La déconjugalisation de l'AAH, un rare moment d'unité dans une Assemblée en surchauffe

La France insoumise à l'Assemblée nationale le 6 juillet 2022 - AFP BERTRAND GUAY / AFP
La France insoumise à l'Assemblée nationale le 6 juillet 2022 - AFP BERTRAND GUAY / AFP

À 428 voix "pour" sur 429 exprimés, la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé (AAH) a été voté mercredi soir à la quasi-unanimité. L'affichage du scrutin a été suivi d'applaudissements nourris. D'un seul corps, la majorité des députés se sont levés, offrant une standing ovation de gauche à droite de l'hémicyle, rarement observée dans les travées du Palais Bourbon depuis le début de cette XVIe mandature.

Quelques heures plus tôt, Olivier Véran touchait "du bois", selon ses mots, mais félicitait déjà les membres du Palais Bourbon.

"Sur l'AAH, je salue un travail transpartisan parlementaire", a congratulé avec un peu d'avance le porte-parole du gouvernement lors du compte-rendu du Conseil des ministres mercredi.

"Un sujet qui mérite de voter ensemble"

Créée en 1975, cette prestation compensatoire à l'incapacité de travailler de 919,86 euros mensuels à taux plein souffre actuellement de la prise en compte des revenus du conjoint. Elle peut donc être largement diminuée, voire tout bonnement supprimée. Jugé injuste, ce fonctionnement est critiqué parce qu'allant à l'encontre de l'autonomie des personnes atteintes de handicap.

"Je crois que s'il y a un sujet qui mérite ce soir de voter ensemble, c'est bien celui qui va permettre la déconjugalisation de l'AAH", a déclaré d'emblée Marine Le Pen en ouverture des discussions.

Plusieurs amendements identiques portés par les différents groupes d'opposition avaient été déposés lors de l'examen du texte à la commission des Lois.

À l'issue de l'adoption de l'article 5 prévoyant la revalorisation des retraites et des prestations sociales, les formations politiques rejoignent l'avis du Rassemblement national. Ce derniere fustige une situation qui instaure une "double-peine", et "une dépendance sur une dépendance".

"Anomalie démocratique", a ainsi dénoncé Julien Bayou, le co-président des Verts. "Prix de l'amour" a poétiquement chargé le socialiste Arthur Delaporte.

Il s'agit d'"un moment important qui ne souffre ni démagogie, ni provocation, ni instrumentalisation", a prévenu André Chassaigne (PCF) qui a invité ses collègues à un vote "à l'unanimité".

"Chacun de nous souhaite que cette solution puisse être mise en œuvre le plus vite possible", a acquiescé la rapporteure du projet de loi, Charlotte Parmentier Lecoq (Renaissance, ex-LaREM).

Tous les amendements exigeant une application plus rapide ont été retoqués par la majorité au nom du "réalisme". Le ministre du Travail, du plein emploi et de l'insertion, Olivier Dussopt, a promis que la mise en œuvre de la déconjugalisation aurait lieu "au plus tard" le 1er octobre 2023.

"Si nous pouvons aller plus vite, nous irons plus vite (...) ce n'est pas une question d'effectifs mais de technicité et de complexité des systèmes d'information à croiser", s'est-il justifié.

Coup d'accélérateur dans une course au ralenti

Depuis lundi que les débats font rage autour du projet de loi portant sur 20 mesures visant à améliorer le pouvoir d'achat, les députés ont plutôt habitué les observateurs à des images d'invectives et de désaccords, sans réussir à trouver des "compromis", pourtant souhaités par tous.

La macronie acceptera "toutes les propositions constructives" mais s’opposera aux compromis faits "au détriment de nos finances publiques", avait prévenu Bruno Le Maire en préambule des premières discussions.

LFI accuse la majorité de rejeter tous les amendements de l'opposition -seuls quatre sur plus d'un millier ont été acceptés en commission des Lois-, RN, Renaissance et LR en faveur des primes "Macron" font front contre la Nupes et sa volonté de réhausser les salaires, la majorité s'arcboute sur la question des carburants...

Chaque article prend un temps fou si bien qu'en ce jeudi, jour de clôture des débats sur ce texte, seuls cinq articles ont déjà étudiés en quatre jours. La déconjugalisation de l'AAH aura au moins permis un coup d'accélérateur dans cette course contre la montre avant les vacances parlementaires qui tourne au ralenti.

Article original publié sur BFMTV.com

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