Démission de Jean Castex: un Premier ministre bon élève dans l'ombre d'Emmanuel Macron

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Le Premier ministre Jean Castex lors d'une conférence de presse à Matignon, le 20 janvier 2022 à Paris - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP
Le Premier ministre Jean Castex lors d'une conférence de presse à Matignon, le 20 janvier 2022 à Paris - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP

Plus de trois semaines après la réélection d'Emmanuel Macron, Jean Castex vient de présenter sa démission ce lundi 16 lai 2022. En presque deux ans à Matignon, le désormais ex-Premier ministre a été d'une loyauté sans faille dans un contexte politique particulièrement compliqué, sans parvenir cependant à imprimer sa marque. BFMTV.com revient sur le passage de ce haut fonctionnaire rue de Varenne.

À sa nomination au gouvernement en juillet 2020, Jean Castex, 55 ans au compteur, est un parfait inconnu aux yeux des Français. Le président le connaît pourtant bien. Il l'a découvert en 2012, au tout début du quinquennat de François Hollande.

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Un Premier ministre au profil idéal

Secrétaire général adjoint de l'Élysée sous Nicolas Sarkozy, le natif du Gers, qui a notamment géré la grippe aviaire, ouvre grand ses dossiers à Emmanuel Macron, alors collaborateur du tout nouveau chef de l'État. De quoi permettre une transition administrative en douceur.

Une fois aux commandes du pays, Emmanuel Macron n'a pas la mémoire courte et lui propose de le nommer délégué aux Jeux olympiques de 2024, avant de faire de lui le "Monsieur déconfinement", en pleine première vague de Covid-19.

Alors qu'Édouard Philippe fait de plus en plus d'ombre au président de la République et commence à avoir des velléités d'indépendance, le président décide de nommer Jean Castex. C'est que ce père de quatre filles coche toutes les cases du candidat idéal en macronie.

Pas d'ambition présidentielle

L'Élysée sait que ce fin technicien de la machine ministérielle ne rechignera pas à affronter les sujets chauds qui s'annoncent. Ce conseiller à la Cour des comptes a également l'avantage d'être un élu local de terrain, après avoir été maire de Prades, un village de 6000 habitants dans les Pyrénées-Orientales, pendant des années.

De quoi mettre du liant entre Emmanuel Macron et les élus locaux, qui lui reprochent régulièrement d'ignorer les collectivités territoriales.

Le chef de l'État sait aussi qu'il fait monter un homme qui n'a pas la volonté de devenir président un jour à son tour. Mais pour s'assurer malgré tout de la fidélité de son nouveau poulain, il place un très proche, Nicolas Revel, à la tête du cabinet de Jean Castex.

Éviter toute tension

Très vite, ce fan de rugby se glisse dans le moule et multiplie les rencontres avec les associations de maires, tout en assurant le service après-vente des différents protocoles liés au Covid-19, à commencer par le déploiement du pass sanitaire.

"On s'est tous dit quand on le voyait à l'Assemblée et au Sénat tenter de convaincre les parlementaires parfois un peu réticents qu'il la jouait assez finement, qu'il n'avait pas une personnalité flamboyante mais qu'en même temps, il faisait le job sans faire d'ombre à Macron", confie un député à BFMTV.com.

Il faut dire que le Premier ministre comprend très vite que la vraie prise de décision ne se fait pas à Matignon, mais à la présidence avec Alexis Kohler, et que s'il veut durer, il doit éviter tout contentieux.

"Il sait parler un langage que comprennent les Français"

Pour ce faire, le quinquagénaire multiplie les signes de fidélité à Emmanuel Macron en replaçant dans presque tous ses interviews son action dans les pas du président.

"Il a compris la tâche qui était la sienne en maniant l'humilité, l'engagement et l'implantation locale. Il sait parler un langage que comprennent les Français. C'est rare à ce poste-là", analyse François Patriat, le patron des sénateurs macronistes.

"Il a pris la foudre, y compris quand on a découvert l'interview du président dans laquelle il voulait "emmerder les non-vaccinés" alors qu'on était pile en train de débattre du pass vaccinal dans l'hémicycle. Il n'a jamais été aux abris. Sa plus grande qualité, c'est surtout de ne pas avoir eu peur de se cramer pour défendre le président", avance un cadre du parti.

Pas volontaire pour rempiler

En pleine hausse des prix des carburants, c'est lui qui coordonne le dispositif "chèque énergie", avant d'annoncer le gel du prix du gaz et le plafonnement de la hausse des prix de l'électricité à 4%. Alors que la macronie craint un éventuel retour des Gilets jaunes sur fond d'augmentation générale des prix, Jean Castex parvient à désamorcer la grogne.

"Il sait trancher, il sait gouverner, ce qui ne l'empêche pas d'avoir de grandes qualités humaines qui font qu'il sent bien le pays. D'une certaine façon, il me fait penser à Jacques Chirac, qui venait toujours vous voir directement quand il y avait un problème pour comprendre où ça coinçait", confie de son côté le député Renaissance (ex-LaREM) Jean-Charles Colas-Roy.

Mais à la différence de l'ancien président, qui n'a eu de cesse pendant toute sa carrière de vouloir rentrer à l'Élysée, le Premier ministre n'insiste pas pour rester dans le sillage du pouvoir. Peu présent dans le dispositif de la campagne présidentielle et alors que certains l'imaginaient bien garde des Sceaux, le quinquagénaire fait rapidement savoir à Emmanuel Macron après sa réélection qu'il n'aspire qu'à une seule chose: des vacances.

"Heureux"

Après presque deux ans à Matignon, certains se demandent ce que l'on retiendra du passage de Jean Castex. "Il a survécu deux ans sans se prendre la foudre, c'est déjà pas si mal", sourit un poids lourd de l'Assemblée nationale.

Lors de son pot de départ devant ses collaborateurs mercredi dernier, dans les jardins de Matignon, il a d'ailleurs assuré y avoir été "heureux".

"Restez ce travailleur acharné. Restez cet homme indifférent aux commentaires et aux sondages", lui avait conseillé Emmanuel Macron en lui remettant la grand-croix de l'ordre national du Mérite, en janvier 2021. Message reçu cinq sur cinq.

Article original publié sur BFMTV.com

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