Plus d'agents, moins d'enquêtes: la police dans le viseur de la Cour des comptes

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Malgré la hausse de la masse salariale dans la police, le taux d'élucidation des enquêtes s'est "détérioré" et le nombre d'agents sur le terrain n'a pas augmenté, selon la Cour des comptes.

Plus de moyens mais moins d'enquêtes résolues: malgré la hausse de la masse salariale dans la police nationale, le taux d'élucidation des enquêtes s'est "détérioré" depuis plusieurs années et le nombre d'agents sur le terrain n'a pas augmenté, selon la Cour des comptes.

Dans une note diffusée ce jeudi, la Cour considère qu'une "meilleure utilisation et une gestion rénovée des ressources humaines de la police nationale s’imposent". Le constat est dur: en 2016, la police affichait un taux d'élucidation d'enquête sur un homicide de 70,3%, il tombe à 62,6% en 2020. Seul un cambriolage sur dix est résolu en moyenne. 

"Les résultats ne sont pas à la hauteur"

De plus, malgré les 10 milliards d'euros consacrés depuis dix ans à la masse salariale de la police, en augmentation de 21%, le taux de présence sur le terrain des policiers est "en baisse". Pour Pierre Moscovici, premier président de la Cour interrogé jeudi sur Europe 1, "les résultats en terme de présence sur le terrain ou en terme de formation, de réussite au concours, ne sont pas à la hauteur."

La police judiciaire, qui doit "faire face" à 3,9 millions de procédures par an, est "en difficulté": "elle n'attire plus les policiers et ses résultats sont marqués par un faible niveau d'élucidation des délits de bas milieu de spectre", la délinquance du quotidien, d'après la note. 

L'administratif "plombe" la police

Dans sa note, la Cour estime que "la solution à l'insuffisance de ces performances se trouve avant tout dans une meilleure utilisation et une gestion rénovée des ressources humaines".

"La procédure pénale s'est alourdie considérablement, donc les policiers passent du temps à faire de la paperasse qui ne sert à rien", regrette sur BFMTV Christophe Rouget, secrétaire général du syndicat de police SCSI.

Une opinion partagée par la porte-parole du ministère de l'Intérieur Camille Chaize. "Trop d'administratif, c'est ce qui nous plombe tous au sein de la police et de la gendarmerie", juge-t-elle sur le plateau de BFMTV ce vendredi. La porte-parole l'assure, c'est un sujet sur lequel le gouvernement travaille "depuis plusieurs mois" notamment à travers le Beauvau de la sécurité. 

Des outils vieillissants

Selon Camille Chaize, une amélioration passera par un meilleur encadrement, plus d'officiers de police judiciaire (OPJ), des amendes pour remplacer les procédures judiciaires et "plus de bleu sur le terrain", comme l'avait désiré Emmanuel Macron en avril dernier.  

"Il faut les équiper, les former, leur donner l'écosystème judiciaire et juridique pour que ça fonctionne mieux", déclare-t-elle tout en admettant qu'il y a un "problème d'outils". Le parc automobile de la police française a 7 ans d'âge en moyenne contre seulement trois chez nos voisins allemands. 

"Il nous faut une vision stratégique à long terme, c'est-à-dire sur plusieurs années, pour maintenir le cap et avoir des réformes structurelles importantes", conclut Camille Chaize.

Article original publié sur BFMTV.com

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