“Je demande pardon à mes frères et sœurs arméniens”

Pour la première fois, nous nous trouvons face à une initiative qui s’articule non pas autour de ce que nous avons subi, mais bien autour de ce que nous avons fait subir. Celle-ci s’inscrit in­déniablement dans le cadre d’une confrontation qui traverse la société et dont celle-ci est l’acteur principal. Ce genre de confrontation ramène toujours à la surface une mémoire que l’on a tenté vainement d’enfouir, déstabilisant ainsi les mécanismes de défense identitaires. Une fois surmontées les vagues provoquées par cette démarche, les individus ou la société se lancent alors dans un profond exercice ­d’introspection. Pour ce qui nous concerne, et même si nous affirmons le contraire, ce dont nous discutons aujourd’hui dans le cadre de cette démarche de confrontation avec notre passé, c’est bien des fondements sociologiques et politiques de l’identité turque. Ces fondements ont été déterminés tout d’abord par l’exode massif vers l’Anatolie de millions de musulmans du Caucase et des Balkans dans les cent à cent cinquante années qui ont précédé la proclamation de la République [le 23 octobre 1923]. Cet événement tragique a entraîné un important mouvement de populations et amorcé un transfert des richesses. Sous l’effet de la pression générée par cette nouvelle donne et à l’ombre du développement des idées nationalistes, le territoire de l’Anatolie a ensuite été vidé de ses populations non musulmanes, dans le cadre d’un processus qui a vu les richesses passer aux mains des musulmans et des Turcs.

Même si elle ne parvient pas encore à lui donner un nom, la société turque a commencé à comprendre que cette période tragique a joué un rôle déterminant dans la constitution de l’identité nationale turque. Pour comprendre l’actualité et construire l’avenir, les Turcs se penchent ainsi de plus en plus sur leur histoire. Il s’agit là d’une étape critique dans la perspective d’une maturation de cette identité qui pourrait l’amener à intégrer en son sein des valeurs politiques universelles. Revenir sur de tels moments historiques fondateurs dans un contexte où ils restent très prégnants constitue sans doute l’une des façons les plus difficiles de se confronter au passé. Mais tant que les tabous et la peur constitueront une part inséparable de l’identité turque contemporaine et tant que celle-ci restera dans une posture défensive, la pratique autoritaire de la politique en Turquie aujourd’hui continuera d’être légitimée. Dans ce contexte, il n’y a que la confrontation avec l’Histoire qui puisse nous apporter la liberté.

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