Départ de la Route du Rhum 2022 : La voile se popularise-t-elle autant que la Formule 1 ?

SPORT - La Route du Rhum 2022, top départ ! Après un report, une première dans son histoire, la course nautique en solitaire, qui relie la pointe du Grouin à la Guadeloupe, démarre enfin ce mercredi 9 novembre. 138 bateaux seront sur la ligne de départ à Saint-Malo dont 8 de classe Ultim, de véritables « Formule 1 des mers » comme nous vous l’expliquons dans notre vidéo en tête d’article (enregistrée la semaine dernière). Tout comme son équivalent automobile, ces appareils sont des bijoux de technologie, et les compétitions de Formule 1, comme de voiliers, passionnent.

En France, l’édition 2020-2021 du Vendée Globe a battu des records en termes d’audience puisqu’elle a été suivie par 66,7 % des Français contre 52 % en 2016-2017, d’après la SAEM Vendée Globe. Diffusée sur 118 chaînes dans le monde, la compétition nautique n’a rien d’un « petit » événement médiatique. Vitesse, haute technologie, audience en hausse : la voile peut-elle être aussi populaire que la F1 ?

« La course au large, ça fascine. Autant pour la Formule 1, tout le monde a un permis de conduire, donc on peut se dire qu’on pourrait peut-être un jour conduire une voiture qui va aussi vite, il y a des circuits pour ça. En revanche, on n’est pas tous capable de conduire un bateau. Le maxi-trimaran d’Armel Le Cléac’h par exemple, fait partie des machines réservées à une élite. Ces bateaux-là font rêver, mais ça demande des années d’entraînement », explique Philippe Eliès, journaliste sportif au Télégramme, spécialisé en voile.

La voile, un univers en soi

Nombreux sont les Français à avoir une voiture, mais tout le monde n’a pas un bateau et c’est bien là l’un des principaux freins : si l’on n’est pas né dans un milieu d’initiés ou que l’on n’a pas une passion particulière pour les sports nautiques, il peut être compliqué d’en percevoir les enjeux.

« Comprendre une régate ce n’est pas aussi simple que de comprendre une course de formule 1. C’est une activité qui nécessite une bonne connaissance du milieu marin, du fonctionnement des bateaux pour pouvoir pleinement apprécier ce sport », détaille Anne Schmitt, sociologue du sport à l’Université Paris Saclay.

Rien qu’au niveau du vocabulaire, cela peut être un vrai casse-tête pour les personnes qui ne s’y connaissent pas : « Lorsqu’on parle de mécanique tout le monde sait ce qu’est un embrayage, un frein, une boîte de vitesses, etc. Lorsqu’on arrive sur un bateau c’est un peu plus compliqué, il y a un mat, des bômes, des voiles, des appendices. Il y a tout un langage très technique et c’est vrai que la complexité de ce langage peut faire peur au grand public », précise Philippe Eliès.

Si la Formule 1 paraît plus accessible au grand public, elle a tout de même souffert d’une perte d’audience. En France, TF1 ne pouvant plus débourser une trentaine de millions de dollars pour diffuser la Formule 1, elle cède les droits à Canal+, chaîne payante, en 2012. Un choix qui provoque une chute drastique des audiences dès l’année suivante.

Le retour de la Formule 1

La F1 connaissait déjà un certain désintérêt dans les années 2000. Pour Erik Bielderman, journaliste sportif, spécialisé en Formule 1 à L’Équipe ; la raison de ce déclin réside dans l’hégémonie d’un seul homme : Michael Schumacher. En 17 ans de carrière (1991-2006 et 2010-212), il a remporté 91 Grands Prix et détient, avec Lewis Hamilton, le record de titre de Champion du monde qu’il a obtenu sept fois. Sans réelle rivalité à cette époque, pas d’enjeux, donc moins de plaisir pour les fans.

« C’était devenu un sport ennuyeux », estime Erik Bielderman, journaliste spécialisé en Formule 1 à L’Équipe. « Quand le dimanche, à 14 heures après le départ, vous saviez que 9 fois sur 10 vous alliez assister à un one-man-show de Michael Schumacher, vous perdiez de l’intérêt et de l’attention. Donc je comprends que seuls les vieux passionnés restaient. »

L’ascension de Lewis Hamilton dans la deuxième partie des années 2010 permet de redonner du souffle à cette compétition. Le jeune pilote qui enchaîne les victoires et qui côtoie des stars, comme Will Smith ou Nicole Scherzinger (ex-chanteuse des Pussycat Dolls avec laquelle il a été en couple), permet de rajeunir l’image de la F1 avec une vie plus à même de faire vibrer le grand public.

Réseaux sociaux et documentaire Netflix

Lewis Hamilton est notamment très présent sur les réseaux sociaux comme Twitter, Instagram et Snapchat où il montre les coulisses de sa vie de pilote. Ce comportement plaît, et rajeunit l’image de la F1. On est bien loin du mépris de Bernie Ecclestone, le patron de la FIA, pour le public jeune et les réseaux sociaux tel qu’il l’exprimait en 2014.

Le retour en force de la Formule 1 se confirme alors avec un nom connu de tous : Netflix. En 2019, la plateforme sort une série documentaire appelée « Formula 1 : Drive To Survive ». Elle comptabilise aujourd’hui 4 saisons et deux supplémentaires sont déjà prévues. « On a permis à une nouvelle génération de s’attribuer des personnages, on a rendu la course humaine », explique Erik Bielderman.

Pourtant dans le monde de la F1, certains ont émis des critiques vis-à-vis de la plateforme. Le champion du monde 2021, Max Verstappen a même refusé de participer à la saison 4. « Il est clair que Netflix scénarise les évènements, va regrouper sur une saison deux trois éléments de différents Grands Prix et les mixer pour dramatiser ce qu’il se passe en F1. Ce côté exagéré commence à irriter le petit monde interne à la Formule 1 », analyse le journaliste.

Des sports spectacles

Il n’empêche que ce parti pris de la part de la plateforme de streaming a permis à ce sport de gagner encore en popularité. « Ce que Netflix a réussi à faire, c’est qu’aujourd’hui vous n’avez pas que des spectateurs et des fans de F1 mais aussi des supporters de Max Verstappen, de Pierre Gasly, d’Esteban Ocon ou de Lewis Hamilton. On est en train de « footballiser » l’audience de la Formule 1 », détaille Erik Bielderman.

Faut-il en arriver là pour la voile ? Pour Philippe Eliès, les JO 2024 pourraient bien être le tremplin dont la voile a besoin. L’arrivée d’autres types des sports nautiques aux prochains Jeux Olympiques, comme la planche à voile IQfoil ou le kitesurf qui sont plus accessibles, pourrait participer à un renouveau de la voile : « Un ça va vite, deux c’est spectaculaire, trois les formats sont courts, quatre ça plaît beaucoup à la télévision. » Plus court, plus spectaculaire, la voile est donc elle aussi en train de faire sa mue.

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