Le Danemark vote une loi pour "externaliser" les demandes d'asile

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LE DANEMARK VOTE UNE LOI POUR "EXTERNALISER" LES DEMANDES D'ASILE

par Nikolaj Skydsgaard

COPENHAGUE (Reuters) - Le parlement danois a adopté jeudi un projet de loi permettant de traiter hors d'Europe les demandes d'asile, un projet critiqué par les associations de défense des droits humains, les Nations unies et la Commission européenne.

Soixante-dix députés se sont prononcés en faveur du texte et 24 contre.

Le projet prévoit que les autorités danoises pourront transférer des réfugiés arrivés au Danemark dans des centres pour demandeurs d'asile situés dans un pays "partenaire" dans l'attente de l'examen de leur demande, avec la possibilité qu'ils restent dans le pays partenaire si la demande est acceptée.

Copenhague, qui a déjà l'une des législations les plus strictes d'Europe en matière d'immigration et d'asile, n'a pour l'instant conclu aucun accord avec un pays étranger mais Rasmus Stoklund, porte-parole du Parti social-démocrate au pouvoir pour les dossiers liés à l'immigration, a déclaré que des négociations étaient engagées avec plusieurs partenaires potentiels.

"Si vous demandez l'asile au Danemark, vous savez que vous serez envoyé dans un pays extérieur à l'Europe et donc nous espérons que les gens arrêteront d'essayer d'obtenir l'asile au Danemark", a-t-il expliqué à la radio DR jeudi.

La nouvelle loi va compliquer les efforts entrepris par l'Union européenne pour tenter d'harmoniser ses règles - pour l'instant très différentes d'un pays à l'autre - en matière d'immigration et d'asile.

La Commission européenne a par ailleurs mis en doute jeudi la conformité du texte avec les engagements internationaux du Danemark.

"Le traitement extérieur des demandes d'asile soulève des interrogations fondamentales à la fois sur l'accès aux procédures d'asile et sur l'accès effectif à la protection", a déclaré Adalbert Jahnz, porte-parole de l'exécutif communautaire.

"Cela n'est pas possible dans le cadre des règles actuelles de l'UE ou des propositions du nouveau Pacte sur la migration et l'asile", a-t-il ajouté.

Pour Charlotte Slente, secrétaire générale du Conseil danois des réfugiés, une organisation non-gouvernementale, la nouvelle loi risque de compromettre la sécurité des réfugiés et d'entraver leurs droits.

"L'idée d'externaliser la responsabilité du traitement des demandes d'asile est à la fois irresponsable et le signe d'un manque de solidarité", a-t-elle dit à Reuters.

Gillian Triggs, haut-commissaire assistante au HCR, le Haut Commissariat aux réfugiés de l'Onu, a dit pour sa part craindre un "nivellement par le bas" et jugé que "de telles pratiques sapent les droits de ceux qui cherchent asile et protection, les diabolisent et les punissent, et pourraient menacer leur vie".

(Avec Gabriela Baczynska, version française Marc Angrand)

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