Les dépenses militaires mondiales au plus haut depuis la Guerre froide

Les dépenses militaires dans le monde ont atteint, l’an dernier, leur plus haut niveau depuis la fin de la Guerre froide, indique un rapport de l’Institut de recherche sur la paix de Stockholm publié ce lundi 27 avril. Et sans surprise, en matière de défense, ce sont les États-Unis qui font toujours la course en tête.

Avec un total de 1 782 milliards d’euros, soit 1 917 milliards de dollars, les dépenses militaires ont progressé de 3,6% en l’espace d’une année. C’est la plus forte hausse enregistrée cette dernière décennie. À eux seuls, les Américains ont engagé 732 milliards de dollars, soit 38% des dépenses mondiales. C’est de loin le plus gros budget militaire, un budget qui en 2019 a connu une inflation de plus de 5%.

Dans cette course à l’armement, la Chine n’est pas en reste, elle occupe la seconde place du classement avec 261 milliards de dollars investis. Et là encore, ce n’est pas une surprise, l’Empire du milieu ne cachant plus son ambition de bâtir une armée de classe mondiale capable de rivaliser avec la superpuissance américaine.

L’Institut de recherche sur la paix de Stockholm fait un parallèle entre la montée en puissance de Pékin et celle de l’Inde, dont le budget de défense a bondi de plus de 7% pour s’élever à 71 milliards de dollars. Selon l’organisme suédois, « les tensions et la rivalité de l’Inde vis-à-vis du Pakistan mais aussi de la Chine permet d’expliquer cet essor ».

La Russie et l’Arabie saoudite figurent dans le top 5 des pays les plus dépensiers, la France ne se classant qu’à la sixième place. Mais le rapport publié ce lundi prévient également que si la croissance des dépenses militaires s’est accélérée ces dernières années, la tendance pourrait s’inverser : la pandémie de coronavirus, qui ébranle l’économie mondiale, pourrait conduire les grandes puissances vers une potentielle récession.

En France, les industries de défense demandent un plan de relance

Face à l'épidémie qui paralyse leurs sites de production, les industriels français de la défense jugent « fondamental » un plan de relance pour leurs activités. Confrontées à une âpre concurrence internationale, les grandes entreprises du secteur mettent en avant les emplois en jeu dans le pays. Car l’industrie de défense, c’est 16 5000 salariés répartis sur tout le territoire, des profils souvent hautement qualifiés, mais des emplois aujourd’hui menacés par la crise économique qui se profile.

Les organisations patronales de l’aéronautique, du naval militaire et de l’armement terrestre plaident donc pour la mise en place rapide d’un « New deal ». Un plan qui pour être efficace devra bénéficier à toute la chaîne industrielle, indique l’économiste Julien Malizard, titulaire adjoint de la chair économie-défense de l’IHEDN : « Les dernières statistiques de l’Insee ont montré que la perte d’activité était de 40%. Dans l’industrie de défense, c’est un peu plus compliqué car la demande émerge de l’État, les commandes suivent leurs cours, en revanche sur les chaînes de production, le redémarrage se fait lentement. Ce qui va être important dans l’après-crise, c’est la capacité de pilotage de la part de l’État, sa capacité d’accompagner les grands groupes mais aussi les petites entreprises en fonction de leur caractère stratégique. Ça peut aussi venir de la part des grands groupes qui jouent un rôle pivot dans le système de production, puisque ce sont eux qui reçoivent les commandes et dispatchent dans la chaîne de sous-traitance pour les aider à supporter le choc économique. »

Exemple de l’inquiétude qui domine chez les industriels, le coronavirus a obligé le groupe Dassault à stopper une partie de ses lignes d’assemblage. L’avionneur vient d’alerter l’armée de l’air indienne qu’elle ne recevrait pas en mai la livraison de quatre avions Rafale sur les 36 appareils commandés en 2016.

Tenir les engagements de la loi de programmation militaire

Dans le « monde d’après », l’armée française craint aussi d’être mise à la diète. L’ambitieuse loi de programmation militaire 2019-2025 fixe comme objectif de consacrer à terme 2% du PIB à la défense. Nul ne sait si cet engagement pourra être tenu, insiste l’économiste Julien Malizard : « La loi de programmation militaire sera-t-elle menacée par la crise économique ? Pour l’instant les lois de finance rectificatives n’ont pas touché aux budgets de défense, il n’y a pas eu de coupes budgétaires. Si l’on regarde ce qui s’est passé en 2008 avec la dernière crise économique, on constate qu’il y a d’abord eu un plan de relance pour la défense, mais que les politiques de rigueur qui ont suivi ont affecté les armées. Si l’on suit cette logique, il est possible que la loi de programmation militaire soit remise en question. Ceci dit, depuis 2015, la trajectoire de la LPM est respectée, le président de la République Emmanuel Macron a fait de la Défense un secteur privilégié d’un point de vue budgétaire. Rien ne le laisse penser que ce choix soit remis en question. »

François Lecointre, chef d’état-major des armées, prévient déjà : l’effort devra être maintenu en termes de montant et non en pourcentage du PIB, qui en période de crise risque grandement de s’éroder.