Dépistage de masse, marchés dévalisés : à Tianjin, les habitants face à l’arrivée du variant Omicron

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Après une augmentation de cas liés au variant Omicron à Tianjin, au nord-est de la Chine, les 14 millions d'habitants ont tous été testés au moins deux fois et les voies de sortie de la ville sont rigoureusement contrôlées. Deux habitants racontent ce retour à l’ère du Covid-19, après plus d’un an de vie “normale”.

Après la découverte d’un nouveau foyer épidémique lié au variant Omicron le 8 janvier 2022, Tianjin est devenue en quelques jours le nouveau front de la politique “zéro Covid” en Chine. D’autant plus que la ville se situe à seulement trente minutes de train de Pékin, où se déroulent dans moins d’un mois, les Jeux Olympiques d’hiver 2022.

En plus d’avoir restreint les voies de sortie de la ville, les autorités ont appelé les 13,9 millions d’habitants à se faire tester à deux reprises, lundi 10 et mercredi 12 janvier. Sur les réseaux sociaux chinois, de nombreux habitants ont partagé les images d'immenses files d’attentes générées par ces campagnes massives de dépistage.

Parmi les images de ces files d'attente, celles de Stéphanie Yamaniski, une Brésilienne qui habite depuis mai 2021 à Tianjin avec son mari, suivie par plus de 50 000 personnes sur Instagram, où elle a documenté son quotidien depuis l’annonce du retour du Covid-19, des tests PCR aux rues calmes de la ville.

“Je me sens beaucoup plus en sécurité ici que dans mon pays d'origine, le Brésil”

Contactée par notre rédaction, elle raconte :

Au début de la pandémie, nous vivions à Hong Kong, et quand nous sommes arrivés en Chine, tout était sous contrôle : aucun nouveau cas pendant des mois, les gens n'avaient pas besoin de porter des masques dans les rues... Alors c'est la première fois que je fais l'expérience de toutes les mesures pour contrôler la propagation. Comme c'est tout nouveau, je partage tout le processus avec mes abonnés.

Dans la ville, 279 sites de tests PCR ont été installés. Jeudi 13 janvier au soir, il y avait en tout 164 cas positifs. Les personnes négatives reçoivent un “code sanitaire vert” valide pendant 48 heures qui leur permet de prendre à nouveau les transports et de sortir de la ville.

Les trajets entre Tianjin et Pékin, qui accueille à partir du 4 février les Jeux Olympiques, sont néanmoins eux quasiment à l’arrêt. La plupart des gares de Tianjin ont suspendu la vente de billets pour la capitale et les personnes qui font le trajet quotidiennement entre Tianjin et Pékin ont été appelées à rester chez elles. Les trajets devraient reprendre avec un encadrement plus strict que pour les autres destinations.

A priori, il n’y aura pas de confinement strict dans la ville. Les autorités ont en outre mis les écoles, les lycées et les établissements d'enseignement supérieur en vacances anticipées le 11 janvier. Stéphanie Yamaniski détaille :

Les écoles sont fermées : cette nouvelle vague a commencé dans une garderie.

Les restaurants, les magasins et les entreprises peuvent encore travailler, si tout le personnel a déjà été testé et présente un résultat négatif, mais le gouvernement conseille aux gens de travailler à domicile jusqu'à nouvel ordre.

La situation actuelle est bonne, en fait bien meilleure que dans beaucoup d'autres villes de Chine. Ici c'est sûr, il n'y a aucun risque maintenant. Les deux opérations de tests de masse n'ont identifié qu'une centaine de cas, sur 14 millions de personnes !

Et je me sens beaucoup plus en sécurité ici que dans mon pays d'origine, le Brésil, où la majorité de la population a contracté le Covid-19 ![le Brésil compte officiellement, au 14 janvier 2022 22,8 millions de cas sur une population de 212 millions, donc il s'agit plutôt d'un dizième de la population]

Les réseaux chinois ont aussi été remplis d’images “positives” que l’on retrouve autour de la phrase de ralliement “Tianjin Jiayou”, soit “courage Tianjin”, comme dans cette vidéo d'un adolescent jouant du violoncelle dans la file d'attente d'un site de dépistage, le 12 janvier.

Scènes de liesse dans les supermarchés ? Le spectre de Xi’an

Si Stéphanie Yamaniski a fait l’expérience d’une Chine où le Covid-19 semblait n’être qu’un lointain souvenir, c’est parce qu’à la moindre apparition de transmission locale du coronavirus, les autorités déploient très rapidement un large dispositif pour détecter les cas et stopper complètement les transmissions. Cela commence par le traçage de l’entourage proche du premier cas détecté, puis s’étend à l’ensemble de la population selon le nombre de cas positifs. L’étape finale peut être le confinement strict de la ville, alors coupée du reste de la Chine, comme dans le cas de Wuhan au tout début de la pandémie, ou plus récemment de Xi’an, où 13 millions d’habitants sont assignés à résidence depuis le 22 décembre après qu’une centaine de cas ont été enregistrés en moins de deux semaines. Les habitants ne pouvaient même plus du tout sortir de leur domicile, au point que plusieurs d’entre eux ont souffert du manque de nourriture.

Ce n’est pas pour l’instant le scénario qui se profile à Tianjin. Néanmoins, certains habitants auraient cédé à la panique après l’annonce des premiers cas et des campagnes de dépistage. Plusieurs vidéos qui circulent depuis le 9 janvier, montrent les supermarchés pris d'assaut par les habitants.

L’une montre par exemple plusieurs personnes se battre pour des choux, une autre des étales pratiquement vides ou encore de longues files d'attente devant des supermarchés. Certains internautes signalent également que les prix auraient augmenté dans la capitale.

Ces images ont suscité l'inquiétude sur les réseaux. D’autres résidents de Tianjin ont alors publié des photos de leur supermarché pour montrer qu’il n’y avait pas de pénurie et qu’il fonctionnait normalement.

“Les gens se battaient pour le chou car il peut se conserver longtemps”

Nini Wang (pseudonyme), un artiste qui habite Tianjin, a filmé une scène dans un marché de l’est de la ville, le 9 janvier. On y voit les allées du marché remplies de monde et une importante file à l’entrée. Il explique à notre rédaction que ce jour-là, les prix auraient bondi dès 9 heures du matin, alors que les derniers choux s'arrachaient.

“Les gens se battaient pour le chou, car il peut se conserver longtemps. Alors dans le cas où la ville ou le quartier est mis en quarantaine, on peut se nourrir avec du chou pendant un certain temps. Idem pour les pommes de terre, les patates douces et les oignons.”

Nini Wang a depuis republié une vidéo dans un marché de Tianjin, plus calme.

“L’approvisionnement est désormais suffisant, les prix se sont stabilisés et les vols ont cessé.

Je suis sur le point de devoir me faire tester une troisième fois, un test qui doit nous permettre de retourner travailler sur place. On estime qu’on aura six en tout. Au début, l’organisation était très confuse, mais désormais, pour ce troisième test, c’est bien plus rapide, pas plus d’une demi-heure.

Il ne devrait pas y avoir d'épidémie massive comme celle de Xi'an, il y a un effort concerté pour la contrôler.”

Au soir du 13 janvier, la Chine comptabilisait 124 nouveaux cas en 24 heures, dont 41 à Tianjin. Plusieurs villes et villages du Henan, province à l’est de Xi’an, ont été mis en quarantaine. En tout 29 millions de personnes sont à ce jour complètement coupées du monde.

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