Demi-classes ou à mi-temps: le casse-tête de la rentrée

Céline Hussonnois-Alaya
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Des élèves portent un masque au lycée Brequigny à Rennes, le 1er septembre 2020 (photo d'illustration) - DAMIEN MEYER / AFP
Des élèves portent un masque au lycée Brequigny à Rennes, le 1er septembre 2020 (photo d'illustration) - DAMIEN MEYER / AFP

À partir du lundi 3 mai, les établissements du secondaire rouvrent à leur tour leurs portes après les écoles primaires cette semaine. Mais avec de strictes contraintes sanitaires. Dans les 15 départements où la situation est la plus préoccupante, les cours en présentiel pour les élèves de 4e et de 3e seront organisés en demi-jauge. Dans les lycées, la demi-jauge sera quant à elle systématique. Ce fonctionnement s'appliquera également aux élèves de classes préparatoires et de BTS, intégrés aux lycées.

"Des configurations à géométrie variable"

Concrètement, cette demi-jauge peut prendre différentes formes: les cours peuvent ainsi être assurés en présentiel par demi-classe ou bien en classe entière mais à mi-temps, une semaine sur deux, un jour sur deux ou encore la moitié de la journée. C'est au chef d'établissement qu'il revient de trancher. Les élèves de la 4e (pour les collégiens des départements concernés) à la terminale ne seront donc pas physiquement en classe à plein temps et poursuivront l'alternance présentiel/distanciel.

Pour Claire Guéville, secrétaire nationale responsable du lycée au Snes-FSU, cette liberté laissée au chef d'établissement pose problème. "Ça va partir dans tous les sens avec des configurations à géométrie variable", dénonce-t-elle pour BFMTV.com. Et selon cette enseignante, d'un établissement à l'autre, la préparation aux examens - le brevet pour les élèves de 3e et le bac pour ceux de 1ère et de terminale dont les épreuves sont maintenues - risque de ne pas être équitable. Ce qui pose problème pour des examens nationaux:

"Cette consigne de la demi-jauge recouvre des réalités tellement différentes que cela perturbe tout le monde, des élèves aux enseignants. Avec le risque de nourrir un certain ressentiment si l'établissement voisin propose davantage de cours en classe. Il faudrait un cadrage national sur ces jauges pour que tout le monde soit logé à la même enseigne."

Du cas par cas

Florent Martin, secrétaire académique du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (Snpden-Unsa) et proviseur d'un lycée à Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, va découvrir le passage à la demi-jauge. Jusqu'à présent, son établissement avait pu accueillir sans restriction l'ensemble de ses 1200 élèves, notamment grâce à des bâtiments récents, spacieux et bien aérés.

"Nous allons recevoir dès lundi l'ensemble de nos élèves de terminale pour deux semaines", nous explique-t-il. "Les élèves de seconde et de première resteront en distanciel. Puis, nous organiserons une rotation équilibrée sur ces trois niveaux, en privilégiant les élèves de 1ère qui ont les épreuves anticipées de français et ceux de terminale avec leurs épreuves finales."

Si les détails de cette rotation n'ont pas encore été tranchés, ce proviseur pourrait privilégier une alternance à la journée plutôt qu'à la demi-journée - le lycée étant isolé, les élèves sont tributaires des transports en commun. L'établissement accueille également pour moitié des lycéens de section agricole et des étudiants de BTS. Ces derniers seront dans les prochains jours en stage ou en examen, "cela nous laisse la possibilité d'accueillir 100% de nos élèves du général à la fin mai tout en restant sur une demi-jauge", précise Florent Martin. Mais il n'en reste pas moins que ce retour en classe est un "joli casse-tête".

"Nous avons des examens dès le 10 mai pour les BTS, certains enseignants seront donc mobilisés et ne pourront pas faire cours. Si en plus des classes doivent fermer (le nouveau protocole sanitaire impose la fermeture dès le premier cas, NDLR), je ferai revenir les élèves des autres classes pour qu'ils puissent bénéficier de leurs cours en présentiel. Ça va être une gestion quotidienne, avec des adaptations du jour au lendemain."

Le problème des classes entières

Certaines de ces solutions ne seraient cependant pas adaptées au contexte épidémique, reproche encore Claire Guéville. Cette représentante du Snes-FSU estime ainsi que conserver des effectifs entiers de classes, même à mi-temps, ne fait pas sens.

"Au lycée, vous pouvez avoir des classes de 34, 35, 36 élèves. Même si les salles sont grandes, imaginez les possibilités de transmission durant un cours de deux heures, avec une mauvaise ventilation et des jeunes qui portent mal leur masque."

Avec la réforme du lycée, les élèves d'une même classe peuvent dorénavant se retrouver dans différents groupes selon leurs spécialités, sans compter les différentes langues vivantes. "Vous pouvez avoir une dizaine de groupes de spécialités par classe. En cas de contamination, on pourrait très vite se retrouver avec une centaine de cas-contact."

Article original publié sur BFMTV.com