Déménagement, amourette, tatouage et clarinette: à chacun son confinement

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Ils sont tombés amoureux, ont appris le russe, la clarinette, le tatouage, la plongée… Âgés de 18 à 30 ans, confrontés à la perte de leur travail, à l’arrêt de leurs études, ou tout simplement au confinement, ils ont décidé de mettre ce temps à profit pour développer de nouvelles compétences, ou pour creuser ce qu’ils avaient envie de faire depuis longtemps. Covid-19 n’est pas toujours synonyme de perte de temps.

« Cela faisait quelque temps que ça me trottait dans la tête », explique Thibault, 27 ans. Le jeune homme, illustrateur freelance, découvre la littérature russe quand le premier confinement tombe, le 17 mars dernier. « Je lisais Gorki, Dostoïevski… J’ai eu envie de mieux connaître ce pays complexe. » Avec l’idée d’un voyage en tête, « quand on pourra de nouveau circuler », Thibault décide d’apprendre le russe, de son appartement strasbourgeois. « J’ai acheté une méthode de langue, j’ai des applications sur mon téléphone… Mais je suis toujours en train d’apprendre. »

Après plusieurs mois de travail quotidien, il parvient maintenant à décrypter le cyrillique et à lire de courts textes en russe. Prochaine étape : échanger avec des gens. S'il commence à maîtriser l'écrit, l'oral reste encore un inconnu, distanciation sociale oblige. « Je veux avoir des bases solides avant de partir, pour ne pas faire perdre de temps à mes interlocuteurs », explique le jeune homme.

Tomber amoureux au milieu d'imprimantes 3D

Mais le Covid-19 lui a aussi permis de vivre d’autres aventures. En mars 2020, il répond à une annonce qui circule sur les réseaux sociaux. « Un groupe de personnes avait acheté des imprimantes 3D pour fabriquer des visières, mais personne ne savait s’en servir », se souvient-il. Il sait les manier, se propose, les rencontre. Et finit par tomber amoureux. « J’allais tous les jours au local pour échanger avec ces gens, tous très différents, raconte-t-il. Mais c’est surtout pour Assia* que je m’investissais autant. »

Assia a lancé l’initiative, elle est plus âgée que lui, en instance de divorce, mère d’un enfant. Et elle a déjà d’autres « prétendants. » « Cela a été une expérience extrêmement intense, relate Thibault. Je rentrais le soir sous le choc, euphorique, ou profondément blessé. » Dans leur local, prêté par un parti politique, une salle sert d’abri à ces amants irréguliers. Maintenant, la vie a repris son cours, mais ils continuent à se voir parfois, à partager des moments. Il garde le souvenir de ce confinement « intéressant ».

Déménager au Mexique ou à Montpellier

Arthur* a lui vécu l’expérience inverse : après un confinement « douloureux », qui mène sa relation à la rupture, il décide de reprendre les projets qu’il avait laissés de côté pendant son histoire d’amour. « Cela faisait longtemps que j’avais envie de quitter Tours, et on peut dire que le Covid-19 a tout accéléré, s’amuse-t-il. Le confinement avec mon ex s’est mal passé, et dès le mois de juin, je me suis installé à Montpellier. »

Un mois à peine après la fin du confinement, il fait ses cartons, rend son appartement, et s’embarque pour le sud de la France en camion. Il y rejoint des amis et s’investit depuis dans un projet commun, celui d’ouvrir une salle de spectacle et de résidence.

Alicia* est, elle, allée beaucoup plus loin. Confrontée à la fermeture des stations de ski, cette jeune femme qui travaille d’ordinaire dans la restauration en Haute-Savoie a pris l’avion pour le Mexique en janvier, certaine que restaurants et remontées resteraient fermés. Avec une idée en tête : devenir monitrice de plongée. « Je devais à l'origine partir en avril, explique-t-elle, mais comme tout était fermé avec le Covid-19, je suis partie cet hiver au lieu de rester travailler en France comme je le fais d'ordinaire. »

Développer un plan B contre la précarité

La précarité à laquelle elle est confrontée, privée de perspective d’embauche, a également joué. « Je me suis dit qu’il me fallait un plan B, confie-t-elle entre deux cours de plongée. Je suis en train de passer le diplôme d’instructeur de plongée, et j'envisage ensuite de continuer avec une spécialité. » Un approfondissement qu'elle n'aurait pu envisager si elle était partie au printemps, faute de temps. L'annonce d'un possible reconfinement a en effet changé ses plans. Au lieu de rentrer en février, elle pense commencer à travailler au Mexique comme instructrice de plongée, juste après avoir été diplômée. « Je suis mieux ici qu’en France où je ne peux rien faire d'autre que regarder la neige tomber, résume-t-elle. À l’avenir, j’aimerais reprendre mon boulot l'hiver, et travailler dans la plongée l'été. »

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Cécile a elle aussi décidé de se former. « J’ai une formation artistique que j’avais complètement laissée de côté, explique la jeune femme. Mais depuis le confinement, j’ai recommencé à dessiner. » De Clermont-Ferrand, dans l'est de la France, elle conçoit pendant plusieurs mois des « flash », ces tatouages « express » de petite taille. « J’ai ensuite passé l’été à tatouer plusieurs de mes amis, raconte-t-elle. Maintenant, j’aimerais en faire un ‘à côté’ ».

D'autant que son travail, régisseuse dans le spectacle vivant, est très physique. S'il la passionne, elle ne pourra sans doute pas l'exercer toute sa vie. Le tatouage est donc pour le moment un « hobby », mais il pourrait devenir davantage. En prévision, elle a suivi une formation d’hygiène et salubrité, obligatoire pour exercer, et commence à se faire rémunérer. « La prochaine étape serait de suivre un apprentissage chez un maître, en Espagne ou au Portugal, pour continuer à apprendre, explique-t-elle. Pour moi, le tatouage est un artisanat, il faut l’apprendre par l'observation et la pratique. »

« Je suis content de moi »

Sans le Covid-19, se dit-elle, elle aurait encore « repoussé à plus tard », cette envie vague qu’elle avait. « Je suis contente de me remettre à dessiner, confie-t-elle. Et, à terme, cela peut se révéler vraiment intéressant financièrement. »

De nouvelles perspectives, donc, pour la jeune femme, grâce à un quotidien bouleversé par la pandémie. Et à l'envie de ne pas tomber dans l'inertie. Matteo a eu envie, lui aussi, de profiter du « temps » offert par le confinement. « Au printemps dernier, explique le jeune homme, j’ai fait comme tout le monde, j’ai regardé des séries, j’ai lu des livres… mais à la fin, je me suis dit qu’il fallait profiter de ces moments-là pour faire autre chose. » Il choisit donc de se mettre à apprendre la clarinette, encore une « idée », qui lui trottait dans la tête.

Un ami lui en prête une, et c’est parti, tous les jours, entre « une demi heure et 4h », d’exercices et de gammes sur son instrument. « Je suis content de moi, sourit-il. Je me suis rendu compte que j’avais une oreille, et j’arrive maintenant à jouer plusieurs morceaux et à faire de l'impro. » Une expérience valorisante, qu’il poursuit en prenant, de temps en temps, des cours particuliers. Ce qu'il attend maintenant ? « La réouverture des bars et la reprise des "jam" pour pouvoir jouer, improviser et surtout partager ! »

* Certains prénoms ont été modifiés.

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