De nouvelles perspectives pour l’Europe de la Défense


Quelques 29 chefs d’Etats et de gouvernements se réunissent ce jeudi 25 mai à Bruxelles pour le sommet de l’OTAN. L’occasion d’évoquer la place de la défense européenne. Face à la crise des réfugiés, aux tensions diplomatiques avec la Turquie ou militaires à l’Est de l’Europe, et au terrorisme… l’Europe de la défense peut-elle être une réponse pour garantir stabilité et sécurité ?

Parce que l’Europe vaut bien une défense

Nicolas Gros-Verheyde est rédacteur en chef du site Bruxelles2.eu, et l’auteur avec André Dumoulin du livre « La politique européenne de sécurité et de défense commune », aux éditions du Villard. Le sous-titre de votre livre c’est « Parce que l’Europe vaut bien une défense ». Un clin d’oeil de Nicolas Gros-Verheyde pour qui “l’Europe vaut le coup d’être défendu. Souvent on attaque l’Europe pour différentes raisons. Parfois elles sont bonnes, parfois elles sont mauvaises. L’Europe a besoin d’une défense, pas au sens d’une armée européenne comme certains le rêve, mais d’une force qui lui permette de s’imposer dans le monde. Sinon, dans un monde où on voit que les Etats se cherchent du collier, tous les Etats européens ne représentent rien sur l’échelle mondiale.” L’objectif de ce livre, c’est de savoir comment fonctionne réellement l’Europe de la Défense. En 5 parties : l’histoire, les institutions, les outils, le terrain et l’avenir.

La défense pour relancer l’Europe

Alors que les crises et les tensions se multiplient dans le monde et aux portes de l’Europe, que les eurosceptiques et europhobes gagnent du terrain… Et si la Défense pouvait relancer le projet européen ? Pour Nicolas Kirilowits, journaliste spécialiste de l’Europe « la très vieille idée de l’Europe de la Défense semble de plus en plus trouver un écho favorable auprès des décideurs européens. Le nouveau président français est d’ailleurs favorable à une coopération renforcée entre les états membres, l’Allemagne aussi. Principal avantage, et ce n’est pas sans importance avec la tendance actuelle, la possibilité d’économies »

Comme le relève Nicolas Kirilowits, « c’est un processus connu et reconnu. Mutualiser, par exemple, les efforts de recherches, d’achat ou d’interventions pourrait permettre de d’économiser beaucoup d’argent. Tout dépendrait alors du niveau de coopération, mais une chose est sûre, on parle de milliards et de milliards d’euros.  Et puis à plusieurs on est forcément plus fort : imaginez un avion de combat européen, à l’instar d’Airbus pour le civil… Si l’ensemble des savoir-faire britanniques, suédois et français se réunissaient, il y a fort à parier que la réussite serait au rendez-vous ».

L’intérêt est aussi diplomatique et politique souligne Nicolas Kirilowits. « Si les pays membres accentuent leur coopération, leur voix serait alors plus écoutée dans le reste du monde… et cela n’est pas sans intérêt alors que les menaces sont toujours nombreuses aux frontières du vieux continent. Evidemment un saut concret dans l’Europe de la défense sous-entend un abandon de souveraineté pour les pays, et c’est encore un obstacle important aujourd’hui pour beaucoup d’entre eux, reste à savoir aussi si l’Europe de la défense est une idée qui parle aux européens »

Des débuts difficiles

Le livre « La politique européenne de sécurité et de défense commune » est préfacé par Federica Mogherini, qui est la haute représentante de l’union européenne pour les affaires étrangères et la politique de la sécurité. Elle écrit : “aujourd’hui, nous sommes en train de réaliser ce que le Traité de Lisbonne avait prévu il y a 10 ans : engager les synergies nécessaires, de façon plus efficace, et simplifier les structures de décision”. Ce temps perdu, Nicolas Gros-Verheyde l’explique par “la crise financière. L’attention des chefs d’Etats et de gouvernements qui donnent les impulsions au niveau européen était ailleurs. Il ne faut pas le nier mais il y a eut une haute représentante, Catherine Ashton, que la défense n’intéressait pas. A partir du moment où le chef n’est pas intéressé, derrière ça ne suit pas. La combinaison des deux a fait que pendant plusieurs années, ce sujet a perdu de sa force.”

Des coopérations multiples

Alors le tableau n’est pas si noir. Les pays de l’Union européenne collaborent déjà. Actuellement 16 millions civiles et militaires. Des missions d’assistance à la surveillance aux frontières aux frontières de la Moldavie et de l’Ukraine, de la Libye, des missions d’assistance et de soutien dans les territoires palestiniens, ainsi qu’au Niger… il y a également l’opération de lutte contre la piraterie au large de la corne de l’Afrique… Nicolas Gros-Verheyde imagine la défense en Europe dans les prochaines décennies “je pense qu’on aura mis en commun les moyens techniques, les moyens logistiques, c’est à dire tous les moyens arrières. C’est pas une armée européenne, mais une série de coopérations entre des Etats qui ont des affinités personnelles ou des affinités historiques par rapport à certaines menaces et certains objectifs.”

Une coopération d’autant plus nécessaire que le nombre de militaires dans les différents pays européens ne cesse de diminuer, 2 millions d’hommes en 2006… 500 000 de moins 10 ans après. Et face à la baisse constante des budgets de défense de Etats membres.

Franck Edard