Danone: «L'éviction d'Emmanuel Faber était inévitable»

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Le conseil d'administration a cédé aux exigences des actionnaires de Danone, notamment deux fonds d'investissement étrangers qui attaquent depuis des mois Emmanuel Faber et sa stratégie jugée peu performante face à la concurrence. L'homme d'affaires de 57 ans avait déjà dû renoncer début mars aux fonctions de directeur général. Gilles Schnepp, 62 ans, ancien PDG de Legrand, le fabricant français de matériel électrique, a été choisi pour le remplacer et pour trouver un nouveau directeur général. L'éclairage de Laurens Lafont, rédacteur en chef de La Lettre d'Investissement.

RFI : Quelle est votre réaction face à l’éviction « effective immédiatement » d’Emmanuel Faber ?

Laurens Lafont : Je pense que c’était inévitable. Au début du mois, on a eu une décision du conseil d'administration qui était « entre-deux », c’est-à-dire qu’il faisait à la fois plaisir aux actionnaires en retirant la direction générale à Emmanuel Faber, mais en lui laissant la présidence en même temps. C’est-à-dire qu’on était sur quelque chose de mixte et c’était intenable parce qu'Emmanuel Faber voulait conserver le pouvoir, d’une certaine manière, il voulait choisir un directeur général qui allait devoir appliquer son plan, or ce n’est pas du tout l’objectif de son éviction. L’objectif, c’était de vraiment changer la stratégie de Danone. C’était donc inévitable, et quand on voit la réaction ce lundi 15 mars des marchés - l’action du groupe est en hausse d’environ 3,5% -, cette fois-ci il y a une sorte de soulagement, la page est tournée et Danone va pouvoir enfin être repris en main.

Des actionnaires, mais surtout deux fonds activistes mettent la pression depuis des mois pour obtenir ce changement de gouvernance et de stratégie au sein de Danone. Il s’agit principalement de l’Américain Partisan Partners, troisième actionnaire de Danone avec 3% du capital et du britannique BlueBell Capital qui possède, lui, 1% des actifs. Qui sont ces fonds activistes ?

On les appelle les fonds activistes, mais ce sont des fonds d’investissement, tout simplement, dont la stratégie est de prendre une participation dans un groupe qu’ils jugent mal géré ou ayant un meilleur potentiel que celui qui est exploité. Ils prennent quelques pourcentages et ils essayent d’influer sur un changement de gouvernance ou des cessions d’actifs ou des acquisitions. Ils apportent leur conseil sur la stratégie de l’entreprise. Leur objectif est d’améliorer l’investissement qu'ils sont en train de réaliser et ils espèrent un virage qui leur permettra de réaliser des bénéfices.

Aujourd’hui, les fonds activistes sont ravis de cette décision, mais beaucoup d’actionnaires sont contents également. Les petits actionnaires ne sont pas souvent entendus dans la gestion de grands groupes comme Danone, et même si ces fonds n’ont que quelque 3% du capital du groupe, ils représentent beaucoup de monde et beaucoup de petits actionnaires mécontents de la stratégie.

Est-ce que ces fonds activistes remettent en cause la raison d’être de Danone depuis 2019 en tant que société à mission, avec des objectifs sociaux et environnementaux en plus de lucratifs ?

Non, l’entreprise à mission, c’est très récent et le parcours d’Emmanuel Faber à la tête de Danone remonte à bien plus loin. Il est président du groupe depuis trois ans, mais il est directeur général depuis sept ans. Vous avez un groupe qui affiche une croissance et une rentabilité moindre par rapport à ses concurrents directs (le Suisse Nestlé, l’Américain Unilever), et qui a récemment annoncé des réductions d’effectifs - environ 1 500 à 2 000 suppressions de postes sur 100 000 dans le monde - parce que le groupe n’est pas sur la bonne voie. Donc vous pouvez vous appeler société à mission, mais si vous n’êtes pas en mesure d’avoir un impact positif sur l’entreprise elle-même, c’est une forme d’hypocrisie. Non, ce n’est pas l’entreprise à mission qui est visée, c’est plusieurs années de sous-performance et une stratégie qui n’a pas porté ses fruits. Au bout d’un moment, il est donc normal que le responsable de cette stratégie soit sanctionné. Quand une entreprise va mal, on considère souvent que c’est honteux qu’elle licencie, pour le coup-là, c'est le PDG qui est licencié. Du point de vue de la gouvernance, c'est plutôt sain de voir cela plutôt que son maintien à la tête du groupe.