Une délégation inuite "implore" le gouvernement français d'extrader un prêtre accusé d'agressions sexuelles

"Nous avons besoin de votre aide": une délégation d'Inuits canadiens a "imploré le gouvernement français" d'extrader un prêtre français accusé d'agressions sexuelles sur des jeunes Inuits dans les années 1960 au Canada, lundi lors d'une conférence de presse.

"J'implore le gouvernement français d'extrader M. (Joannes) Rivoire maintenant, pour qu'il soit traduit en justice au Canada", a déclaré, des sanglots dans la voix, Tanya Tungilik, membre de la délégation et fille d'une victime présumée de ce prêtre, lors d'une conférence de presse à Issy-les Moulineaux (Hauts-de-Seine).

Accusé d'agressions sexuelles sur des Inuits lorsqu'il était en mission dans le Grand Nord canadien - accusations qu'il conteste - le prêtre nonagénaire résidant à Lyon mais qui a aussi la nationalité canadienne, est visé par une demande d'extradition déposée début août par Ottawa.

"La France doit prendre des mesures rapides pour honorer la demande du Canada d'extrader M. Rivoire", a ajouté Aluki Kotierk, présidente de l'organisation Nunavut Tunngavik qui représente les Inuits.

La délégation, composée de cinq membres, dont une victime présumée et de deux enfants d'une victime présumée, est en déplacement pour quatre jours en France, à Paris puis à Lyon.

"Nous avons besoin de votre aide", a ajouté Mme Kotierk.

La délégation a rendez-vous mardi avec une conseillère du ministère de la Justice, a-t-elle indiqué, une information confirmée à l'AFP par le cabinet du ministre Eric Dupond-Moretti.

A ce stade, "nous n'avons pas reçu de signaux positifs" de la part du ministère "mais nous pensons que nos arguments sont solides", a affirmé Mme Kotierk.

Jusqu'ici le prêtre, qui a quitté le Canada en 1993 après 33 ans de terrain, n'a jamais été inquiété. Après un premier mandat d'arrêt entre 1998 et 2017 pour agressions sexuelles contre trois mineurs, il fait l'objet d'un second mandat d'arrêt au Canada depuis février, après le dépôt d'une nouvelle plainte en septembre 2021 pour une agression sexuelle survenue il y a environ 47 ans.

A la question de savoir si M. Rivoire pourrait être jugé en France, l'avocate Nadia Debbache, qui conseille la délégation, a répondu: "Les victimes peuvent déposer plainte, peuvent être entendues, mais il n'y aura pas de poursuite possible en raison des délais de prescription", c'est pourquoi il est "extrêmement important que la demande d'extradition aboutisse".

A Lyon, la délégation doit notamment rencontrer le responsable de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée (OMI, dont le siège est à Lyon) dont fait partie Joannes Rivoire.

Ce dernier "pourrait accepter" de rencontrer la délégation, a annoncé vendredi sa congrégation. Mais lundi, Mme Kotierk a souligné qu'une demande de rendez-vous était pour le moment sans réponse de sa part.

Les Inuits rencontreront par ailleurs, mardi, les responsables de la Conférence des religieux et religieuses de France (qui représente 450 instituts ou congrégations) et de la Commission reconnaissance et réparation (CRR), destinée à répondre, via une médiation, aux demandes de réparation de victimes de religieux.

"J'ai besoin de clore ce chapitre. Nous en avons tous besoin", a souligné, avec beaucoup d'émotion, Steve Mapsalak, victime présumée, qui a porté plainte contre le prêtre en 1990.

Joannes Rivoire, qui a la double nationalité, représente un cas complexe pour la France, qui a pour politique de ne pas extrader ses citoyens, avait précisé en août à l'AFP une source proche du dossier.

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