Dante Alighieri, “fondateur de la pensée de droite italienne”, vraiment ?

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“Je sais que je vais faire une affirmation très forte, mais je considère que Dante Alighieri est le fondateur de la pensée de droite dans notre pays. Car cette vision de l’humain que l’on trouve dans son œuvre, mais aussi sa construction politique, sont profondément de droite.”

Gennaro Sangiuliano

MINISTRE DE LA CULTURE ITALIEN

En Italie, le débat politique peut parfois prendre des airs de bataille d’historiens, et remonter jusqu’à sept cents ans en arrière. C’est ce qu’il s’est passé le 14 janvier, lorsque Gennaro Sangiuliano, ministre de la Culture, a défini Dante Alighieri comme “le fondateur de la pensée de droite dans notre pays”.

Poète, écrivain et penseur florentin des XIIIe et XIVe siècles, Dante (1265-1321) est considéré comme l’homme de lettres le plus important de l’histoire italienne. Son œuvre principale, La Divine Comédie, est encore aujourd’hui étudiée dans les lycées transalpins.

Cette appropriation par un membre du gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni est vécue comme un affront par la gauche italienne, qui a réagi avec virulence, rapporte le site Open.

“Si ce n’était pas un moment dramatique pour l’Italie, on pourrait presque en rire”, a lancé la cheffe de file du Parti démocrate (centre gauche) à la commission culture de la chambre, Irene Manzi. Le centriste Carlo Calenda s’est fendu d’un laconique “il a vraiment dit ça ? !”

“Briser l’hégémonie culturelle de la gauche”

Mais au-delà de la querelle de clocher, la polémique a aussi donné l’occasion à quelques célèbres lettrés d’étaler leurs connaissances historiques. À l’image de l’écrivain Corrado Augias, qui précise dans les colonnes du quotidien progressiste La Repubblica :

“Parler de droite et de gauche lorsque l’on se réfère à un homme qui a vécu du XIIIe au XIVe siècle n’a pas beaucoup de sens. On parle de concepts politiques qui ont commencé à exister après la révolution française. Cette phrase était peut-être une provocation.”

Une “provocation culturelle” pour être exact, selon les mots de Sangiuliano lui-même, qui, au vu de la levée de boucliers, a jugé bon de revenir sur ses propos.

La polémique, juge-t-on alors du côté d’Il Giornale, “a été une réussite, car celle-ci a une valeur bien plus profonde”, clame ce quotidien conservateur. À savoir : “briser les chaînes de l’hégémonie culturelle de la gauche”, qui, selon le ministre, survit encore aujourd’hui en Italie.

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