«Démocraties unies»: Joe Biden saura-t-il convaincre les Européens au-delà des mots ?

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Début du programme européen de Joe Biden jeudi 10 juin : après son rendez-vous avec le Premier ministre britannique Boris Johnson, le président américain participera au sommet du G7 et à celui de l'OTAN avant un face-à-face à Vladimir Poutine. « Les États-Unis sont de retour et les démocraties du monde entier sont unies pour affronter les défis les plus difficiles », a lancé Joe Biden à son arrivée mercredi au Royaume-Uni. Après les années Trump, le nouveau locataire de la Maison Blanche affiche sa volonté d'unifier et de mobiliser les alliés de Washington autour de l'idée de démocratie. Saura-t-il les convaincre avec des actes ?

« L'administration Biden a une politique qui est extrêmement positive avec l'Europe, qui fait de l'Europe un partenaire majeur et qui veut construire aussi quelque chose de nouveau, explique Olivier-Rémy Bel, chercheur français au sein d'un centre de réflexion américain, l'Atlantic Council, au micro de Nicolas Falez, du service international de RFI. Et c'est là où les Européens s'interrogent, puisque tous ne sont pas sûrs de voir l'administration Biden joindre le geste à la parole. »

« Il y a eu quelques épisodes très positifs comme le retour des États-Unis dans l'accord sur le climat, poursuit Olivier-Rémy Bel. Mais il y a eu d'autres épisodes qui ont laissé plus de frictions avec les Européens : par exemple, la décision américaine de retirer les troupes américaines d'Afghanistan et donc d'entraîner la fermeture de la mission de l'OTAN là-bas. » Les alliés européens n'avaient pas été consultés mais simplement « informés » de la décision américaine.

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« Grande rhétorique sur l'Europe »

Autre exemple qui a surpris les Européens : la proposition américaine de lever les protections en matière de propriété intellectuelle sur les vaccins. L'administration a certes une « grande rhétorique sur l'Europe », mais la question demeure, souligne Olivier-Rémy Bel : « Aura-t-elle plus d'intérêt et d'attention portée à l'Asie ou sera-t-elle réellement capable d'investir par du concret la relation transatlantique ? »

Juste avant le décollage à bord de l'avion Air Force One, le président américain a assuré que le but de son voyage était de faire savoir « clairement à Poutine et à la Chine que les Etats-Unis et l'Europe [étaient] soudés. Mon voyage en Europe est l'occasion pour l'Amérique de mobiliser les démocraties du monde entier ». Pour le chercheur de l'Atlantic Council, « apparaître comme défendant la démocratie, rompant avec l'administration Trump, c'est un signal envoyé en termes de politique intérieure ».

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Les Européens entre les deux mastodontes chinois et américain

Mais la finalité de ce sommet pour promouvoir la démocratie est-elle vraiment de refaire de la relation transatlantique le centre de la diplomatie de Washington ? Depuis Barack Obama, les États-Unis ont effectué leur « pivot vers l'Asie » et ce n'est pas Joe Biden qui fera marche arrière. « Aujourd'hui, la Chine est l'étoile polaire de la politique américaine, confirme Olivier-Rémy Bel. Le chercheur français souligne le caractère « existentiel » de la rivalité sino-américaine pour deux raisons : « l'émergence d'une autre puissance qui vient rivaliser avec la puissance américaine » d'une part et d'autre part, « une compétition entre les modèles. Il y a un enjeu de montrer qu'un système démocratique est capable aujourd'hui de sous-tendre un ordre international. »

La rivalité entre le deux superpuissances occupera assurément les esprits lors du G7 comme du sommet de l'OTAN, où « les Américains souhaitent impulser les travaux sur la Chine », explique Olivier-Rémy Bel. C'est là que la position européenne est délicate. « C'est un des points où l'Europe a beaucoup à apporter. Et en même temps, c'est également une rivalité stratégique où les Européens vont vouloir préserver une forme d'indépendance. On ne souhaite pas être pris entre le mastodonte chinois et le mastodonte américain. »

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