Une dent de Patrice Lumumba restituée à la RD Congo par la Belgique

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La Belgique a restitué lundi à la République démocratique du Congo une dent de Patrice Lumumba ayant valeur de "relique" et devant permettre aux Congolais d'établir un lieu dédié à la mémoire de leur ancien Premier ministre, torturé puis abattu en 1961.

Une cérémonie officielle privée s'est tenue lundi 20 juin à Bruxelles : le procureur fédéral belge a remis aux enfants de l'ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba, assassiné au Katanga en 1961, une dent attribuée à leur père.

"Je vous remercie pour les démarches judiciaires que vous avez entreprises parce que, sans ces démarches, on n'en serait pas là aujourd'hui, cela a permis à la justice de notre pays de pouvoir avancer", a déclaré Frédéric Van Leeuw en remettant un coffret bleu vif contenant la dent.

Il faisait face à une dizaine de membres de la famille Lumumba, sous les ors du Palais d'Egmont à Bruxelles. Un des fils s'est saisi du coffret, sans s'exprimer. Une cérémonie officielle présidée par les Premiers ministres belge et congolais était programmée après la partie "intime et privée" de la restitution.

Évoquant la procédure judiciaire en cours pour "crime de guerre", après la plainte déposée en 2011 par la famille pour éclaircir les conditions de l'assassinat, Frédéric Van Leeuw a ajouté : "je m'engage évidemment avec le juge d'instruction à continuer à essayer d'avancer (...) cela reste un combat".

Le Premier ministre renouvelle les "excuses de la Belgique"

À l'occasion de cette cérémonie, le Premier ministre belge Alexander De Croo a renouvelé les "excuses" de la Belgique pour la responsabilité de certains dirigeants et fonctionnaires de l'ex-puissance coloniale dans l'assassinat de Patrice Lumumba.

"Cette responsabilité morale du gouvernement belge, nous l'avons reconnue et je la répète à nouveau en ce jour officiel d'adieu de la Belgique à Patrice Emery Lumumba. Je souhaiterais ici, en présence de sa famille, présenter à mon tour les excuses du gouvernement belge pour la manière dont il a pesé sur la décision de mettre fin aux jours du premier Premier ministre du pays", a-t-il affirmé en présence de son homologue congolais Jean-Michel Sama Lukonde. En février 2002, par le voix du chef de la diplomatie de l'époque Louis Michel, le gouvernement belge avait déjà présenté les "excuses" de la Belgique au peuple congolais.

Revenant sur les conditions de ce "terrible" assassinat, dans un Katanga sécessionniste refusant de reconnaître le nouveau pouvoir issu de l'indépendance, Alexander De Croo a pointé du doigt des responsables belges qui à l'époque "ont choisi de ne pas voir", "de ne pas agir". Il a rappelé qu'une commission d'enquête parlementaire menée en Belgique en 2000-2001 avait conclu à la "responsabilité morale" du pays dans l'assassinat.

Cette commission d'enquête, a-t-il dit, "a conclu que le gouvernement belge faisait manifestement peu de cas de l'intégrité physique de Patrice Lumumba et qu'après son assassinat, ce même gouvernement a délibérément répandu des mensonges sur les circonstances de son décès".

"Plusieurs ministres du gouvernement belge de l'époque portent, en conséquence, une responsabilité morale quant aux circonstances qui ont conduit à ce meurtre. C'est une vérité douloureuse et désagréable. Mais elle doit être dite", a poursuivi le dirigeant libéral flamand.

Et d'enchaîner : "les ministres, diplomates, fonctionnaires ou militaires belges n'avaient peut-être pas l'intention de faire assassiner Patrice Lumumba. Aucune preuve n'a été trouvée pour l'attester. Mais ils auraient dû percevoir que son transfert au Katanga mettrait sa vie en péril. Ils auraient dû prévenir, ils auraient dû refuser toute aide pour le transfert de Patrice Lumumba vers le lieu où il a été exécuté. Ils ont choisi de ne pas voir. Ils ont choisi de ne pas agir". "Un homme a été assassiné pour ses convictions politiques, ses propos, son idéal. Pour le démocrate que je suis, c'est indéfendable, pour le libéral que je suis, c'est inacceptable. Et pour l'humain que je suis, c'est odieux".

"Mise en bière"

La restitution doit permettre aux proches d'achever leur deuil et au pouvoir congolais d'ériger un "Mémorial Patrice Lumumba", en cours de construction à Kinshasa, sur un grand axe où s'élève déjà une statue du héros national.

L'ancien dirigeant, héros de l'indépendance, a été torturé puis abattu en 1961. Cet assassinat, suivi de l'élimination du corps, démembré et dissous dans de l'acide, constitue une des pages les plus sombres de la relation entre la Belgique et son ancienne colonie, devenue indépendante le 30 juin 1960.

François Lumumba, le fils aîné du dirigeant congolais, qui a pointé du doigt les responsabilités d'une dizaine de fonctionnaires et diplomates belges. Après la plainte de 2011, le dossier s'était épaissi en 2016 avec une plainte pour "recel", les proches voyant là l'unique moyen de faire saisir ce reste humain par la justice. La dent avait été conservée comme souvenir par un policier belge ayant participé à la disparition du corps et qui s'en était vanté dans les médias.

L'écrin sera placé dans un cercueil lors d'une "mise en bière" programmée cette fois en présence des Premiers ministres belge et congolais, toujours au palais d'Egmont à Bruxelles, selon le programme officiel.

Des discours seront ensuite prononcés devant le cercueil, avant que ne résonnent les hymnes nationaux des deux pays. À l'issue de la cérémonie, le cercueil sera transporté à l'ambassade de la République démocratique du Congo. Il devrait s'envoler vers Kinshasa mardi soir après un hommage de la communauté afrodescendante à Bruxelles.

"Un martyr de la décolonisation"

Héros de l'indépendance devenu le premier Premier ministre de l'ancien Congo belge (l'ex-Zaïre, aujourd'hui la République démocratique du Congo), Patrice Lumumba a été renversé dès septembre 1960 par un coup d'État. Il a été exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d'armes par des séparatistes de la région du Katanga, avec l'appui de mercenaires belges.

Perçu comme prosoviétique par Washington en pleine Guerre froide, considéré comme une menace pour les intérêts économiques occidentaux au Congo, il a acquis après sa mort la stature d'un champion africain de l'anti-impérialisme.

"Lumumba devint en un rien de temps un martyr de la décolonisation, un héros pour tous les opprimés de la Terre", a résumé David Van Reybrouck dans son livre "Congo, une histoire".

Pour sa famille, il est resté un père ou un grand-père auquel il n'a pas été possible de dire adieu. "Les années passent et notre père demeure un mort sans oraison funèbre", écrivait en 2020 sa fille Juliana dans une lettre au roi des Belges Philippe, réclamant "le juste retour des reliques".

"Mémorial Patrice Lumumba"

La restitution doit permettre aux proches d'achever leur deuil et au pouvoir congolais d'ériger un "Mémorial Patrice Lumumba", en cours de construction à Kinshasa, sur un grand axe où s'élève déjà une statue du héros national.

De source congolaise, une cérémonie d'inhumation doit y être organisée le 30 juin, date anniversaire de l'indépendance. Tout au long de la semaine précédente, le cercueil doit marquer des haltes sur les lieux emblématiques du parcours personnel et politique de l'ancien dirigeant.

"Nouveau moment charnière" dans la relation bilatérale, selon le Premier ministre belge Alexander De Croo, la restitution intervient juste après un voyage de six jours du roi Philippe en République démocratique du Congo début juin, son premier déplacement dans l'ex-colonie, au cours duquel il a réitéré ses "plus profonds regrets" pour les "blessures" de la période coloniale.

Avec AFP

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