À Dakar et Johannesbourg, le masque a été un incontournable de 2020

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L’année 2020 a été synonyme de masque partout en Afrique pour éviter de propager le coronavirus. L'objet, qui est devenu un accessoire du quotidien, n'obtient pas encore un véritable consensus alors qu'il est obligatoire dans de nombreux endroits, comme en Afrique du Sud ou au Sénégal.

Dans les écoles à Dakar, le masque est une obligation depuis leur réouverture en novembre. C’est donc un casse-tête pour les parents comme Fatou Diallo, venue chercher sa fille de 10 ans. Elle raconte à notre correspondante à Dakar, Théa Ollivier, qu’elle a opté pour des masques chirurgicaux : « J’ai des paquets à la maison. Tous les matins quand elle part, elle prend un masque et puis elle part avec. C’est obligé et chaque mois elle utilise deux paquets. »

Samba Jaffé, père de deux enfants, préfère de son côté les masques en tissu : « On achète les masques en tissus qu’on prépare chaque début de semaine et qu’on distribue le matin. On les lave à la machine et on les repasse avant de les donner aux enfants. Ils commencent à s’habituer parce que ça devient un accessoire. Surtout la petite, elle aime bien les masques colorés où il y a des dessins. »

Des masques locaux qui marchent de moins en moins

Et ces masques en tissu sont confectionnés localement, notamment dans les ateliers de couture du centre-ville. Ces masques sont ensuite revendus sur place environ 500 francs CFA, soit moins d’un euro, par des commerçants comme Mabygueye Diop : « Les masques, on a commencé à les vendre depuis le début du coronavirus. Ça marchait bien. Les gens avaient pris l’habitude de porter les masques que l’on faisait dans la fabrique. Mais maintenant les masques ne marchent plus parce que ce sont les masques chirurgicaux qui sont au top parce que ça coûte 100 francs CFA l’unité. Et puis il y a beaucoup de gens qui ne portent pas le masque tout le temps, il le porte juste pour la police et pas pour la maladie. »

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Mais pourquoi les Sénégalais ne craignent-ils pas ce virus ? Notamment parce que chaque jour, une centaine de nouveaux cas et moins de dix morts sont comptés par le ministère de la Santé. Ces chiffres sont bien inférieurs à ceux de l’Europe. Faire porter le masque par ses patients est donc un combat de tous les jours pour les médecins comme le docteur Majdi Kaouk : « Il y a eu un rapport particulier qui a dû se créer entre mes patients et moi-même. Il y a eu ceux qui d’abord ne croyaient pas à cette pandémie, ceux qui me disaient que c’est une grippette, qu’on ne risquait rien. Il fallait que j’exige qu’ils portent un masque dans mon cabinet. »

En Afrique du Sud, s’ils sont aussi devenus incontournables, dans les rues des grandes villes, le masque est désormais vu comme un simple sésame d’entrée dans les magasins, explique notre correspondante à Johannesbourg, Claire Bargelès.

Sibonginkosi se dirige à pied vers une grande surface, pour compléter ses courses du Nouvel An. Elle a bien son masque avec elle, afin de pouvoir entrer dans le supermarché, mais l’a descendu sur le menton, pour pouvoir mieux respirer dans la rue : « Ce n’est vraiment pas facile de toujours devoir le porter, parce qu’il fait très chaud en ce moment. Dans mon sac de tous les jours, je m’assure d’en avoir deux ou trois. Mais parfois, quand je n’arrive pas à respirer, je le descends un peu sur le visage. »

La peur de l’amende

Si dans les quartiers les plus contrôlés, il est impossible de rentrer dans un restaurant ou un magasin sans masque, d’autres établissements, par exemple à Soweto, ont relâché leurs mesures malgré la deuxième vague. Pour Siyabonga, tout cela n’encourage pas à être prudent : « Dans certains endroits où l'on va, ils vont être très stricts sur le fait de porter un masque à l’entrée, mais une fois le contrôle de sécurité passé, on peut l’enlever, et plus personne ne le porte. Donc je pense que ça nous pousse à prendre tout cela un peu moins au sérieux. »

Les choses devraient changer, depuis les annonces de Cyril Ramaphosa, et le renforcement des restrictions et des contrôles. Tyrone, qui aide les voitures à se garer, sait qu’il risque gros maintenant s’il ne porte pas son masque en tissu : « Je n’aime pas ça, mais depuis le discours de Ramaphosa, je le porte vraiment. J’ai peur de recevoir une amende, car je vis dans la rue, de petits boulots, et je n’ai pas d’argent. » Une personne qui ne porte pas son masque après en avoir reçu l’ordre par un policier risque désormais jusqu’à 80 euros d’amende et 6 mois de prison.

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