Le dernier bilan disponible de l'explosion meurtrière d'un camion- citerne en Sierra Leone n'est pas de 400 morts

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Alors que la Sierra Leone a été frappée par l'explosion meurtrière d'une citerne d'essence dans la nuit du 5 au 6 novembre, une publication largement partagée depuis sur Facebook exagère le bilan de cette tragédie en évoquant 400 morts. Le bilan officiel au 15 novembre -le dernier en date- était de 144 morts. Les drames liés aux explosions de camions-citernes sont récurrents dans plusieurs pays d'Afrique.

"PLUS DE 400 MORTS DANS UNE EXPLOSION. Une explosion d’une citerne remplie d’essence aurait fait plusieurs morts, cette nuit du vendredi au samedi 06 novembre 2021 en Sierra Leone", alerte, sans donner de sources, une publication partagée plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 6 novembre. Ce message est illustré par trois photo d’un incendie.

Capture d'écran de Facebook faite le 12 novembre 2021

La zone industrielle de Freetown, la capitale de Sierra Leone, a connu en effet l’explosion spectaculaire d’un camion-citerne transportant du carburant dans la nuit du 5 au 6 novembre. Cette catastrophe est survenue lorsque l’engin, percuté à une station essence par un autre poids lourd chargé de charbon de bois, s'est embrasé causant au passage de nombreux morts. Le feu s'est ensuite propagé au quartier alentour.

Selon des témoins, les victimes sont majoritairement des vendeurs ambulants et des motocyclistes piégés par les flammes alors qu'ils tentaient de récupérer le carburant s'échappant du camion-citerne.

Ce drame a suscité une grosse vague d’émotion "si bien qu’"initialement, pendant la nuit de l'explosion, des dizaines de médias locaux ont signalé environ 400 à 500 morts ou touchés et cela a été largement partagé sur les réseaux sociaux", souligne Saidu Bah, correspondant AFP à Freetown. Ce qui explique que de nombreuses publications sur Facebook (1,2,3,4...) et Twitter (1,2) aient relayé ce bilan pourtant erroné.

Le 6 novembre au matin, un premier bilan faisait état de 80 morts. "Nous avons récupéré 80 corps du site de l'accident la nuit dernière avec nos ambulances", a déclaré à l'AFP un membre de la Croix-Rouge la nuit du drame, précisant que les opérations de secours se poursuivaient au matin.

Au soir du mercredi 10 novembre, le bilan se montait à 131 morts, selon le responsable de la communication à l'Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA). La présidence sierra-léonaise avait annoncé ce même jour de son côté une cérémonie pour marquer la fin des trois jours de deuil national, annoncé dimanche par le chef de l'Etat Julius Maada Bio.

Le 15 novembre, un nouveau bilan a fait état de 144 morts, comme indiqué dans cette dépêche AFP. "Le bilan de l'explosion est passé à 144 morts et 57 malades sous traitement dont 11 sont dans une situation critique", a annoncé lundi à l'AFP Lamarana L. Bah, directeur de la communication de l'Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA).

Le bilan est si lourd que lundi 8 novembre, les autorités sanitaires ont demandé de l'aide de l'étranger pour assister des hôpitaux débordés.

Bien que cette explosion ait été très meurtrière, le bilan humain de cette catastrophe n’était donc pas de 400 morts, ni au moment de la publication des posts trompeurs sur les réseaux sociaux, ni au moment où notre article est rédigé.

Quant aux images utilisées dans ce post viral, l'AFP n'a pas été en mesure de les authentifier de façon catégorique. De mauvaise qualité, elles ressemblent à des captures d'écran de vidéos. On les retrouve sur les réseaux sociaux depuis le soir de l'explosion, présentées comme des images du drame, comme ici et ici. Julius Maada Bio, le chef de l’Etat sierra-léonais, a utilisé l’une d’elle dans un tweet annonçant l'explosion.

D'autres publications évoquant elles aussi à tort ce bilan de 400 morts montrent d'autres photos similaires, comme ici.

Quelques publications relayant ce chiffre erroné a quant à elles illustré leur affirmation avec au moins une photo dont l'AFP a pu déterminer qu'elle n'avait rien à voir avec cette explosion, puisqu'une recherche d'image inversée sur Google Images renvoie à une photo AFP du 25 mars 2021 et qui montre les dégâts de l'incendie d'un bidonville de Freetown.

La Sierra Leone, une ancienne colonie britannique de 7,5 millions d'habitants, est un des pays les plus pauvres de la planète malgré un sol regorgeant de diamants.

Son économie, gangrenée par la corruption, a été dévastée par une guerre civile (1991-2002) qui a fait 120.000 morts. Elle peinait toujours à se remettre des effets de l'épidémie d'Ebola quand elle a été touchée par le Covid-19.

Des accidents liés au transport d'essence récurrents en Afrique

Des accidents meurtriers liés au transport de carburant sont récurrents dans plusieurs pays d'Afrique, en particulier lorsque des personnes tentent de récupérer le carburant s'échappant de camions-citernes immobilisés après un accident par exemple.

Le 8 novembre, peu après le drame évoqué ci-dessus, un internaute qui affirme à l’AFP être un Sierra-léonais résidant en Allemagne, a publié sur Twitter, une vidéo montrant des populations qui accourent siphonner un camion-citerne à terre et plein de carburant.

Traduite de l’anglais, la légende indique : La "#SierraLeone a connu un autre incident lié à une citerne d'essence à quelques kilomètres de la capitale. Cependant, le gouvernement a failli, en manquant d’informer le public sur les dangers de cette pratique".

Cet internaute, que nous avons contacté le 12 novembre, affirme que la scène en vidéo s’est déroulée le 8 novembre 2021 au lieu-dit "Gbere bridge" encore appelée "Magbele Bridge", du nom du pont qui relie la capitale Freetown au Nord-est de la Sierra Leone."Le jeune homme derrière la caméra est un ami à moi", souligne-t-il. On l'entend dire "Gbere Bridge" (à 0'04) pour situer la scène.

En juillet, au Kenya, 13 personnes ont été tuées et d'autres gravement brûlées lorsqu'une énorme boule de feu a englouti des personnes siphonnant le carburant d'un camion-citerne renversé, quand celui-ci s'est embrasé.

En 2019, une centaine de personnes ont été tuées dans une tragédie similaire lorsqu'un camion-citerne a explosé en Tanzanie, et en 2015, plus de 200 personnes ont péri dans un autre accident du même genre au Soudan du Sud. Les mêmes causes ont fait environ 220 morts le 14 février 1998 à Yaoundé, au Cameroun.

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