Darmanin au rassemblement des policiers: ces ministres en exercice qui ont participé à une manifestation

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale à Paris le 4 mai 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale à Paris le 4 mai 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

"Je ne suis pas sûre que défiler soit le rôle d'un ministre. Et en plus, défiler sur un texte que nous avons proposé ne me paraît pas forcément de la plus grande utilité." Ces deux phrases datent du 14 décembre 2012. Elles ont été prononcées au micro de RTL par la porte-parole du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Najat Vallaud-Belkacem. À l'époque, cette dernière faisait allusion aux manifestations prévues pour défendre le mariage homosexuel, que François Hollande s'était engagé à faire légaliser.

Deux membres de l'exécutif socialiste ont pourtant fait le déplacement. Il y eut d'abord Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées, qui s'est rendue le 15 décembre 2012 à la mobilisation organisée à Marseille. Le lendemain, des dizaines de milliers sont descendus dans la rue à Paris, en réaction aux nombreux rassemblements de la Manif pour tous du mois de novembre. La ministre du Logement, l'écologiste Cécile Duflot, s'est rendue dans le cortège.

"Je suis militante de toujours sur ces questions là. C’est une fidélité non seulement à mon histoire, mais aussi à la grande satisfaction de voir qu’on est presque au bout du chemin, que l’égalité pour tous les couples sera effective dans quelques semaines", déclarait-elle le 16 décembre au micro de BFMTV.

Soutien au mariage homosexuel en 2012

Voilà donc un exemple bien précis de ministres qui, en dépit des consignes officieuses de leur hiérarchie - "un ministre ne manifeste pas", avait glissé Matignon auprès du JDD -, ont participé à des manifestations gérées avant tout par des associations et des militants politiques. Leur choix était mu avant tout par l'opposition suscitée en amont par le projet de loi et par le regain d'unité qu'il a provoqué au sein d'une droite déboussolée par sa défaite à la présidentielle de 2012.

Huit ans plus tard, le sujet revient au premier plan de l'actualité. En annonçant qu'il participerait mercredi à la "marche citoyenne" de soutien aux forces de l'ordre, organisée à la suite de la mort du brigadier Eric Masson à Avignon, Gérald Darmanin a fait hausser de nombreux sourcils. À droite comme à gauche, beaucoup estiment - ou feignent d'estimer - qu'en agissant ainsi, le ministre de l'Intérieur acte implicitement l'échec de sa propre politique.

"Coup de force" de Darmanin?

Il est vrai que le choix de l'ex-maire de Tourcoing, toujours prêt à se montrer au diapason des forces de l'ordre, a ceci de singulier que de revêtir une sorte de quitus à un mouvement dont les revendications sont catégorielles. Corporatistes, diront les plus critiques. Par ailleurs, certaines de ces revendications visent directement l'exécutif. Ou du moins, sa capacité à offrir aux policiers les moyens nécessaires pour accomplir leur mission.

Ce rassemblement étant prévu aux abords de l'Assemblée nationale, il recèle enfin une charge symbolique particulière. D'où la volonté de La France insoumise, par exemple, d'accuser Gérald Darmanin de cautionner une sorte de "coup de force" du pouvoir exécutif contre le pouvoir législatif. Reste à voir si Eric Dupond-Moretti, comme le suggère une information de Politico, sera ou non à ses côtés.

Quoi qu'il en soit, ce n'est toutefois pas la première fois qu'un ministre d'Emmanuel Macron bat le pavé. Le 15 mars 2019, lorsque des milliers de jeunes s'étaient rendus à une marche pour défendre la préservation de l'environnement, deux membres du gouvernement d'Édouard Philippe ont surpris par leur présence: Gabriel Attal, actuel porte-parole du gouvernement et ancien secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale, et sa collègue Brune Poirson, alors secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

Si les deux affichaient alors leur fierté de voir "la jeunesse française qui se bouge pour défendre la planète", leur initiative a rapidement été perçue comme une tentative de récupération politique par les organisateurs du rassemblement. Lesquels critiquaient directement la supposée inaction de l'exécutif en matière écologique.

Mélenchon de sortie après le 21 avril 2002

Les exemples antérieurs de ministres en exercice se rendant dans des manifestations ne sont pas légion. En plus du cas des mobilisations de soutien au mariage homosexuel, il y a eu celle, bien plus conséquente, du 11 janvier 2015 en réaction aux attentats islamistes qui ont visé la rédaction de Charlie Hebdo et l'Hypercacher. Assez logiquement, en plus du président François Hollande et de son Premier ministre Manuel Valls, l'ensemble gouvernement avait répondu présent, tout comme la plupart des leaders de son opposition.

Autre exemple consensuel, celui des journées de manifestation qui ont suivi le 21 avril 2002. Le Parti socialiste, éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle, est ébranlé. Son candidat, le Premier ministre Lionel Jospin, a été coiffé au poteau par Jean-Marie Le Pen. L'entre-deux tours ne ressemble à nul autre, Jacques Chirac ayant refusé l'affrontement cathodique traditionnel avec le patron du Front national.

Résultat, c'est dans les rues des grandes villes que la riposte s'organise. Du moins est-ce le storytelling médiatique qui reste de cette drôle de campagne, dont l'issue ne fait alors plus de doute. Au milieu des jeunes qui manifestent, ont trouve quelques figures issues de la gauche. Dans le cortège parisien du 27 avril 2002, on y voit un ministre du gouvernement Jospin, touché presque physiquement par la défaite: un certain Jean-Luc Mélenchon, chargé de l'Enseignement professionnel pendant deux ans.

Le cimetière juif de Carpentras en 1990

Dernier exemple, plus ancien celui-là: la manifestation contre le racisme et l'antisémitisme du 14 mai 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras. Un acte survenu dans la nuit du 8 au 9 mai, qui avait particulièrement bouleversé la France. En plus de la trentaine de tombes saccagées, la dépouille d'un octogénaire, décédé 15 jours plus tôt et qui n'avait pas encore de pierre tombale, fut exhumée et placée dans une mise en scène humiliante, sur une tombe voisine.

Après avoir insisté auprès des autorités juives, François Mitterrand a fait en sorte que la manifestation ait lieu entre la place de la République et celle de la Bastille à Paris. Des lieux traditionnels de rassemblement de la gauche française. Ainsi, François Mitterrand est devenu le premier chef de l'État a participé à une manifestation. Il a été accompagné de nombreuses figures de son gouvernement, dont le ministre de l'Éducation nationale, Lionel Jospin, et le ministre de la Culture, Jack Lang. Sans oublier le premier d'entre eux, Michel Rocard.

Article original publié sur BFMTV.com

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