Décrocher un portrait de Macron jugé "légitime" au tribunal de Lyon

A Bayonne, le 25 août 2019, en marge d'un G7, des militants manifestent avec l'un des portraits de Macron décroché en France et renversé pour l'occasion

Lyon (AFP) - Décision inédite au tribunal correctionnel de Lyon: le juge unique a invoqué lundi "l’état de nécessité" et le "motif légitime" pour relaxer deux "décrocheurs" d'un portrait d'Emmanuel Macron en février dernier, poursuivis pour vol en réunion.

"C'est une première et un très très bon signal pour nous", a déclaré à l'AFP une porte-parole du mouvement ANV-COP21 qui a salué cette "décision historique" actant "le non-respect des objectifs climatiques de la France et la légitimité des actions de désobéissance civile face à l’urgence climatique".

Le 2 septembre, le parquet avait requis une amende de 500 euros contre les deux militants, un homme et une femme âgés de 32 et 33 ans, qui avaient décroché le portrait du président de la République dans la mairie du 2e arrondissement de Lyon. "Le vol est constitué et il ne règle en rien le dérèglement climatique", avait alors estimé la procureur Rozenn Huon.

Dans sa décision, le juge a reconnu que le vol de "l’objet d’une valeur fortement symbolique" était bien matérialisé. Mais, selon lui, la réalité du dérèglement climatique "affecte gravement l’avenir de l’humanité", ce qui légitime "d’autres formes de participation" des citoyens, "dans le cadre d'un devoir de vigilance critique".

Pour lui, l’intrusion d’une vingtaine de militants dans la mairie d’arrondissement a troublé l’ordre public de manière "très modérée". Le magistrat a estimé que l’action des militants a finalement constitué une interpellation légitime du président de la République.

"C’est la reconnaissance de plusieurs années de militantisme", a salué la militante à la sortie de la salle d’audience, très émue par cette décision.

L’ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, avait défendu lors de l'audience début septembre "un acte citoyen au sens le plus noble du terme" et un scientifique du CNRS avait exposé "l’indiscutable urgence climatique".

Le premier procès de "décrocheurs" s'était tenu fin mai à Bourg-en-Bresse. Un militant écologiste avait été condamné à une peine d'amende ferme de 250 euros et cinq autres à une amende avec sursis.

Deux semaines plus tard, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait relaxé trois militants qui avaient brièvement décroché un portrait du chef de l'Etat dans une mairie du Bas-Rhin.

Douze autres procès de "décrocheurs" sont prévus jusqu'à septembre 2020.