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Un "désastre au ralenti" : l'avenir des négociations pour forger une coalition aux Pays-Bas

Le leader de l'extrême droite néerlandais Geert Wilders à La Haye, le 17 janvier 2024 (Sem van der Wal)
Le leader de l'extrême droite néerlandais Geert Wilders à La Haye, le 17 janvier 2024 (Sem van der Wal)

Les efforts du leader d'extrême droite néerlandais Geert Wilders pour former un gouvernement après sa victoire électorale surprise l'an dernier ont tourné court, car l'un des principaux partis participant aux négociations a brusquement claqué la porte.

L'Europe et le reste du monde observent attentivement la situation pour voir si Wilders va être en capacité de devenir Premier ministre de cet État clé de l'Union européenne et de l'OTAN. Que s'est-il passé et à quoi peut-on s'attendre désormais ?

- Pourquoi les discussions ont-elles échoué ? -

M. Wilders, dont la formation est le Parti de la liberté (PVV), était en pourparlers avec trois autres partis : le parti libéral VVD, le parti agricole BBB et le parti centriste Nouveau contrat social (NSC) dirigé par Pieter Omtzigt, champion de la lutte contre la corruption.

Mais M. Omtzigt s'est retiré, ce qui empêche désormais M. Wilders de former une coalition majoritaire. La raison officielle invoquée pour justifier son départ est l'état lamentable des finances publiques néerlandaises, qui aurait "choqué" M. Omtzigt, réputé prudent sur ces questions.

Mais l'atmosphère des négociations s'est avérée délétère dès le début, les chefs de partis s'envoyant régulièrement des piques sur les réseaux sociaux.

M. Omtzigt avait déjà fait part de ses principales préoccupations concernant le manifeste de M. Wilders, un texte climato-sceptique et islamophobe, qui préconise notamment l'interdiction des mosquées et du Coran ainsi que le départ des Pays-Bas de l'UE.

"Je n'ai pas manqué de remarquer que les négociateurs ont davantage dit du mal les uns des autres que du bien", a déclaré M. Omtzigt.

Le quotidien néerlandais Algemeen Dagblad a ainsi résumé les huit dernières semaines de négociations : "Du poison, des critiques mutuelles, des ragots. Mais aussi des divergences sur le contenu et tout cela sur fond de manque d'argent".

"Les derniers pourparlers de la coalition pourraient bien rester dans l'histoire comme un désastre au ralenti".

- A quoi peut-on s'attendre maintenant ? -

La prochaine étape aura lieu au début de la semaine prochaine, lorsque Ronald Plasterk, un ancien ministre chargé de superviser les pourparlers, remettra au Parlement son rapport sur l'avancée des discussions.

M. Plasterk pourrait recommander d'essayer de former une coalition minoritaire sans le NSC, ou bien conclure qu'il n'y a pas d'issue et que quelqu'un d'autre devrait tenter sa chance.

M. Omtzigt a fait allusion à ces deux possibilités, déclarant qu'il pourrait soutenir une coalition minoritaire au cas par cas et qu'il serait ouvert à "d'autres groupes".

Les partis de gauche ont immédiatement réagi à l'échec des négociations, déclarant que M. Wilders avait eu sa chance et qu'ils devaient maintenant essayer à leur tour de former une coalition.

Le principal parti d'opposition de gauche, le parti GroenLinks de l'ancien commissaire européen Frans Timmermans, est arrivé en deuxième position lors des élections de novembre et serait le prochain à tenter de former un gouvernement.

Toutefois, les partis de gauche ne disposent pas des sièges nécessaires pour obtenir la majorité au sein du parlement, qui compte 150 sièges.

La formation d'une coalition ne serait pas plus aisée: M. Timmermans a exclu de travailler avec M. Wilders et de son côté le parti libéral VVD a exclu de travailler avec la gauche.

"Les problèmes ne peuvent pas attendre d'être résolus. Les Pays-Bas méritent un +leadership+ et des réponses", a déclaré M. Timmermans.

Le processus pourrait également repartir de zéro, avec une nouvelle personne chargée de superviser les négociations. Une seule chose est sûre : cela n'aura pas lieu rapidement.

- De nouvelles élections ? -

Il s'agit là du dernier recours, mais la plupart des analystes jugent cette alternative rebutante, notamment parce que les partis politiques seront accaparés par une autre échéance importante, celle des élections du mois de juin au Parlement européen.

"Personne, à l'exception peut-être du PVV, ne pourrait en tirer profit", a déclaré Sarah De Lange, professeur de pluralisme politique à l'université d'Amsterdam.

"De plus, il est peu probable qu'un nouveau scrutin donne un résultat si radicalement différent du précédent que des coalitions très différentes seraient possibles. M. Omtzigt lui-même a déclaré que "de nouvelles élections ne sont certainement pas une option réaliste".

Si l'on en croit les sondages, M. Wilders et son Parti de la liberté, le PVV, n'ont fait que se renforcer depuis le résultat de l'élection du mois de novembre, qui a provoqué une onde de choc dans toute l'Europe.

Selon l'un de ces sondages, le PVV obtiendrait un nombre sans précédent de 50 sièges, ce qui réduirait la nécessité d'une coalition aussi large qu'à l'heure actuelle - 75 sièges étant nécessaires pour obtenir la majorité.

ric/jhe/ref/thm