Roi Charles VI (Alex Lawther). Les enjeux sont simples: si le chevalier est tué à l’issue du duel, sa femme sera brûlée vive pour fausses accusations.

Ridley Scott porte donc à l’écran une histoire coup de poing dans laquelle la parole de la femme, prise dans l’étau d’une implacable société patriarcale, est mise à rude épreuve. Pour conter son récit, le réalisateur a d’ailleurs choisi de le diviser en trois parties. “La vérité selon Jean de Carrouges” dans un premier temps, puis “selon Jacques Le Gris”, et enfin selon Marguerite, cette dernière étant simplement intitulée “la vérité”. Car oui, le viol a bien eu lieu comme l’explique Nicole Holofcener, co-scénariste du Dernier Duel, lors d’une conférence de presse à laquelle Le HuffPost a assisté.

“Sans ambigüité, il y a viol. La question était de savoir si l’on souhaitait le montrer une ou deux fois dans le film”, fait-elle valoir. En effet, la scène de l’agression représente le point central du long-métrage, l’apogée de la rivalité qui oppose Jean de Carrouges à Jacques Le Gris, ce dernier désirant ardemment l’épouse du premier.

Adam Driver dans la peau de Jacques Le Gris sur le tournage du film. (Photo: Disney)
Adam Driver dans la peau de Jacques Le Gris sur le tournage du film. (Photo: Disney)

“Une fois la scène en boîte, tous les techniciens ont quitté le plateau”

L’acte engendre le duel judiciaire que se livrent par la suite les deux protagonistes. Une scène cruciale dont la conception a donc longtemps torturé l’esprit des équipes du film. Quelle durée lui apporter? Doit-on varier les points de vue?

“Il fallait y intégrer la vision de Jacques Le Gris. C’était important puisque lui ne réalise pas, ne fait pas la différence”, indique de son côté Ridley Scott. Si les répétitions sont présentes, certains détails inédits nous permettent d’en savoir plus sur les personnages principaux.

Un enjeu, aussi énorme que délicat, qui a nécessité une préparation minutieuse de la part des acteurs comme le raconte Jodie Comer (Killing Eve). ”Tout était une question de jeu. Nous nous sommes parlé avant la scène (avec Adam Driver) pour savoir ce qu’on voulait exprimer par celle-ci. C’est une partie du film extrêmement forte. Il fallait donc essayer de jouer différemment, mais ce n’est pas toujours évident”.

Et à la question de savoir ce qu’elle avait ressenti au moment de tourner la séquence, l’actrice explique: “Je me suis étrangement sentie détendue. Je me savais entre de bonnes mains et en sécurité. Il y avait un soutien”. Elle développe: “La veille, on avait répété les mouvements sans dialogue ni émotion. Le jour J, on l’a faite à trois reprises. Une fois la scène en boîte, tous les techniciens ont quitté le plateau quelques instants pour nous permettre de souffler. On voulait voir quels côtés on pourrait changer ou explorer un peu plus. C’était une manière de faire très respectueuse”.

Jodie Comer incarne Marguerite de Thibouville dans
Jodie Comer incarne Marguerite de Thibouville dans

Montrer à l’écran ce récit, qui raisonne beaucoup aujourd’hui à l’heure du mouvement #MeToo, était important pour Ridley Scott. “Quand j’ai appris qu’à l’époque ce genre d’agression survenait toutes les quatre minutes et demie, j’étais sous le choc. Décrire les abus dont les femmes sont victimes me tenait à cœur”, livre-t-il. “On n’a pas décidé de faire ce film par rapport à l’actualité d’aujourd’hui”, informe néanmoins Nicole Holofcener. “On l’a fait parce que c’est une histoire forte. On aurait pu faire la même chose il y a 20 ans, le message aurait été le même”.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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