La dernière Alerte enlèvement a-t-elle été déclenchée par erreur?

Halim B. doit comparaître ce lundi devant la justice après le déclenchement de l'Alerte enlèvement en décembre dernier. Pourtant, cet homme avait prévenu la police qu'il avait récupéré son fils.

L'enfant est "sain et sauf. Son père a été placé en garde à vue". C'était le 19 décembre dernier. Le parquet de Béthune communiquait sur cette issue favorable de l'Alerte enlèvement déclenchée la veille pour tenter de retrouver Hamza, un garçon de 12 ans, alors que les autorités soupçonnent son père de l'avoir enlevé. Un nouveau succès de ce dispositif lancé en 2006 en France, qui cette fois-ci aurait été utilisé par erreur.

C'est ce que révèle l'enquête de la police judiciaire de Lens, révélée par Le Parisien. Le vendredi 17 décembre, Hamza, 12 ans, est placé dans une nouvelle famille d'accueil à Fouquières-lès-Lens, alors que ses parents se disputent sa garde. Le soir, le garçon envoie des messages à son père, expliquant un mal-être dans ce foyer, qui lui rappelle un précédent où il a connu des violences. Il le supplie, le menace de fuguer s'il ne vient pas.

Deux appels au commissariat

"Son père a fait ce que tout père aurait fait, sentant son enfant malheureux", explique à BFMTV.com Me Damien Legrand, l'avocat du père.

Halim B. se rend au domicile de la famille d'accueil et repart avec son fils. "On a frappé à ma porte, j'ai donc entrouvert ma porte. Et il y avait un monsieur que je ne connais pas du tout, et le gamin a tiré la porte et s'est sauvé", explique alors l'assistante maternelle. Aucune violence n'est rapportée. Le père et le fils repartent en voiture. 

L'Alerte enlèvement est déclenchée le lendemain matin. Les autorités évoquent un homme "déterminé", "potentiellement dangereux" qui pourrait chercher à quitter la France. Quelques semaines auparavant, le père avait été "intercepté à l'aéroport alors qu'il s'apprêtait à fuir hors Union Européenne, malgré une mesure lui faisant interdiction d'emmener son fils à l'étranger", précisait d'ailleurs le parquet de Béthune. Le signalement de son véhicule est alors communiqué. 

Sauf que quelques heures après le lancement de l'Alerte enlèvement et la diffusion dans les médias de la fiche reprenant les photos et les informations concernant le père et le fils, c'est Halim B. lui-même qui prévient la police le samedi matin. Il est toujours dans la région chez sa nièce à Sallaumines. "Surtout, il a prévenu tout le monde que son fils était avec lui", rappelle Me Damien Legrand.

Série de dysfonctionnements

Quand l'assistante maternelle signale le départ du jeune Hamza, les policiers du commissariat de Lens vont procéder à l'exploitation de la téléphonie du père pour tenter de le géolocaliser. Sauf qu'ils vont se rendre compte tardivement qu'ils ne cherchent pas le bon numéro. 

Quand ils trouvent finalement le bon, ils s'aperçoivent qu'Halim B. a passé deux appels dans la soirée du vendredi... au commissariat de Lens. Pis, il s'est rendu sur place pour signaler qu'il avait récupéré son fils. Enfin, dès le vendredi soir, la référente sociale en charge du dossier d'Hamza était informée du lieu où il se trouvait. 

Autant d'informations qui n'ont pas été remontées au servic d'enquête qui travaille sur l'Alerte enlèvement, déclenchée par le parquet de Béthune. 

Dans une note que BFMTV a pu consulter, l'enquête conclut que le père "avait tout entrepris pour signaler les faits aux services sociaux et aux services de Police" et que malheureusement" une mauvaise communication entre les différents acteurs de la soirée" a conduit à déclencher l'Alerte enlèvement. 

Jugé pour "soustraction de mineur" 

Pourtant, Halim B. se retrouve devant le tribunal de Béthune ce lundi, où il est jugé à 13h30 pour "soustraction de mineur". La qualification d'enlèvement a disparu mais pour l'avocat du père, cette comparution est la manifestation de "l'incapacité de l'institution à reconnaitre ses erreurs". 

Surtout qu'Halim B., actuellement placé sous contrôle judiciaire, est jugé devant un juge unique, une procédure habituellement réservée aux infractions mineures. L'informaticien encourt aujourd'hui jusqu'à un an de prison. 

"Ce père de famille n'a jamais été en dehors des clous, il ne s'est jamais montré dangereux, il a toujours suivi les règles de droit, martèle Me Damien Legrand. Le plus grave pour lui, c'est qu'on se serve de cette poursuite pour porter atteinte à ses droits de père dans les procédures parallèles qui concernent la garde de son fils."

Article original publié sur BFMTV.com

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