"Je n'avais plus envie de le partager avec le reste du monde" : le déconfinement ne fait pas l'affaire des couples fusionnels

Wassila Djellouli
Journaliste lifestyle
Amour au temps du deconfinement

Pour certains amoureux, le confinement en couple a eu des allures de lune de miel. Confinés ensemble, les couples fusionnels ont adoré passer tout leur temps rien qu’à deux, dans leur bulle. Depuis le 11 mai, ils ont du mal à reprendre une vie “normale” et ne vivent pas bien l’éloignement, même de quelques heures. Voici leurs témoignages.

Il y a ceux qui se sont réjouis du déconfinement après plusieurs semaines de sédentarité, et il y a les autres. Ces personnes qui ont apprécié prendre enfin du temps pour elles sans culpabilité et rester dans leur cocon durant huit semaines. S'isoler seules, ou bien à deux, comme ces couples fusionnels qui ont parfois tendance à ignorer le reste du monde.

Le confinement, une opportunité rare de fusionner sans être jugés

Kalila, jeune mariée de 26 ans, fait partie de ces couples. Avec son époux Hadrien, la Parisienne ne fait qu'un. En temps normal, même leur départ au bureau respectif est un déchirement : “Quand il part au boulot tôt le matin, il m'appelle déjà sur la route, puis de nouveau à sa pause du midi, l'après-midi s'il a quelque chose à raconter et le soir pour me dire qu'il arrive”, détaille-t-elle. Lorsqu'elle doit partir deux jours en déplacement à l'étranger pour son travail, la vingtenaire avoue inventer des ruses pour pouvoir rester chez elle.

En deux mois, on ne s'est quittés tout au plus deux heures. Et encore, c'est parce que nous n'avions vraiment pas le choix, car j'ai dû aller chez le gynécologue. Mais même là, on n'a pas pu s'empêcher de discuter par messages.

Alors à l'annonce du confinement, et de l'instauration du télétravail, les tourtereaux ont jubilé. Et ceux qui leur disaient qu'ils finiraient par ne plus se supporter dans leur petit appartement parisien se sont trompés. “J'ai plein d'amies qui ont ressenti le besoin de prendre l'air, sans leur copain. Mais nous, à aucun moment, on a eu besoin de se mettre dans deux pièces à part pour respirer un peu”, se réjouit avec nostalgie Kalila. C'est bien simple, en l'espace de deux mois, les deux amoureux ne se sont jamais quittés plus de deux heures. “Et encore, c'est parce que nous n'avions vraiment pas le choix, car j'ai dû aller chez le gynécologue. Mais même là, on n'a pas pu s'empêcher de discuter par messages”.

Une lune de miel a toujours une fin

Alors que, selon une étude Ifop, 11% des couples français ont déclaré ressentir le besoin de prendre leurs distances après le confinement, Kalila et Hadrien, eux, auraient bien continué sur cette lancée. Malheureusement pour eux, Hadrien a dû reprendre le travail en présentiel, pendant que la jeune femme a continué à contacter ses clients depuis son domicile. Et cette dernière a bien du mal à se réhabituer à cette configuration : “Ça me fait vraiment bizarre qu'il retrouve une vie sociale, alors que moi que je reste loin de lui”. Comme un petit sentiment d'être abandonnée. “Le confinement a amplifié certains phénomènes dans la vie de couple”, décrypte le thérapeute de couples Stéphane Wioland. “Pour les couples dit ‘fusionnels’ ce confinement a pu ressembler à une lune de miel qui a eu une fin, malheureusement...”

Quand je le vois se préparer le matin pour partir au travail, j'ai mal au cœur ! Même si le confinement n'a duré que deux mois, j'ai l'impression de devoir aujourd'hui réapprendre à vivre sans lui.

Stéphanie, elle aussi, vit mal la reprise de travail de son petit ami Thomas. Celle qui se dit “un peu possessive sur les bords”, avait réussi à trouver une routine rassurante avec son compagnon. “Nos habitudes de confinement m'ont sécurisée”, réalise avec du recul la vingtenaire angoissée. Ce qui lui manque le plus ? Leurs “balades quotidiennes d'une heure, [leurs] délires et parties de cache-cache dans l'appartement”. Mais aussi et surtout la simple présence de son petit ami, même en l'absence d'activités ou de réels échanges. “J'appréciais nos réveils tranquilles le matin, le fait qu'on se laissait vivre au jour le jour sans rien faire. Pour une fois, son esprit était vraiment totalement avec moi”, explique-t-elle. Rares sont en effet dans la vie quotidienne les occasions de profiter d'une attention totale. De vrais moments de présence à soi et à l'autre, juste entrecoupés - dans le cas de Stéphanie et Thomas - par quelques appels à la famille.

Mais là aussi, ils n'ont pas été du genre à compartimenter : “On alternait ensemble coups de fil à sa famille, et Skypéros avec ma mère et mes sœurs. Il n'y avait aucune raison pour qu'on le fasse chacun de son côté”. Chez eux, la notion de jardin secret semble inutile. Et c'est d'ailleurs peut-être ce qui explique qu'ils n'aient pas eu à souffrir du confinement. Ce mode de fonctionnement aurait-il pu durer éternellement ? Rien n'est moins sûr selon Stéphane Wioland. “Avec le temps ce ‘phénomène’ fusionnel se serait naturellement dissipé, car le besoin très fort aurait fini par être suffisamment nourri et comblé”, nous dit le spécialiste.

Réapprendre à vivre sans l’autre

Toujours est-il que lorsqu'elle voit désormais Thomas se préparer pour aller travailler le matin, Stéphanie ressent une toute nouvelle émotion poindre en elle. Une sorte de déchirement, selon celle qui avoue se sentir “plus possessive qu'avant”. “C'est bizarre, mais cela me fait mal au cœur ! Même si le confinement n'a duré que deux mois, j'ai l'impression de devoir réapprendre à vivre sans lui”. Le thérapeute de couple, lui, y voit une belle opportunité. Celle de “sentir de nouveau le manque, avoir le plaisir de se retrouver, créer des moments de qualité au sein du couple”, et en cela “faire grandir sa relation et grandir au sein de sa propre relation”.

Depuis qu'on est déconfinés, ma petite amie pourtant très extravertie, n'a encore pas organisé de sortie et n'est jamais rentrée avec une amie. Je crois que cela ne lui a même pas traversé l'esprit...

Des avantages difficiles à percevoir pour Joseph, un Nordiste de 26 ans, que le confinement a bien arrangé. En couple depuis un an, le jeune homme a parfois du mal à supporter l'extraversion poussée (selon lui) à l'extrême de sa copine. “En temps normal, elle sort beaucoup avec ses amis et invite tout le temps du monde à la maison, alors que moi je suis plutôt du genre à vouloir rester tranquille”. Ces deux mois passés en huis clos dans leur appartement ont été pour lui une bénédiction, d'autant plus qu'ils ont permis à sa petite amie de prendre goût à la “solitude à deux”.

“Depuis qu'on est déconfinés, elle n'a encore pas organisé de sortie et elle n'est jamais rentrée avec une amie. Je crois que cela ne lui a même pas traversé l'esprit...” De son côté, le jeune homme avoue qu'il vivrait encore plus mal qu'avant le fait qu'elle reprenne ses nombreuses activités sociales. “Maintenant qu'elle a vu qu'on pouvait être bien à deux, je ne comprendrais pas bien qu'elle se remette à chercher sans cesse des stimulations extérieures”. Pas sûr cependant que le naturel ne revienne pas au galop...

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