La dépouille d'un général français mort en 1812 revenue en France

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Deux cents ans pour atteindre sa dernière demeure, avec un final sur fond de polémique politique. La dépouille d'un général français, mort en 1812 pendant la campagne russe de Napoléon, est arrivée en France mardi.

Charles Étienne Gudin de la Sablonnière a été fauché le 19 août par un boulet de canon ennemi lors de la bataille de Valoutina Gora, à 20 kilomètres à l'est de Smolensk, ville russe près de l'actuelle frontière avec le Belarus.

Les restes du défunt sont arrivés en début d'après-midi dans un cercueil blanc, devant notamment des volontaires en costumes d'époque et des membres de sa descendance, avant d'être recouvert du drapeau national. Les ossements ont été ensuite exposés quelques minutes.

La ministre déléguée aux anciens combattants, Geneviève Darrieussecq, a présidé la cérémonie dans un hangar du musée de l'Air et de l'Espace, jouxte de l'aéroport du Bourget.

Surtout, elle a annoncé l'inhumation du général aux Invalides, le 2 décembre, anniversaire de la bataille d'Austerlitz, conformément aux voeux de plusieurs associations. "On a quand même des personnages qu'on ne peut pas renier", commentait lundi pour l'AFP Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice des Français de l'étranger et présidente d’honneur de l'association Paris-Napoléon 2021, qui espérait une telle issue tout en déplorant des "polémiques de bas étage".

Car le dossier était un peu miné.

Le général a en effet été retrouvé grâce à Pierre Malinowski, un historien et ex-militaire français proche de l'extrême droite et disposant d'appuis au Kremlin. Ex-assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen, il est président de la Fondation franco-russe des initiatives historiques.

Une personnalité sans doute en lien avec les réticences de l'Élysée. L'historien évoquait aussi récemment comme explication la crise sanitaire, dans un entretien avec Radio Sputnik, un média financé par Moscou. Mais surtout la dégradation des relations entre Paris et Moscou, autour du sort de l'opposant politique russe Alexeï Navalny, dont l'Occident réclame la libération.

Quelle qu'en soit la raison, le président Macron était absent au Bourget. Et la dépouille du soldat a été rapatriée dans un A320 financé par l'oligarque russe Andrey Kozystin, selon plusieurs médias. "Il n'est pas l'heure de faire des polémiques, nous avons des liens mémoriaux très importants avec la Russie", a conclu Mme Darrieussecq après la cérémonie.

Amputé de la jambe gauche, le général, que l'on disait très apprécié de Napoléon, est mort de la gangrène trois jours après sa blessure. Il était âgé de 44 ans. "Chose rare, Napoléon écrivit à la comtesse Gudin une lettre de condoléances dans laquelle il dit : +la perte est grande pour vous ; elle l’est aussi pour moi+", écrit le site de la Fondation Napoléon.

- Précurseur des commandos -

"Le général prit part aux guerres de la République, du Consulat puis de l’Empire", a précisé de son côté le ministère dans un communiqué. Il combattit dans les armées du Nord, du Rhin, puis du Danube dans laquelle il se distingua dans plusieurs batailles. Dont Wagram en 1809.

"Il inaugura sur le champ de bataille des techniques d’attaques surprises par petits groupes, ce qui lui donne la réputation d’être un précurseur des commandos", selon le ministère.

Longtemps, les témoignages ont divergé sur la localisation de sa tombe. Mais une équipe franco-russe d'archéologues avait repris les recherches en mai 2019 à l'initiative de Pierre Malinowski. Des analyses ADN ont permis de prouver que les restes retrouvés en juillet de la même année étaient bien ceux de ce général, dont le nom est gravé sur l'Arc de Triomphe.

À l'époque de sa mort en août 1812, l'armée française est en pleine avancée et rien ne laisse présager le désastre de la campagne russe. Avec la prise de Smolensk, le 16 août, Napoléon ouvre la voie vers Moscou, 400 kilomètres plus à l'est.

Mais trois jours plus tard, lors de la bataille de Valoutina Gora, située à moins de 15 kilomètres de Smolensk, l'armée russe échappe au piège des troupes françaises. Après avoir confié Gudin à son médecin personnel, Napoléon lui rend visite et le prend dans ses bras juste avant sa mort le 22 août, selon des témoignages.

Son cœur prélevé est aujourd'hui au cimetière parisien du Père-Lachaise.

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