Dans "Désigné coupable", Tahar Rahim incarne l'histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi

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La véritable histoire derrière le film
La véritable histoire derrière le film

CINÉMA - L’histoire est à peine croyable, et pourtant. “Désigné coupable”, ou “The Mauritanian” en version originale, qui sort ce mercredi 14 juillet au cinéma, raconte bel et bien le calvaire d’un homme, enfermé de 2002 à 2016 dans le tristement camp de Guantanamo, sans aucune charge contre lui. Ce dernier était soupçonné, sans preuve, d’avoir eu un rôle dans l’organisation des attentats du 11 septembre 2001.

Aux côtés de Jodie Foster, Benedict Cumberbatch et Shailene Woodley, c’est l’acteur Tahar Rahim qui y occupe le premier rôle. L’interprétation de celui qui siège en ce moment au jury du Festival de Cannes 2021 lui avait valu d’être nommé aux Golden Globes.

En près de deux heures, “Désigné coupable” raconte une terrible histoire d’injustice. Des années d’un calvaire qui n’a pris fin que récemment pour l’homme qui a inspiré ce drame judiciaire. Cet homme, c’est Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien âgé de 50 ans aujourd’hui. Pour Le HuffPost, il a accepté de revenir sur cette histoire qui lui aura pris quatorze ans de sa vie.

Livré par son pays aux États-Unis

La scène d’ouverture de “Désigné coupable” prend place en Mauritanie. C’est pendant une fête que le personnage incarné par Tahir Rahim est sommé par des agents de police de les suivre. En réalité, Mohamedou Ould Slahi sortait du travail lorsqu’il raconte avoir été “kidnappé” par la police. “Ils ont dit qu’ils souhaitaient me parler. Ma mère m’a demandé si je savais pourquoi ils voulaient me voir. J’ai ri, elle était tellement innocente”, raconte-t-il. Il n’a plus jamais revu sa mère.

Le Mauritanien dit avoir été arrêté plusieurs fois avant cette arrestation. Ayant étudié quelques années en Allemagne avant 2001, et compte-tenu de ses liens avec Al-Qaïda dans les années 1990, on le soupçonnait d’avoir participé à la “cellule de Hambourg”. Ce groupe d’islamistes basé en Allemagne comprenait plusieurs personnages clés des attentats du 11 septembre 2001.

Après de premiers actes de torture subis en Jordanie et en Afghanistan, Mohamedou Ould Slahi intègre en août 2002 le camp de Guantanamo, là où l’administration Bush disait vouloir concentrer les pires terroristes. Dans le film, le personnage de Tahar Rahim dit avoir ressenti un soulagement à son arrivée aux États-Unis, persuadé que ce pays “n’utilisait pas la peur pour contrôler les gens”. Un sentiment que confirme le Mauritanien: “J’étais heureux lorsqu’on m’a dit que j’allais à Guantanamo. Je me disais que le pire qu’il pourrait m’arriver serait de passer quelques mois là-bas, jusqu’à ce qu’ils comprennent que je suis innocent et qu’ils me relâchent”.

Soumis à des actes de tortures divers

En 2003, un programme “spécial” est élaboré pour faire parler Mohamedou Ould Slahi. Dans son livre Les carnets de Guantánamo, il raconte avoir été interrogé tous les jours pendant les six premières années de son incarcération. Jusqu’en 2004, il est victime d’une série de sévices qui comprend de la violence physique, psychologique et des humiliations sexuelles. On le force à se tenir debout pendant des heures, on le prive puis le gave de nourriture, on le soumet au froid, au chaud, à la musique assourdissante, aux menaces de mort... Tout ceci, dans le but d’obtenir des aveux forcés, qui constitueront la base des preuves justifiant sa détention.

Mohamedou Ould Slahi fera la connaissance de sa première avocate plusieurs années après la fin de ce programme de torture. Dans le film, celui qui est joué par Tahar Rahim éprouve au départ une certaine méfiance envers Nancy Hollander, celle qui finira par le faire libérer. Dans la réalité, le Mauritanien dit avoir vu cette rencontre comme la première démonstration de justice à son égard: “Avant elle, je n’avais eu accès à rien. Je ne pouvais pas imaginer la rejeter, cela ne pouvait qu’aller mieux avec elle”. “J’ai vu qu’elle voulait vraiment m’aider”, se souvient-il.

La présomption d’innocence : le combat sans relâche de son avocate

Pour Nancy Hollander, habituée aux mensonges de ses clients, le processus de confiance fut plus long. “Mohamedou me disait la vérité depuis le début, mais il a fallu du temps pour que je le croie. Mais cela ne faisait aucune différence, je l’aurais défendu quoiqu’il arrive”, raconte aujourd’hui l’avocate. Jusqu’en 2010, elle s’est battue corps et âme pour permettre à son client d’avoir un procès, et pour faire valoir l’illégalité de son incarcération. Le tout, en apparaissant auprès d’un peuple encore fragilisé par les attentats du 11 septembre comme un traître à la nation: “On menaçait tous les avocats qui représentaient des détenus de Guantanamo. En 2010, j’ai rédigé une tribune pour le New York Times intitulée ‘Je suis avocate de terroriste et fière de l’être’”.

Mohamedou Ould Slahi ne quittera Guantanamo que six ans après la victoire de son procès, l’administration d’Obama ayant fait appel de cette décision. Bien que désireux de faire fermer le camp, Barack Obama autorisera le ministère de la Justice à poursuivre la détention du Mauritanien jusqu’en 2016.

À voir également sur Le HuffPost: Tahar Rahim enfermé à tort à Guantanamo dans la bande-annonce de “Désigné coupable”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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